M278 – RICHE POUR DIEU …

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      « Quelqu’un dit à Jésus, du milieu de la foule : Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage. Jésus lui répondit : Ô homme, qui m’a établi pour être votre juge, ou pour faire vos partages ? Puis il leur dit : Gardez-vous avec soin de toute avarice ; car la vie d’un homme ne dépend pas de ses biens, fût-il dans l’abondance. Et il leur dit cette parabole : Les terres d’un homme riche avaient beaucoup rapporté. Et il raisonnait en lui-même, disant : Que ferai-je ? Car je n’ai pas de place pour serrer ma récolte. Voici, dit-il, ce que je ferai : j’abattrai mes greniers, j’en bâtirai de plus grands, j’y amasserai toute ma récolte et tous mes biens, et je dirai à mon âme : Mon âme, tu as beaucoup de biens pour plusieurs années ; repose-toi, mange, bois et te réjouis. Mais Dieu lui dit : Insensé, cette nuit même ton âme te sera redemandée ; et ce que tu as préparé, pour qui cela sera-t-il ? Il en est ainsi de celui qui amasse des trésors pour lui-même, et qui n’est pas riche pour Dieu … ! Luc 12:13-21.

    Quand une personne a pour seule préoccupation une idée arrêtée, il lui est impossible de s‘ouvrir à quelque chose venant de l’extérieur d’elle-même. Ainsi cet homme, pour qui sa part d’héritage était l’objet de toutes ses pensées, était donc inaccessible à toute parole venant de qui que ce fût. Toute idée fixe, en effet, « fige » l’esprit de l’homme, au point que toute autre parole, ou pensée ne pénètre pas en lui, même à l’écoute des Paroles de Jésus, comme ce fut le cas de l’homme riche. En effet, tout en écoutant la Parole, cet homme n’attendait que le moment opportun pour interrompre Jésus, et se servir, pensait-il, de Son Autorité dans le but d’enjoindre son frère à partager l’héritage avec lui!

    Cet homme voulait être riche le plus tôt possible, mais la nature des Richesses célestes et la nature des richesses d’ici-bas sont opposées ; ces deux aspirations sont inconciliables dans leur mobile et leur but, elles s’annulent l’une l’autre. Celui donc qui aspire aux richesses terrestres, quelle qu’en soit la nature, « amasse des trésors pour lui-même, dit Jésus, et n’est pas riche pour Dieu… ! » Luc 12:21. Ainsi, un abîme sépare l’état d’esprit par lequel les biens terrestres sont recherchés d’avec l’Esprit-Saint par lequel nous aspirons aux Richesses célestes. Pourtant, nous ne discernons pas toujours en quoi consiste notre aspiration à l’égard des choses spirituelles. Certes, nous aspirons à ce que Dieu soit glorifié par des fruits durables dans notre vie spirituelle, dans le témoignage, dans le ministère, dans l’église, dans l’annonce de la Parole de Dieu. Or, c’est précisément dans le domaine spirituel qu’il y a lieu de distinguer entre la recherche d’être « riche pour Dieu », et celle d’être riche pour soi-même, abusé en cela par un sentiment pris à tord pour une Approbation divine, et qui ne cherche qu’à être béni et protégé ici-bas… ! Or, en ce qui concerne la Parole de Jésus qui nous exhorte à « chercher premièrement le Royaume et la Justice de Dieu … ! » Matt 6:33, seule l’acceptation, de ce que peut coûter à notre « moi » notre aspiration aux choses d’En-Haut, a pour conséquence de susciter en nous cette disposition qui discerne les choses spirituelles qui nous rendent riches pour Dieu… !

    L’Écriture nous rapporte le cas éclairant d’un homme de la montagne d’Éphraïm, du nom de Mica. Après avoir rendu à sa mère l’argent qu’il lui avait pris, celle-ci en préleva une partie qu’elle remit au fondeur, lequel en fit une image taillée et une image en fonte qu’elle donna à son fils. Lui-même se fit un éphod (vêtement sacerdotal), et des téraphim (statuettes de dieux domestiques), et consacra l’un de ses fils comme prêtre… ! Juges 17:2-5. Un peu plus tard, Mica, rencontrant un lévite, lui dit : « Reste avec moi ; tu me serviras de père et de prêtre… ! Juges 17:10-12, en le rémunérant de ses services. Tout ceci lui inspira cette parole de satisfaction, disant : « Maintenant, je sais que l’Éternel me fera du bien, puisque j’ai ce lévite pour prêtre… ! » Juges 17:13. En réalité, la démarche de cet homme consistait à être riche, non pas pour Dieu, mais pour lui-même en vue du bien qu’il allait retirer en retour des signes extérieurs de son appartenance à Dieu. Et ceci n’en éclata que davantage lorsqu’une troupe de la tribu de Dan vint enlever son image taillée et son image en fonte, et que le lévite les suivit, en prenant avec lui l’éphod et les téraphim. Ce qui fit s’écrier Mica, lors de son retour dans sa maison : « Mes dieux que j’avais faits, vous les avez enlevés avec le prêtre et vous êtes partis, que me reste-t-il ? Comment donc pouvez-vous me dire : Qu’as-tu… ? Juges 18:24. Ceci révèle que l’essentiel pour lui n’était pas l’Eternel, mais ses objets de culte, et que l’objet de sa foi n’était pas Dieu, mais « lui-même » et les bienfaits qu’il croyait mériter de Dieu ! Or, la réalité creuse de sa vie religieuse n’éclata au grand jour que lorsque toutes ces choses lui furent ravies… !

