M289 – NE DÉPLACE PAS LA BORNE …

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   « Ne déplace pas la borne ancienne, que tes pères ont posée… ! » Prov 22:28.

   Le sage, par cette parole, rappelle cette ordonnance, transmise par le prophète Moïse aux Hébreux qui s’apprêtaient à entrer dans le pays promis, et disant : «  Tu ne reculeras point les bornes de ton prochain, posées par tes ancêtres, dans l’héritage que tu auras au pays dont l’Éternel, ton Dieu, te donne la possession… ! » Deut 19:14.

   Chaque portion de terre, attribuée à chacun soit par le sort soit parfois à prix d’argent, assurait ainsi la subsistance de tous. Il est évident qu’une transgression de cette loi était de nature à troubler la paix et la cohésion du peuple d’Israël. Ceci était d’autant plus grave quand il s’agissait d’un champ appartenant à une « veuve » et à des « orphelins » Prov 15:25 et 23:10. Un tel acte faisait du transgresseur en question un objet de malédiction de la part du peuple : Deut 27:17. Cette vérité, transposée dans le domaine spirituel, nous conduit à comprendre que les délimitations que Dieu a établies, non pas nous restreignent, mais, au contraire, préservent la Plénitude spirituelle reçue en  nos cœurs… !

   Notre entendement spirituel est appelé à passer de la mesure d’une possession terrestre à la dimension spirituelle de la Parole de Dieu elle-même. Jésus dit : « Je suis la porte. Si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé ; il entrera et il sortira, et il trouvera des pâturages… ! » Jean 10:9. Contrairement à ce que pense le « moi » charnel, entrer en Jésus n’est pas se retrouver « à l’étroit », mais c’est, au contraire, se trouver dans les  « pâturages » illimités de la Parole et de la Présence de Dieu, dans lesquels nous puisons la  « Vie » et l’« Abondance » spirituelle : Jean 10:10 ; ainsi que l’exprime l’apôtre Paul, exhortant les croyants d’Éphèse à « … comprendre avec tous les saints quelle est la largeur, la longueur, la profondeur et la hauteur et connaître l’amour de Christ qui surpasse toute connaissance, en sorte que vous soyez remplis jusqu’à toute la plénitude de Dieu… ! » Eph 3:18-19. Ce sont là les  « dimensions » spirituelles de la Parole de Dieu dont les « contours » forment la limite qui trace la frontière entre la Vérité et l’erreur… !

   Dénonçant l’idolâtrie d’Israël et de Juda, Le prophète Osée rappelle également cette ordonnance, en déclarant : « Les chefs de Juda sont comme ceux qui déplacent les bornes ; je répandrai sur eux ma colère comme un torrent. Éphraïm est opprimé, brisé par le jugement, car il a suivi les préceptes qui lui plaisaient… ! » Osée 5:10-11. Dans leur infidélité, les fils d’Israël avaient spirituellement déplacé les bornes dans la Loi de l’Éternel en choisissant soit les Paroles soit le sens qui leur convenait, en vue de tenter de justifier ou d’atténuer la gravité de leur conduite. Nous relevons ici la tentation de l’homme charnel de déplacer les « bornes » de la Parole en minimisant l’importance de la Vérité, dans le but de faire taire la voix de sa conscience et de donner ainsi plus d’espace à sa liberté personnelle… !

   Cette « idolâtrie », depuis lors, se présente comme étant l’attachement à toute tradition ancienne comme récente dans l’esprit du croyant, puis dans l’« institution », laquelle fixe son sens à l’Écriture et l’impose à autrui, en privant celle-ci de la Puissance et de la Vie d’En-Haut. Ce sont ici les bornes que l’étroitesse d’esprit de l’homme place dans la Parole pour en réduire la profondeur et le sens aux limites de sa propre intelligence, en vue de ses propres buts, contrairement à l’exemple de Job dont l’attitude nous éclaire, en disant : « Je n’ai pas abandonné les commandements de ses lèvres ; j’ai fait plier ma volonté aux paroles de sa bouche… ! » Job 23:12. Ainsi, notre soin à « faire plier » notre volonté aux paroles de Dieu consiste à se garder de placer les bornes de nos propres pensées qui s’opposent aux Pensées de Dieu, lequel Seul est à même de nous convaincre de nos propres limites … !

