M272 – QUE ME MANQUE-T-IL ENCORE … ?

Format PDF

     « Et voici, un homme s’approcha, et dit à Jésus : Maître, que dois-je faire de bon pour avoir la vie éternelle ? Il lui répondit : Pourquoi m’interroges-tu sur ce qui est bon ? Un seul est bon. Si tu veux entrer dans la vie, observe les commandements. Lesquels ? lui dit-il. Et Jésus répondit : Tu ne tueras point ; tu ne commettras point d’adultère ; tu ne déroberas point ; tu ne diras point de faux témoignage ; honore ton père et ta mère ; et : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Le jeune homme lui dit : J’ai observé toutes ces choses ; que me manque-t-il encore ? Jésus lui dit : Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel. Puis viens, et suis-moi. Après avoir entendu ces paroles, le jeune homme s’en alla tout triste ; car il avait de grands biens… ! » Matt 19:16-22.

  La rencontre avec une âme recherchant la vie éternelle est chose peu courante. Nous est-il arrivé de faire une telle rencontre ? Si oui, tout heureux, nous nous sommes probablement empressés d’exposer tout le Plan de Dieu, de Son Amour, de Son Salut pour tous les hommes… ! Mais, peut-être, en avons-nous trop dit, et trop vite ? En effet, Jésus, à l’égard de cet homme, n’a pas agi de cette manière. Jésus ne lui fit pas connaître aussitôt tout ce qui Le concernait, en tant que Fils de Dieu, car cet homme avait besoin de se connaître d’abord lui-même à la Lumière du Maître auquel il s’adressait. Jésus ne rectifia donc pas tout de suite la pensée de cet homme, Il poursuivit même la conversation, en lui disant : « Pourquoi m’interroges-tu sur ce qui est bon ? Un seul est bon… ! », C’est-à-dire, Dieu ! Et Jésus de poursuivre : « Si tu veux entrer dans la vie, observe les commandements… ! » Matt 19:17. Or, c’était là, précisément, le problème de ce jeune homme qui répond : « J’ai observé toutes ces choses, que me manque-t-il encore ? » Matt 19:20. L’attitude de cet homme découle, paradoxalement, non pas de son ignorance, mais de sa connaissance de la Parole de Dieu, mais sans avoir reçu la Lumière de la Vie qu’elle contient… !

  Cet homme avait observé les commandements depuis « sa jeunesse » Marc 10:20, mais sa manière de les avoir observés ne lui donna pas la certitude de la vie éternelle. Ainsi, parce qu’il lui « manquait » quelque chose, il faisait donc chaque fois quelque chose de plus, mais plus il faisait et plus il sentait qu’il lui manquait encore quelque chose … ! Jusqu’au jour où il rencontra Jésus qui lui ouvrit les yeux sur ce cercle vicieux. Car, jusqu’alors, la pensée qui habitait cet homme consistait à « faire » quelque chose plutôt qu’à recevoir ce qui est déjà « fait » de la part de Dieu. Or, comment la Vie divine serait-elle reçue dans un cœur, qui ne connaît pas en lui-même son propre obstacle à ce qu’il recherche ? En aucun cas Jésus ne laisserait une âme se méprendre ainsi sur elle-même, d’où le soin qu’Il prit d’amener ce jeune homme à découvrir que sa manière de rechercher la Vie éternelle demeurait étrangère à la nature spirituelle de la chose recherchée… !

  Cet homme considérait la perfection comme un ensemble de bonnes actions, aussi Jésus lui répondit-Il dans ce sens : « Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel. Puis viens, et suis-moi… ! » Matt 19:21. Jésus aurait pu simplement lui dire de croire en Lui, comme Il le dit ailleurs à des Juifs qui lui avaient demandé : « Que devons-nous faire, pour faire les œuvres de Dieu ? Et auxquels Il répondit : L’œuvre de Dieu, c’est que vous croyiez en celui qu’il a envoyé… ! » Jean 6:28-29. Jésus trouva donc nécessaire de prolonger la pensée de cet homme qui consistait à faire des œuvres plutôt qu’à croire…, jusqu’au moment où, dit l’Écriture, « il s’en alla, car il avait de grands biens… ! » Matt 19:22, révélant par là qu’il avait bien compris ce que Jésus voulait qu’Il comprît ! Il est un trait de la Sagesse de Dieu qui consiste à ne pas rectifier prématurément le propre raisonnement d’une âme, afin que, après avoir été éclairée sur elle-même par Lui, soit elle reçoive la vérité qui l’a convaincue, soit au contraire, elle ferme son oreille à la vérité qu’elle redoute… !

