M281 – SOYEZ MES IMITATEURS …

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     « Jusqu’à cette heure, nous souffrons la faim, la soif, la nudité ; nous sommes maltraités, errants çà et là ; nous nous fatiguons à travailler de nos propres mains ; injuriés, nous bénissons ; persécutés, nous supportons ; calomniés, nous parlons, avec bonté ; nous sommes devenus comme les balayures du monde, le rebut de tous, jusqu’à maintenant. Ce n’est pas pour vous faire honte que j’écris ces choses ; mais je vous avertis comme mes enfants bien-aimés. Car, quand vous auriez dix mille maîtres en Christ, vous n’avez cependant pas plusieurs pères, puisque c’est moi qui vous ai engendrés en Jésus-Christ par l’Évangile. Je vous en conjure, donc, soyez mes imitateurs… ! » I Cor 4:11-16.

   « Soyez mes imitateurs… ! » Ces paroles, exprimées par une autre personne que l’apôtre Paul, auraient dénoté un orgueil immense, mais dans la bouche de l’apôtre elles révélaient, au contraire, une humilité et un brisement permanents. D’ailleurs, l’apôtre pouvait être imité, parce que lui-même vivait la soumission, ainsi qu’il l’écrit aux Corinthiens : « Soyez mes imitateurs…, comme je le suis moi-même de Christ ! » I Cor 11:1. Alors que le conducteur charnel, par une personnalité forte et une grande connaissance, s’attache les personnes qui le suivent, le conducteur spirituel, à l’inverse, dès qu’il discerne chez les âmes une inclination à s’attacher à lui, il s’humilie alors, à l’exemple du prophète Jean-Baptiste, afin qu’en lui « Dieu croisse, et que lui-même diminue… ! » Jean 3:30. L’apôtre Paul en était à ce point conscient, qu’il écrit à ces mêmes Corinthiens : « Si je voulais me glorifier, je ne serais pas un insensé, car je dirais la vérité ; mais je m’en abstiens, afin que personne n’ait à mon sujet une opinion supérieure à ce qu’il voit en moi ou à ce qu’il entend de moi… ! » II Cor 12:6. Les rachetés que l’apôtre exhortait à l’imiter imitaient donc, non pas l’homme, mais Christ qui demeurait en lui. Ainsi, entre Dieu et les croyants, la propre personne de Paul « disparaissait » pour le bien de ceux qui, à travers lui, aspiraient à ressembler à l’Image de Celui qui est invisible… !

   En ce monde, l’on cherche à imiter ceux qui sont forts, riches, doués ou qui ont réussi. Or, quand l’apôtre Paul nous exhorte à l’imiter, comme d’ailleurs les autres apôtres avec lui, nous sommes invités à imiter la vie spirituelle de ces serviteurs de Dieu qui, entre autres, avaient « souffert la faim, la soif, la nudité », qui avaient été « maltraités », qui « travaillaient de leurs propres mains », qui étaient « calomniés, persécutés », et, pour finir, considérés « comme les balayures du monde, le rebut de tous… ! » I Cor 4:11-13. Nous n’avons pas reçu la même vision ou le même appel que les apôtres, cependant ce que dit Paul concerne tout croyant spirituel qui veut demeurer fidèle. Certes, d’aucuns choisiraient plutôt d’imiter des hommes de Dieu qui manifestent des guérisons, des délivrances, et surtout une moisson d’âmes sauvées. Or, l’apôtre Paul aussi reçut et vécut ces choses dans son ministère. Cependant, l’essentiel était le poids spirituel qu’il portait en lui pour ses frères et ses sœurs en la foi, au point d’écrire : « Qui est faible, que je ne sois faible ? Qui vient à tomber, que je ne brûle… ? II Cor 11:29. Quant à nous, les Appels et les Directions de la Volonté de Dieu sont divers, suivant Sa Sagesse, selon Son Dessein et en Son Temps. Car, l’homme spirituel discerne ce qu’il y a d’authentique dans la vie spirituelle des serviteurs fidèles, et qui même souffrent à cause de cela. Et, d’ailleurs, c’est précisément parce qu’ils ont souffert qu’il y a quelque chose de Dieu en eux à imiter… !

   Seul Dieu est digne de recevoir notre amour et notre adoration, cependant ceci ne s’oppose pas au fait d’imiter ceux qui sont dignes de l’être. Certes, nous avons aussi pu connaître des situations négatives dans ce domaine. Combien d’âmes, en effet, ont connu une déception douloureuse de la part de ceux dont la vie a été une cause d’achoppement. Hélas, nos yeux de croyants, humains eux aussi, relèvent, à tort ou à raison, davantage ce qui est négatif que ce qui est positif. Or, ce n’est pas là la disposition intérieure que l’on retire de l’imitation selon Dieu, ni qui nous y invite. Dans ce domaine délicat de l’imitation, l’imitation déçue laisse vite la place à la critique et au jugement sur autrui. Ceci nous apprend qu’« imitation » n’est pas « admiration » ; aussi, dans le cas contraire, gardons-nous de toute conclusion hâtive et condamnatrice ! Il n’y a donc pas d’imitation sans discernement, car il ne se passe pas de jour sans que nous ayons à devoir distinguer entre le bien et le mal. Sachons donc distinguer : entre une chose mauvaise et ce qui l’entoure, mais sans y participer, ainsi qu’entre une chose bonne et ce qui ne l’est qu’en apparence. De plus, nous réaliserons que la nécessité même d’exercer le discernement contribue, spirituellement, à nous faire grandir… !

