M271 – NE MULTIPLIEZ PAS DE VAINES PAROLES …

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    « En priant, ne multipliez pas de vaines paroles, comme les païens, qui s’imaginent qu’à force de paroles, ils seront exaucés. Ne leur ressemblez pas ; car votre Père sait de quoi vous avez besoin, avant que vous le lui demandiez. Voici comment vous devez prier : Notre Père qui es aux cieux ! Que ton nom soit sanctifié ; que ton règne vienne ; que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien ; pardonne-nous nos offenses, comme nous aussi nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ; ne nous induis pas en tentation, mais délivre-nous du malin. Car c’est à toi qu’appartiennent, dans tous les siècles, le règne la puissance et la gloire. Amen… ! » Matt 6:7-13.

    Parmi les vérités mises en pratique chaque jour se trouve la prière, à laquelle Jésus nous exhorte.Y a-t-il un seul croyant qui puisse ignorer la nécessité de la prière ? Evidemment non ! Cependant, chose paradoxale, les vérités les plus connues ne sont pas nécessairement les mieux comprises. Et c’est, en effet, le cas de la prière, aussi Jésus éclaire-t-Il Ses disciples sur la nature même de celle-ci. Car les disciples, comme tous les autres Juifs, connaissaient les prières qu’ils entendaient ou exprimaient eux-mêmes, lors des services religieux dans le temple et dans les synagogues. Or, en disant aux disciples de « ne pas multiplier de vaines paroles… ! » Matt 6:7. Jésus nous apprend que, déjà, la forme avait pris le pas sur le fond spirituel de la manière de prier. Ainsi, tout en prononçant des paroles de vérité, leurs prières étaient sans force, parce que l’esprit de la tradition conduit toujours à la superstition, étant lui-même un esprit de superstition.  C’est là, en ce qui nous concerne, cet esprit idolâtrique qui ne donne de l’importance qu’aux sensations, et non pas à la Parole révélée qui agit en nous. Or, le fait que Jésus nous enjoint de ne pas agir « comme les païens » montre combien, et sans nous en rendre compte, nous pouvons passer de l’Esprit du Royaume des cieux à l’esprit de ce monde ; sauf si nous disposons nos cœurs, éclairés par l’Esprit, à recevoir le discernement du Dessein de Dieu préparé pour nous… !

   L’Exhortation de Jésus à « ne pas multiplier de vaines paroles… ! » nous rappelle cet événement du temps du prophète Élie, lorsque les prêtres de Baal, devant leur autel, « invoquèrent le nom de Baal depuis le matin jusqu’à midi, en disant : Baal, réponds-nous ! Mais il n’y eut ni voix ni réponse… ! » I Rois 18:26. Cette multiplication de suppliques n’eut aucun effet, contrairement à la prière concise d’Élie, auquel Dieu répondit par le feu sur son autel : I Rois 18:38-39. C’est parce qu’Israël ressemblait encore aux païens, que Dieu s’adressa au peuple par la bouche du prophète Jérémie, en disant : « Ainsi parle l’Éternel des armées, le Dieu d’Israël : Réformez vos voies et vos œuvres. Et je vous laisserai demeurer dans ce lieu. Ne vous livrez pas à des espérances trompeuses, en disant : C’est ici le temple de l’Éternel, le temple de l’Éternel, le temple de l’Éternel… ! » Jér 7:3-4. Tout en étant similaires, ces deux situations étaient inversées. En effet, dans leur aveuglement, les prêtres de Baal étaient « sincères », mais leur dieu était faux, tandis qu’au temps de Jérémie, le temple était celui de l’Éternel, le Dieu véritable, mais Israël, par sa rébellion, vivait dans l’infidélité. Ainsi, dans ce cas comme dans l’autre, la multiplication des paroles n’obtint pas la réponse attendue, car le fait de devoir multiplier les prières, jusqu’à devenir des incantations, révèle une absence de Vision spirituelle de la Sainteté de Dieu… !

   Jésus savait combien cette inclination était courante chez les croyants, au point de devoir dire à ceux qui l’écoutaient : « Ceux qui me disent : Seigneur, Seigneur ! n’entreront pas tous dans le Royaume des cieux, mais celui-là seul qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux… ! » Matt 7:21. Il y a, en effet, plusieurs manières de prononcer le Nom du Seigneur, comme aussi de le prier ; et ceci dépend de l’authenticité de notre communion avec Christ. En effet, l’apôtre Paul écrit aux Corinthiens : « … nul, s’il parle par l’Esprit de Dieu, ne dit : Jésus est anathème ! et nul ne peut dire : Jésus est le Seigneur ! si ce n’est par le Saint-Esprit… ! » I Cor 12:3. Or, il est possible de « prendre le Nom de l’Eternel Dieu en vain ! » Exo 20:7, c’est-à-dire, soit de Le prononcer d’une manière légère soit de Le prier d’une manière « magique » dans l’unique but d’être heureux et prospère… ! Or, la vie intérieure n’a pas besoin de multiplier les prières pour se rassurer, tandis que, au contraire, la multitude des paroles cherche à compenser un manque d’assurance spirituelle. Mais quand le besoin de prier s’inspire du désir d’être fidèle à Dieu, c’est en cela même, déjà, le commencement de l’exaucement de Dieu… !

