M257 – DE PLUS GRANDS PÉCHEURS …

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  « En ce même temps, quelques personnes qui se trouvaient là racontaient à Jésus ce qui était arrivé à des Galiléens dont Pilate avait mêlé le sang avec celui de leurs sacrifices. Il leur répondit : Croyez-vous que ces Galiléens fussent de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens, parce qu’ils ont souffert de la sorte ? Non, je vous le dis. Mais si vous ne vous repentez, vous périrez tous également. Ou bien, ces dix-huit personnes sur qui est tombée la tour de Siloé et qu’elle a tuées, croyez-vous qu’elles fussent plus coupables que tous les autres habitants de Jérusalem ? Non, je vous  le dis. Mais si vous ne vous repentez, vous périrez tous également  … ! » Luc 13:1-5.

  Jésus avait déjà discerné, en ceux qui lui en avaient rapporté la nouvelle, l’inclination à juger ces Galiléens qui avaient souffert de la sorte. Sans doute s’attendaient-ils à ce que Jésus leur expliquât la cause du malheur de ces Galiléens, en pensant qu’Il confirmerait leur propre pensée à leur égard, mais Jésus, sans s’étendre sur les circonstances de la mort de ces Galiléens, leur fit cette réponse : « Si vous ne vous repentez, vous périrez tous également… ! » Luc 13:3. En vérité, le plus important dans la Pensée de Jésus pour nous, ce ne sont pas les morts, mais les vivants, en ce qui concerne, non pas une interrogation soupçonneuse, mais la réflexion salutaire que les vivants peuvent retirer au sujet de la mort de ceux qui les ont précédé… !

 L’homme, bien souvent, cherche la cause des événements douloureux de la vie, non seulement pour savoir en quoi elle consiste, mais surtout pour se rassurer que la cause en question lui est étrangère, et que, dans sa propre vie, il n’en subirait donc pas les effets. Ce raisonnement révèle un esprit de jugement qui lui-même résulte d’une incertitude concernant la purification de ses péchés par le Sang de Jésus-Christ. C’est en cela que s’éclaire le sens de cette parole profonde, disant : « La crainte n’est pas dans l’amour, mais l’amour parfait bannit la crainte ; car la crainte suppose un châtiment, et celui qui craint n’est pas parfait dans l’amour. Pour nous, nous  l’aimons,  parce  qu’il  (Dieu)  nous  aimé  le premier… ! »  I Jean 4:18-19. Cette crainte est celle d’une personne que sa propre conscience juge. Or, une personne qui se sent intérieurement jugée a une propension à juger les autres. Aussi, pour ne plus se sentir jugée, afin de se rassurer, elle tentera de se libérer de ses jugements en les portant sur autrui… !

    L’Écriture nous exhorte à « nous examiner nous-mêmes », à « nous éprouver nous-mêmes » II Cor 13:5, et donc aussi à sonder les causes des événements survenant dans nos vies. Mais y a-t-il toujours une cause à l’effet ? Et si ce que nous appelions « effet » était lui-même la « cause », sans avoir nécessairement besoin de chercher une explication dans le passé, ou ailleurs ? C’est là ce que nous donne à comprendre l’Écriture en ce qui concerne l’homme aveugle de naissance, au sujet duquel les disciples dirent à Jésus : « Rabbi, qui a péché, cet homme ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle… » ? Et Jésus de répondre : « ce n’est pas que lui ou ses parents aient péché ; mais c’est afin que les œuvres de Dieu soient manifestées en lui… ! » Jean 9:2-3. En effet, comment cet homme aurait-il pu pécher avant de naître pour devenir aveugle ? En tel cas la cause n’était donc ni dans le fils aveugle, ni dans ses parents, mais dans le « Dessein » de Dieu, afin que Dieu fût glorifié, non seulement par la guérison de ses yeux, mais encore par la Grâce qui ouvrit les yeux de son âme à salut… ! Jean 9:35-38.

   Ainsi, il est telle épreuve qui suscite, non pas la question « pourquoi », ou « à cause de quoi », mais la question « en vue de quoi », c’est-à-dire, « dans quel but » la subissons-nous ? Cette compréhension spirituelle de l’épreuve projette alors nos regards, non pas derrière nous, mais devant nous. Elle ne nous conduit pas à rechercher de nouveau dans les ténèbres de notre vie passée que le Sang de Jésus a purifié, mais elle nous révèle, en nous émondant, la place et le service plus efficace encore que nous sommes appelés à remplir dans l’accomplissement du Plan de Dieu pour notre temps dans notre vie… !