  Il est bouleversant que, après s’être approché de Jésus, l’on puisse se retirer de Lui « tout triste » plutôt qu’heureux, réconforté, apaisé. Combien de personnes disent rechercher quelque chose de « plus » de la part de Dieu, pour, finalement, se retrouver insatisfaites, tristes ou déçues. Et elles le sont, non parce qu’elles n’auraient pas compris, mais, précisément, parce qu’elles ont compris ce que Dieu attendait d’elles, mais selon Sa Pensée, et non selon leurs pensées. L’attachement à ses richesses n’empêcha pas cet homme d’avoir une recherche des choses spirituelles, mais il était loin de penser que sa confiance « naturelle » en ses richesses terrestres faussait la nature spirituelle de son aspiration, le privant, à ce moment-là, du but céleste même auquel il aspirait. Cet homme avait en quelque sorte un cœur compartimenté, c’est-à-dire, un  « compartiment » pour sa pratique religieuse, un autre pour sa vie personnelle, un autre pour ses biens terrestres, alors que la personne du croyant est une aux yeux de Dieu, et en Lui. Ainsi, l’attachement aux choses terrestres, ou l’aspiration aux choses spirituelles influe favorablement ou défavorablement sur l’authenticité de notre recherche ! C’est là ce que Jésus révéla à cet homme riche… !

 Lorsque Jésus dit à cet homme : « Va, vends ce que tu possèdes… Puis viens et suis-moi » ! Matt 19:21 Jésus lui demanda, d’abord, d’ « aller », puis de « venir », avant de Le suivre, afin que cet homme prît conscience de ce qui faisait obstacle à sa propre demande. C’est ce qui se passa aussi avec la Samaritaine : « Va …, lui dis Jésus, appelle ton mari, et viens… ici. La femme répondit : Je n’ai point de mari. Jésus lui dit : Tu as raison de dire : Je n’ai point de mari. Car tu as eu cinq maris ; et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari. En cela tu as dit vrai… ! » Jean 4:16-18. Il en est de même au sujet de la prière et de la louange : « Si donc tu présentes ton offrande à l’autel, dit Jésus, et que là tu te souviennes que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande devant l’autel, et va… d’abord te réconcilier avec ton frère ; puis, viens… présenter ton offrande… ! » Matt 5:23-24 : « Va, et vient… ! » Dieu nous renvoie à nous-mêmes, Il nous fait rentrer en nous-mêmes. Il y a toujours un temps nécessaire plus ou moins long entre Jésus et nous, pendant lequel Il nous laisse la liberté et la responsabilité de répondre à ce qu’Il nous demande… !

  En disant : « Que me manque-t-il encore… ? », de telles paroles expriment normalement un « manque ». En réalité, le manque de cet homme riche consiste, paradoxalement, non pas en quelque chose « en moins », mais en quelque chose « en plus », et même « en trop ». En quoi consiste donc la nature de ce « trop » ? Pour saisir cela, écoutons Jésus s’adressant à ses disciples : « Qu’il sera difficile, leur dit-Il, à ceux qui ont des richesses d’entrer dans le Royaume de Dieu. Les disciples furent étonnés de ce Jésus parlait ainsi. Et, reprenant, il leur dit : Mes enfants, qu’il est difficile à ceux qui se confient dans les richesses d’entrer dans le Royaume de Dieu… ! » Marc 10:23-24. Jésus montra le danger, non pas de posséder des richesses, mais de placer sa confiance en elles, car elles y incitent. C’est ce qui éclaire pourquoi ce jeune homme s’en alla tout triste. Et ce fut là, précisément, la tristesse de ce « trop » qui lui fit manquer l’Essentiel…, parce que l’esprit dans lequel il recherchait la Vie éternelle était le même esprit avec lequel il se confiait dans ses richesses ! Il tentait d’associer l’inconciliable, c’est-à-dire, le durable et le périssable, le céleste et le terrestre, l’éternel et le temporel. Un tel état d’esprit ne peut que demeurer étranger à la nature de l’Esprit de la Grâce et du Don de Dieu, et ne peut qu’inciter à ajouter « œuvres sur œuvres ». Car, l’esprit des œuvres, soit révèle l’orgueil de l’homme qui croit se justifier par lui-même, soit révèle la crainte due à l’absence de la certitude du pardon de ses péchés. C’est ce qui explique que les premières manifestations des « œuvres » consistent en une intransigeance doctrinale au moyen de vérités arbitrairement choisies qui rassurent la connaissance, mais non pas la conscience… !

  Jésus reconnut l’effort sincère de cet homme à rechercher la Don de la Vie éternelle, au point que lors de leur entretien, dit l’Écriture : « Jésus, l’ayant regardé, l’aima… ! » Marc 10:21. Et, malgré le fait que cet homme s’en alla, Jésus ne l’en aima pas moins… ! Au contraire, aux disciples qui lui demandaient : « Qui peut donc être sauvé ? Jésus les regarda, et leur dit : Aux hommes cela est impossible, mais à Dieu tout est possible… ! » Matt 19:26. Nous-mêmes aussi, nous avons recherché des choses profondes de la part de Dieu, et peut-être sommes-nous restés dans l’expectative depuis lors. Mais, quand bien même nous résisterions à ce que Dieu nous a demandé, nous ne pourrons jamais oublier l’Amour avec lequel Il nous a parlé. Et quand ce qui nous manque, nous manquera davantage, Son Amour suffira à nous rappeler Ses Paroles qui attendent notre réponse… !