   Le Seigneur Jésus nous parla d’hommes qui, sans avoir été parfaits, lui servirent de signes pour nous annoncer les signes des temps. Salomon eut un début de règne hautement spirituel, cependant, à la fin de sa vie, les « femmes étrangères l’entraînèrent dans le péché de l’idolâtrie ! » Néh 13:26. Or, Jésus, parlant aux Juifs de sa génération, se référa au roi Salomon, en disant : « la reine du midi se lèvera au jour du jugement avec cette génération et la condamnera, parce qu’elle vint des extrémités de la terre pour entendre la sagesse de Salomon, et voici, dit-Il, il y a ici plus que Salomon… » Matt 12:42. Et Lot, à Sodome : « Ce juste, qui habitait au milieu d’eux, dit l’Écriture, tourmentait journellement son âme juste à cause de ce qu’il voyait et entendait de leurs œuvres criminelles !» II Pier 2:8, et qui, après avoir échappé à la destruction de la ville, fut enivré par ses filles qui enfantèrent de lui Moab et Amon, qui devinrent ennemis d’Israël : Gen 19:37-38. Or, Jésus dit : « ce qui arriva du temps de Lot arrivera pareillement. Les hommes mangeaient, buvaient, achetaient, vendaient, plantaient, bâtissaient ; mais le jour où Lot sortit de Sodome, une pluie de feu et de souffre tomba du ciel, et les fit tous périr. Il en sera de même le jour où le Fils de l’homme paraîtra… ! » Luc 17:28-30. Ce n’est pas parce que Salomon et Lot, eurent une fin assombrie, qu’ils n’auraient rien à nous apprendre. En effet, les choses spirituelles qu’ils reçurent, de part et d’autre, n’en demeurent pas moins éclairantes pour nous ! Le Seigneur nous donne cette maturité d’esprit qui nous permet de tirer instruction de la part, aussi bien des mauvais exemples à fuir, que des bons exemples à suivre. Si nous n’acceptions de nous instruire que de la part de croyants parfaits, il ne nous resterait que les anges, et encore, l’Écriture ne dit-elle pas que Dieu même « n’a pas confiance en ses serviteurs et qu’il trouve même de la folie chez ses anges… » ? Job 4:18.

   C’est pourquoi « nous désirons, dit l’Écriture, que chacun de vous montre le même zèle pour conserver jusqu’à la fin une pleine espérance, en sorte que vous ne vous relâchiez point, et que vous imitiez ceux qui, par la foi et la persévérance, héritent des promesses… ! » Héb 6:11-12. Beaucoup, en voulant imiter, cherchent à faire ce que tel croyant ou tel homme de Dieu manifeste dans son ministère. Or, l’imitation n’est pas la reproduction des œuvres ; seules « la foi et la persévérance » sont destinées à être imitées, ainsi qu’il est écrit : « Souvenez-vous de vos conducteurs qui vous ont annoncé la parole de Dieu ; considérez quel a été la fin de leur vie, et imitez leur foi… ! » Héb 13:7. Il s’agit ici, non pas d’avoir le même appel, de faire les mêmes œuvres, d’exercer les mêmes dons, mais de croire et de persévérer en étant, comme eux, sanctifiés « jusqu’à la fin de notre vie ». Ainsi, nous imitons donc chez tout croyant et chez tout homme de Dieu fidèles, non pas la vocation, mais uniquement la foi et la persévérance, ce que Dieu d’ailleurs attend de nous. Ceci nous évitera la grande déception de n’avoir pas obtenu ce que nous avons cherché à imiter, et qui ne correspondait pas à l’Appel de Dieu qui nous est propre, ou la vie spirituelle à laquelle Il nous a destinés… !

   Pour ce qui est « d’être imitateurs de Dieu » Eph 5:1, nous ne le pouvons donc qu’en recevant la Force de Celui que nous tendons à imiter. Il en est autrement au sujet des personnes à imiter. En effet, quand nous imitons les vertus de quelqu’un, ce n’est pas pour devenir comme celui qui les possède, c’est-à-dire, « autres » que nous-mêmes ! Au contraire, nous imitons autrui, précisément, pour découvrir ce que nous sommes. Comment cela ? En discernant l’exemple à imiter dans la vie spirituelle d’autrui, et en l’appliquant à ce qui, déjà, appartient à la nôtre ! C’est donc en imitant que nous découvrons notre particularité et ce qui constitue l’être unique que nous sommes en Christ. C’est là ce que nous apporte la communion fraternelle dans toute la profondeur et la diversité de ses richesses. Une prière monte alors dans nos cœurs : Puissions-nous être en toutes choses, avec l’aide de Dieu, non pas blâmables, mais imitables, afin d’aider tous ceux qui, à nos côtés, tendent à la perfection en Lui… !