   Certes, depuis la création de l’homme, les bornes ici-bas ont montré leur utilité, en ce qu’elles expriment la Sagesse du Plan de Dieu envers Ses créatures, suivant les paroles mêmes de l’apôtre Paul, disant : « Dieu a fait que tous les hommes, sortis d’un seul sang, habitassent sur toute la surface de la terre, ayant déterminé la durée des temps et les bornes de leur demeure, il a voulu qu’ils cherchassent le Seigneur, et qu’ils s’efforçassent de le trouver en tâtonnant, bien qu’il ne soit pas loin de chacun de nous, car en lui nous avons la vie, le mouvement, et l’être… ! » Act 17:26-28. Or, en ce qui concerne le domaine spirituel, les bornes de l’esprit charnel sont la marque de l’imperfection de l’homme, c’est-à-dire, son impossibilité de comprendre la profondeur de la Révélation divine. Le psalmiste  dit, en effet : « Je vois (ici-bas) des bornes à tout ce qui est parfait : tes commandements (seuls) n’ont point de limite… ! » Ps 119:96. Dans la mesure où les hommes ont conscience de la « pensée de l’éternité dans leur cœur » Ecc 3:11, leur existence passagère est de nature à les inciter à aspirer à ce qui est durable. En effet, les tâches répétitives quotidiennes et la brièveté de la vie ont pour but d’élever nos cœurs vers les choses spirituelles et éternelles. Car le fait même d’avoir conscience de notre finitude nous fait aspirer à la Plénitude, celle de Celui dont il est dit que « nous avons tous reçu de Sa Plénitude et grâce pour grâce… ! » Jean 1:16.

   En quoi consistent donc les seules « bornes » spirituelles que Dieu a placées en vertu de l’Incarnation ? Dieu est la Parole qui s’est « faite chair » Jean 1:14 en la Personne de Jésus-Christ, Son Fils : « Lequel, dit l’Écriture, existant en forme de  Dieu, n’a point regardé comme une proie à arracher d’être égal avec Dieu, mais s’est dépouillé lui-même, en prenant une forme de serviteur, en devenant semblable aux hommes ; et ayant paru comme un simple homme, il s’est humilié lui-même, se rendant obéissant jusqu’à la mort, même jusqu’à la mort de la croix… ! » Phil 2:6-8. En étant l’Agneau destiné à être le Sacrifice unique et suffisant pour nos péchés, les limitations que Jésus a acceptées nous ont précisément ouvert le chemin qui nous conduit au Père. Car Dieu est Juste dans Ses Jugements, mais l’Amour de Dieu a placé une « borne de Grâce » de telle sorte que l’« étendue » de sa Bonté est plus grande que celle du jugement…, en cela s’éclairent les paroles de Jacques, disant que « la miséricorde triomphe du jugement… ! » Jac 2:13.

   C’est donc en « avançant » ou en « reculant » les bornes » dans la Parole de Dieu que l’homme « ajoute » une interprétation ou « retranche » une vérité !  Or, lorsqu’on limite le champ d’une vérité, l’on modifie, par voie de conséquence, toutes les vérités qui l’entourent et qui ne sont plus alors à leur vraie place et dans leur juste sens. D’où l’erreur qui s’amplifie, se généralise et s’impose, au cours des siècles, comme au cours de l’existence d’un croyant qui ne veille pas… ! Ici s’éclaire la profondeur des paroles que l’apôtre Paul adresse aux Corinthiens, en disant : « C’est à cause de vous, frères, que j’ai fait de ces choses une application à ma personne et à celle d’Apollos, afin que vous appreniez en nos personnes à ne pas aller au-delà de ce qui est écrit, et que nul de vous ne conçoive de l’orgueil en faveur de l’un contre l’autre… ! » I Cor 4:6. Afin que nous ne devenions pas adeptes de vérités au détriment d’autres vérités ou par opposition à d’autres personnes, l’apôtre Paul, avec Apollos, nous exhorte à « ne pas aller au-delà de ce qui est écrit », c’est-à-dire, non seulement « au-delà » de leur parole, mais aussi de leur personne ! Car leur personne comme leur prédication nous montrent que l’on est fortifié et gardé, non seulement par la pure doctrine, mais aussi par l’exemple du serviteur de Dieu dont la vie, elle aussi, est pure de la Pureté de la Parole qu’il annonce… ! Or, ce qui est pur est nécessairement délimité, afin de ne pas être altéré par toute autre proximité mauvaise… !

   Ainsi, le désir d’« aller plus loin » signifie, non pas « aller au-delà » de l’Écriture, mais entrer plus encore à « l’intérieur » de la Parole, dans laquelle Dieu se révèle à nous ; ainsi qu’il est écrit : « … l’Esprit sonde tout, même les profondeurs de Dieu… ! » I Cor 2:10. Là, aucune borne ne restreint nos aspirations aux Richesses célestes… ! Ni aucune crainte d’aller au-delà de ce qui est écrit, si ce n’est dans cette joie divine qui consiste à chercher, et à découvrir, toujours à nouveau, la Parole … à l’intérieur de la Parole… !