   Combien de points de vue personnels au sujet des Vérités de l’Écriture, dont l’épreuve du temps a démontré la faiblesse, ou l’opiniâtreté faussant le Sens de la Parole ! Nous nous sommes parfois imposés certains principes, venant d’un cœur sincère, mais les événements de la vie nous en ont révélé le légalisme ou la stérilité spirituelle. C’est alors que, croyant être riches pour Dieu, nous découvrons que nous avions fait de nos connaissances et de nos conceptions personnelles nos propres richesses, au lieu de recevoir les Richesses divines. Car être riche « pour » Dieu, c’est être riche « de » Dieu, et ces Richesses ne peuvent nous être communiquées qu’en étant nous-mêmes « transformés par le renouvellement de l’intelligence » Rom 12:2. Alors, notre propre manière de comprendre « meurt » par le fait même de sonder les « Profondeurs » de l’Esprit, par lesquelles nous recevons la compréhension spirituelle de la Parole qui les contient… !

   Après avoir donc « raisonné » en lui-même, et décidé de « bâtir des greniers plus grands », cet homme riche dit : « Mon âme, tu as beaucoup de biens en réserve pour plusieurs années ; repose-toi, mange, bois et te réjouis… ! » Luc 12:19. Il est frappant de constater combien la satisfaction de cet homme riche ressemble à la satisfaction du croyant légaliste qui, selon lui, met en pratique toute la Parole de Dieu, ainsi qu’à la satisfaction de celui qui se dit approuvé de Dieu, parce qu’il manifeste certains Dons de l’Esprit, accordés cependant par la seule Grâce de Dieu ! Et, de même que l’abondance du riche lui donnait assurance et sécurité dans sa demeure, ces mêmes sentiments en ces personnes se traduisent par un esprit de suffisance au lieu d’un esprit d’humilité. Or, l’humilité est le premier signe par lequel se révèle une âme enrichie d’En-Haut, car, être riche pour Dieu, c’est, après L’avoir connu, chercher toujours à recevoir, et à vivre… ce qu’il y a encore à connaître de Lui… !

   Tandis que l’homme riche songeait donc à détruire ses greniers pour en bâtir de plus grands, son âme allait lui être redemandée la nuit même où il prenait cette décision : Luc 12:18-20 ! Ainsi se comporte parfois le croyant ; en effet, à l’instar du riche, lui aussi veut « entreposer » des vérités reçues dans le cadre toujours trop étroit de son esprit… ! En ce faisant, il réduit ce qu’il peut connaître de Dieu à la mesure de sa propre compréhension, alors que le sens spirituel et la portée éternelle de la Parole sont insondables ! Ainsi, la compréhension de la Parole nous est donnée dans la mesure où, en même temps, nous aspirons à parvenir à « la mesure de la Stature parfaite de Christ ! » Eph 4:13. Car le fait de « tendre à la perfection » nous élève à une telle Stature spirituelle que nos pensées limitées cèdent alors devant l’Action intérieure de l’Esprit qui éclaire, et la Parole et nous-mêmes… !

    Une vérité profonde a été exprimée à l’égard de l’Église de Smyrne qui n’encourut aucun blâme de la part du Seigneur : « Je connais ta tribulation, écrit l’ange, et ta pauvreté (bien que tu sois riche) … ! » Apo 2:9. Cette Église était pauvre en biens matériels, mais non pas dans les biens spirituels, c’est-à-dire, dans sa manière de recevoir et de manifester les Révélations reçues de la part de Dieu, sans s’en glorifier. En fait, cette Église était riche de « la grâce de notre Seigneur Jésus Christ, qui pour vous, dit l’Écriture, s’est fait pauvre, de riche  qu’il  était,  afin  que  par  sa  pauvreté  vous  fussiez  a  enrichis… ! » II Cor 8:9. C’est ici cette humilité en Christ, cette « noblesse d’âme » dans laquelle nous discernons les Richesses venant de Dieu. Richesses célestes auxquelles les croyants spirituels aspirent et par lesquelles ils s’édifient les uns les autres. Et c’est parce que les croyants de Smyrne étaient ainsi riches pour Dieu, que l’Ange put dire à chacun d’entre eux, comme à chacun d’entre nous aujourd’hui : « Ne crains pas ce que tu vas souffrir… ! Apo 2:10… Souffrances traversées avec cette confiance qui puise la Force divine dans les Certitudes profondes des Richesses d’En-Haut révélées en Jésus-Christ… !