  Cette compréhension éclairée nous garde de cette conception immature selon laquelle : tout ce qui est bien est de Dieu, et tout ce qui est mal est du diable ! Raisonnement simpliste qu’inspire le « moi » charnel, pour lequel tout ce qui « fait du bien » vient de Dieu, et tout ce qui « fait du mal » vient du diable ! Une telle compréhension portée à l’extrême aboutirait à cette conclusion aberrante, selon laquelle le croyant qui est persécuté pour sa foi, ou qui souffre sa vie durant, en demeurant fidèle au Seigneur, serait donc frappé par le diable, à cause de ses péchés… ! Tandis que celui est incrédule, et à qui apparemment tout réussi, serait, lui alors, béni de Dieu… ! Et cela, sans parler du croyant « tiède » qui, sachant se garder des excès du monde comme des « excès » de la sanctification, préserve sa propre vie, en toute quiétude… ! Or, l’expérience et le discernement nous apprennent que ce qui « fait du bien » vient souvent du diable comme moyen de séduction, et que ce qui « fait du mal » peut aussi être le signe d’une correction salutaire de la part de l’Amour de Dieu pour nous rapprocher encore plus de Lui… ! Ce qu’atteste pleinement la Parole de Dieu, disant : « … Si vous êtes exempts du châtiment auquel tous ont part, vous êtes donc des enfants illégitimes, et non des fils. D’ailleurs, puisque nos pères selon la chair nous ont châtiés, et que nous les avons respectés, ne devons-nous pas à bien plus forte raison nous soumettre au Père des esprits, pour avoir la vie… ? » Héb 12:8-9.

  Jésus dit : « Ne jugez pas selon l’apparence, mais jugez selon la justice… ! » Jean 7:24. Ces paroles adressées aux Juifs s’appliquent à toutes sortes de situations. En effet, d’après les Écritures, le fait que le sang des Galiléens fût mêlé à celui de leurs sacrifices montre, par là que ces personnes étaient pieuses quant à la Loi de Dieu. Que ces Galiléens fussent davantage préparés à la mort que les autres Galiléens, Jésus ne jugea, pas nécessaire de le commenter, si ce n’est, à ses interlocuteurs, comme à nous, de nous poser la question de savoir en quel état spirituel nous nous trouverions nous-mêmes en semblables situations ! Or, l’âme vigilante n’a pas besoin de redoubler d’efforts dans les moments cruciaux de la vie, pas plus d’ailleurs qu’elle ne craint de se relâcher dans les moments de répit, parce que sa constance reçoit quotidiennement la force de veiller que lui apporte la Lumière de la Parole de Dieu… !

     Pour avoir tant souffert, ces Galiléens ont dû très probablement pécher d’une manière ou d’une autre ! C’était donc là la pensée que Jésus discerna dans le cœur de ceux qui lui avaient rapporté l’événement, d’où Sa Réponse : « Non, je vous le dis. Mais si vous ne vous repentez, vous périrez tous également… ! » Luc 13:3,5. En répétant deux fois ces mêmes paroles à ceux qui l’écoutaient, Jésus mettait l’accent, non seulement sur le péché en général, mais sur un péché particulièrement répandu : le soupçon. Or, ce qui est révélateur chez celui qui soupçonne, c’est qu’il est suffisamment conscient pour admettre qu’il puisse y avoir aussi chez lui quelque chose à soupçonner de la part d’autrui… ! Et plus il lui est difficile de se défaire de cette impression, plus impitoyables sont donc ses jugements envers les autres… !

        De là s’éclairent les paroles du sage, disant : « Le méchant convoite ce que prennent les méchants… ! » Prov 12:12. Le méchant inclinera toujours vers la méchanceté, et non vers la bonté, ceci confirme encore l’observation du sage, disant : « Le méchant est attentif à la lèvre inique, le menteur prête l’oreille à la langue pernicieuse… ! » Prov 17:4. En effet, le méchant comme le menteur ne peuvent s’en empêcher, car la méchanceté et le mensonge, comme le soupçon chez le soupçonneux, sont en eux « la pente naturelle » sur laquelle ils glissent immanquablement… !

       Passant donc de la mise à mort de ces Galiléens par Pilate à la mort de ces dix-huit personnes de Jérusalem sous l’effondrement de la tour de Siloé : Luc 13:4, Jésus mit l’accent sur la soudaineté de ces événements dramatiques. D’ailleurs, la vie n’est-elle pas faite de nouvelles, de rencontres, d’événements inattendus, ce qui suppose que l’on ne s’y soit pas préparé. Aussi Jésus nous met-Il en garde contre toute impréparation spirituelle, car c’est justement parce que nous ne savons pas de quoi demain sera fait, que nous avons besoin d’être affermis aujourd’hui. Et le paradoxe de la foi est que nous sommes d’autant plus vigilants que nous sommes le moins informés ! En effet, l’absence de connaissance même de ce que Dieu seul sait, se révèle être, finalement, une des forces agissantes de notre confiance et de notre persévérance… !