M285 – TOUT EST POSSIBLE …

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     « … Maître, j’ai amené auprès de toi mon fils, qui est possédé d’un esprit muet. En quelque lieu qu’il le saisisse, il le jette par terre ; l’enfant écume, grince des dents, et devient tout raide. J’ai prié tes disciples de chasser l’esprit, et ils n’ont pas pu. Race incrédule, leur dit Jésus, jusques à quand serai-je avec vous ? Jusques à quand vous supporterai-je ? Amenez-le-moi. On le lui amena. Et aussitôt que l’enfant vit Jésus, l’esprit l’agita avec violence ; il tomba par terre, et se roulait en écumant. Jésus demanda au père : Combien y a-t-il de temps que cela lui arrive ? Depuis son enfance, répondit-il. Et souvent l’esprit l’a jeté dans le feu et dans l’eau pour le faire périr. Mais, si tu peux quelque chose, viens à notre secours, aie compassion de nous. Jésus lui dit : Si tu peux ! Tout est possible à celui qui croit. Aussitôt le père de l’enfant s’écria : Je crois ! Viens au secours de mon incrédulité… ! » Marc 9:17-24.

   « Tout est possible à celui qui croit… ! » Les Paroles les plus concises de Jésus, les phrases les plus courtes de l’Évangile nécessitent souvent de grands développements pour que nous les comprenions, sans doute, à cause de notre petite foi ! Qui ne voudrait, en effet, en maintes circonstances, être en mesure que « tout lui soit possible », tant il y a de situations difficiles et douloureuses à affronter, à supporter ? Certes, nous avons, chacun de nous, connu et vécu des Interventions de notre Père céleste dans certaines situations impossibles, et qui n’ont été rendues possibles que par un miracle de Sa Grâce. Toutefois, en face de la complexité et des difficultés de l’existence… et autant de celles en nous-mêmes, il est certaines situations où nous ressentons notre faiblesse et notre impuissance, sans que ces circonstances, il est vrai, nous voilent les Bienfaits de Dieu qui sont autant de signes de Sa Présence… même silencieuse… !

   Répondant donc à la supplication de ce père, Jésus lui dit, avec un ton d’encouragement ou perçait un léger reproche : « Si tu peux ! … Tout est possible à celui qui croit… ! Marc 9:23. Jusqu’alors aux  yeux du père, et on le comprend, seul son fils comptait, seul son fils souffrait, seul son fils  avait besoin d’une Intervention divine ! Car ce « tout est possible » dans la pensée de ce père s’appliquait d’abord à son fils ; son fils seul en était l’objet. Mais à la Parole de Jésus, ce père se vit lui-même « malade », il découvrit son propre besoin : la faiblesse de sa foi, au point de s’écrier : « Je crois, viens au secours de mon incrédulité… ! ». Au secours, non pas de mon fils, mais d’abord de mon incrédulité…, et cela, avant même que Jésus ne s’occupât de son fils, qui fut alors délivré : Marc 9:25. L’Intervention du Seigneur devait donc être d’abord manifestée envers ce père qui priait, et ensuite envers son fils pour qui il priait ! Nous réalisons donc que ce « tout est possible » consiste, non pas dans une intervention concernant tous les besoins en une seule fois, mais déjà dans l’entière délivrance en vue d’un besoin précis ! Ainsi, ce « tout » signifie, non pas la solution de toutes les difficultés qui remplissent l’existence d’une personne, mais, avant tout, la Priorité de Dieu, dans laquelle Dieu intervient dans Sa Sagesse et par Sa Puissance : Priorité concernant un besoin d’autrui, qui peut révéler le nôtre… !

   Au sujet de l’homme riche qui lui demanda ce qu’il devait faire pour hériter la vie éternelle, et qui s’en alla tout triste, Jésus dit à ses disciples : « Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume de Dieu. Les disciples furent encore plus étonnés, et ils se dirent les uns aux autres : Et qui peut être sauvé ? Jésus les regarda, et dit : Cela est impossible aux hommes, mais non à Dieu ; car tout est possible à Dieu… ! Marc 10:25-27. Il est frappant de constater que cette Parole qui révèle un Attribut de Dieu, Jésus l’applique donc aussi à l’homme qui a foi en Lui. Car l’aveu même d’une chose qui est impossible est l’attitude de foi dans laquelle cette chose peut être rendue possible… !