    « Pour montrer qu’il faut toujours prier, et ne point se relâcher… ! » Luc 18:1, Jésus adressa à Ses disciples la parabole de la veuve qui venait sans cesse demander à un juge qu’il lui fît justice de sa partie adverse, et qui la lui fit, afin de ne plus être importuné par elle. Comment associer le fait de « toujours prier » avec l’Exhortation de Jésus de « ne pas multiplier les paroles » … ? Lorsque Jésus dit de ne pas multiplier les paroles, il s’agit là de prières « rituelles » comme aussi de prières spontanées, mais forcées, amplifiées au point qu’elles deviennent des « ordres », et que, inconsciemment, l’on finit par avoir foi autant en ses propres prières qu’en Dieu… ! Or, nous savons que les paroles inspirées n’ont pas besoin d’être nombreuses, c’est-à-dire, répétitives… ! En effet, beaucoup prier ne signifie pas beaucoup de prières, c’est-à-dire que l’on peut demeurer dans un esprit de prière sans qu’il soit nécessairement besoin de toujours parler. Outre les demandes précises et inspirées ainsi que le combat spirituel contre les puissances des ténèbres, la prière consiste autant en un état d’esprit qu’en un langage.

   Après avoir donc exhorté Ses disciples à ne pas ressembler aux païens dans leur manière d’invoquer leurs dieux, Jésus leur dit : « Ne leur ressembler pas ; car votre Père sait de quoi vous avez besoin, avant que vous le lui demandiez… ! » Matt 6:8. Le Psalmiste ne s’écrie-t-il pas : « la parole n’est pas sur ma langue, que déjà, ô Éternel ! tu la connais entièrement… ! » Ps 139:4. Dieu connaît nos besoins avant d’entendre nos prières. Si nous oublions ceci, alors nos demandes risquent de devenir des « commandes » faites à Dieu, auxquelles Il serait sommé de répondre… ! Or, le Père céleste « n’obéit pas » à Ses enfants, Il les « exauce » ! Ainsi, notre Père connaît nos besoins, mais quels besoins ? Les besoins que nous éprouvons sont-ils les mêmes besoins que Dieu considère comme prioritaires en nous ? Il arrive que nous ne comprenions pas les silences de Dieu à nos prières, ou Ses réponses différentes ou différées. C’est en cela que nous sommes appelés à savoir faire silence au-dedans de nous, pour discerner Sa Volonté… !

     En cela s’éclaire la profondeur des Paroles du sage, disant : « Prends garde à ton pied, lorsque tu entres dans la maison de Dieu, et approche-toi pour écouter, plutôt que pour offrir le sacrifice des insensés ; car ils ne savent pas qu’ils font mal. Ne te presse pas d’ouvrir la bouche, et que ton cœur ne se hâte pas d’exprimer une parole devant Dieu ; car Dieu est au ciel, et toi sur la terre : que tes paroles soient donc peu nombreuses. Car si les songes naissent de la multitude des occupations, la voix de l’insensé se fait entendre dans la multitude des paroles… ! » Ecc 4:17 et 5:1-2. «  Dieu est au ciel, et nous sur la terre ! » Ces extrêmes ferment notre bouche et ouvrent notre oreille ; cette distance nous tient dans le silence. Mais Christ est venu, Il nous a rapprochés de Dieu qui, par Christ, « a réconcilié tout avec Lui-même, tant ce qui est sur la terre que ce qui est dans les cieux… ! » Col 1:20. C’est donc en Christ que « se croisent » nos prières qui s’élèvent à Dieu dont, en Son Temps, les exaucements descendent jusqu’à nous. Et que Dieu nous éclaire, afin que nous ne confondions point la persévérance avec l’impatience… !

   En vérité, d’où vient donc que les païens multiplient les paroles ? Parce que, nous dit Jésus, « ils s’imaginent qu’à force de paroles ils seront exaucés… » ! La « force de l’imagination » ! Voilà l’une des causes de la multiplication des vaines redites. Puissions-nous nous garder, en effet, de nous laisser aller à notre « imagination » en la prenant pour une Inspiration de l’Esprit ou pour une Direction divine. Comment cela ? En imaginant des promesses que Dieu n’a pas faites, des bénédictions qu’Il n’a pas prononcées ou des révélations que l’on croit venir de Lui. Toutes choses qui, en réalité, correspondent à des recherches personnelles, et non spirituelles. C’est en cela que la multiplication des paroles révèle une absence de renouvellement intérieur, et donc d’une révélation spirituelle de nos besoins. En vérité, jaillissant d’une vie intérieure assoiffée, comme du creuset purificateur de l’épreuve : prier, c’est « crier » ! C’est alors que les paroles, les supplications mêmes ne sauraient être des répétitions quand la prière est un … cri ; un cri qui monte vers Dieu, non seulement en vue d’« obtenir », mais d’abord pour « tenir » ferme… !