   Or, lorsque ce « tout est possible » s’applique à l’homme, est-il donc de la même nature que lorsqu’il est attribué à Dieu ? Dans l’Esprit, assurément, mais dans son application il en est, bien sûr, différemment, sinon l’homme se croirait Dieu ! Dieu, en effet, en tant que Créateur, a toute Puissance pour agir sur Sa propre Création, tandis que les hommes, en tant que créatures, ont reçu, à l’écoute de la Parole de Dieu dans la foi, le « pouvoir de devenir enfants de Dieu, lesquels sont nés, dit l’Écriture, non du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu… ! » Jean 1:12-13. Mais ce pouvoir, le croyant ne peut en user à sa guise, il dépend de la Volonté divine qui, seule, rend possible l’accomplissement du Dessein de Dieu à son égard. L’apôtre Paul, parlant des fruits abondants de son ministère pour le Royaume de Dieu, écrit aux Corinthiens : « Ce n’est pas à dire que nous soyons par nous-mêmes capables de concevoir quelque chose comme venant de nous-mêmes. Notre capacité, au contraire, vient de Dieu… ! » II Cor 3:5. Dieu est la Source de cette  « capacité » édificatrice et sanctificatrice, de laquelle le racheté reçoit le discernement et la force en vue des choses dont il doit se dépouiller comme de celles dont il doit se revêtir en Jésus-Christ… !

   L’expérience nous apprend que les vertus ne sont pas nécessairement innées en l’homme, et que ce sont parfois les circonstances qui les lui imposent. En effet l’homme le plus sage, le plus humble ou le plus soumis l’est, souvent, parce qu’il n’a pas d’autres choix ; car, en d’autres circonstances, qu’un certain pouvoir lui soit accordé, et on ne le reconnaît plus… ! Combien de prophètes n’eurent-ils pas à déplorer l’attitude des rois d’Israël, et celle du peuple, dont les cœurs s’élevèrent tant de fois à cause du grand nombre de chevaux et de chars, ou d’une victoire sur une armée ennemie, ou de l’attrait des richesses, toutes ces choses suscitant cette autosuffisance qui conduit insidieusement à ne plus dépendre de Dieu… ?

   En tant que croyants, nous avons nous-mêmes à discerner et à combattre en chacun de nous cette pensée insidieuse. En effet, les apôtres Jacques et Jean s’approchèrent de Jésus, et lui firent cette demande : « Accorde-nous, lui dirent-ils, d’être assis l’un à ta droite et l’autre à ta gauche, quand tu seras dans ta gloire… ! » Marc 10:37. Quelle était donc la place de l’ambition personnelle dans cette aspiration, au premier abord spirituelle ? Qui peut le dire ? Peut-être pas même Jacques et Jean ! De même que les soixante-dix disciples envoyés par Jésus, qui, à leur retour, lui dirent : « Seigneur, les démons mêmes nous sont soumis en ton Nom ! Jésus leur dit : Je voyais Satan tomber du ciel comme un éclair. Voici, je vous ai donné le pouvoir de marcher sur les serpents et les scorpions, et sur toute la puissance de l’ennemi ; et rien ne pourra vous nuire. Cependant, ne vous réjouissez pas de ce que les esprits vous sont soumis ; mais réjouissez-vous de ce que vos noms sont écrits dans les cieux… ! » Luc 10:18-20. En cela, les disciples accomplirent l’ordre de Jésus. Cependant, le pouvoir de soumettre les démons au Nom de Jésus était une chose si extraordinaire pour eux, qu’elle concentra sur elle toute leur attention au point de leur susciter une joie qui éclipsa la Joie la plus grande de toutes qui est, et sera toujours, celle d’avoir « son nom écrit dans les cieux… ! ». La source de leur joie ne découlait plus de leur Maître, mais de leur service, elle ne dépendait plus de ce qu’ils « étaient » en Dieu, mais de ce qu’ils « faisaient » pour Lui ! Et cela, parce qu’ils avaient reçu le pouvoir de guérir les malades et de chasser les démons !  Comment se seraient-ils donc conduit si, de leur propre initiative, « toutes choses », ici-bas, leur avaient été rendues « possibles » … ?

   Dans les soucis et dans les souffrances de la vie, comment ce « tout est possible à celui qui croit… ! » se traduit-il donc dans nos vies ? Pouvons-nous nous attendre, dans chaque cas difficile, à une Intervention divine ou à un changement miraculeux ? Or, Jésus dit aussi : « Ne vous inquiétez donc pas du lendemain ; car le lendemain aura soin de lui-même. A chaque jour suffit sa peine… ? » Matt 6:34. Ce « tout est possible » ne nous exempte donc pas du poids et de la «  peine de chaque jour » ! Mais nous le vivons en recevant la Puissance d’En-Haut pour faire face à des situations difficiles qui, sans cette Force divine, nous seraient impossibles à vivre ! Nous le vivons, certes, non pas en nous résignant, mais en acceptant le fait que des choses ici-bas sont incompréhensibles, et même qu’elles le resteront… ! Car le fait de l’accepter nous mûrit spirituellement, ainsi que notre discernement spirituel, par lequel nous sont révélées des réalités plus profondes et plus fortes encore que celles qui nous échappent : Événements qui s’inscrivent dans le Dessein de Dieu, lequel, par le moyen même de ces situations incompréhensibles, s’éclaire alors et atteint pleinement son but … !