M255 – LEURS PROPRES INTÉRÊTS …

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    «  J’espère dans le Seigneur Jésus vous envoyer bientôt Timothée, afin d’être encouragé moi-même en apprenant ce qui vous concerne. Car je n’ai personne ici qui partage mes sentiments, pour prendre sincèrement à cœur votre situation ; tous, en effet, cherchent leurs propres intérêts, et non ceux de Jésus-Christ. Vous savez qu’il a été mis à l’épreuve, en se consacrant au service de l’Évangile avec moi, comme un enfant avec son père. J’espère donc vous l’envoyer dès que j’apercevrai l’issue de l’état où je suis ; et j’ai cette confiance dans le Seigneur que moi-même aussi j’irai bientôt. » Phil 2:19-24.

   L’apôtre Paul était sans cesse préoccupé de l’état spirituel des âmes, au milieu desquelles il passait en prêchant l’Évangile, au point de prier pour des croyants qu’il n’avait jamais connus personnellement. Il n’avait pas besoin de « voir » les personnes pour « penser » à elles, ainsi qu’il l’écrit aux Corinthiens : « Je veux, en effet, que vous sachiez combien est grand le combat que je soutiens pour vous, et pour ceux qui sont à Laodicée, et pour tous ceux qui n’ont pas vu mon visage en la chair… ! » Col 2:1. Ces paroles expriment les « intérêts de Christ » qui habitaient l’apôtre à l’égard des rachetés connus et inconnus. Sa souffrance était que sa vision spirituelle du Dessein de Dieu pour les églises n’était pas perçue par tous ceux qui l’entouraient, si ce n’est par Timothée, par lequel il espérait recevoir des nouvelles encourageantes au sujet des croyants de Philippes. Et le poids de cette souffrance en Paul était aussi grand que le fardeau des âmes qu’il portait dans son cœur… !

   Pour l’apôtre Paul, aimer et combattre pour ses frères en la foi était toute sa raison d’être. Or, ainsi qu’il l’écrit : « … Je n’ai personne ici qui partage mes sentiments, pour prendre sincèrement à cœur votre situation ; tous, en effet, cherchent leurs propres intérêts, et non ceux de Jésus-Christ… ! » Phil 2:20-21. Quels sont donc ces « propres intérêts » ? Il en est qui sont à ce point évidents, qu’il faudrait beaucoup de mauvaise foi pour ne pas les reconnaître, tandis que d’autres, qui paraissent être à première vue des qualités, se révèle n’être que la recherche de soi-même. Car, quelle que soit la diversité des intérêts personnels, ils ont tous pour but la propre satisfaction ; contrairement à l’Écriture qui nous exhorte à «  prendre sincèrement à cœur » l’état spirituel de ceux qui nous sont chers, au près comme au loin. Et cela, sans rien attendre en retour, ce qui aboutit spirituellement à recevoir plus que l’on ne donne… !

  Ainsi, rechercher les intérêts de Jésus-Christ consiste à nous donner nous-mêmes à Lui, et non pas à notre propre œuvre, à notre mission ou à notre doctrine, ce qui équivaut à rapporter tout à soi et à renforcer le « moi » charnel. Seule, en effet, l’aspiration spirituelle aux choses d’En-Haut, par l’Esprit de Christ, est de nature à nous purifier de nos désirs personnels, ainsi que l’écrit l’apôtre aux Corinthiens : « … L’amour de Christ nous presse, parce que nous estimons que, si un seul est mort pour tous, tous donc sont morts ; et qu’il est mort pour tous, afin que ceux qui vivent ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour celui qui est mort et ressuscité pour eux… ! » II Cor 5:14-15. Le fait même de rechercher la Présence de Christ nous rend, intérieurement, participants de Sa Mort et de Sa Résurrection : de Sa Mort, en faisant mourir en nous ce qui est encore charnel, et de Sa Résurrection, en nous rendant à la Vie, reçue en nous par la Semence de la Parole de Dieu… !

  C’était donc là cet amour spirituel qui habitait et animait l’apôtre Paul, et qui nous fait d’autant plus comprendre la souffrance qu’il éprouvait au sujet de la vie spirituelle des croyants de Philippes, pour lesquels, écrivait-il à ce moment-là, aucun d’entre les frères n’était enclin à se charger du poids de leur situation. Pouvons-nous imaginer une solitude spirituelle plus grande que celle-ci ? Solitude d’autant plus ressentie par la proximité de frères, sans doute sincères, mais qui n’éprouvaient pas ce qui était pour lui l’essentiel, à savoir, cette « union d’esprit » par l’Esprit de Dieu, qui consiste, non seulement « à se réjouir avec ceux qui se réjouissent », mais aussi « à pleurer avec ceux qui pleurent ! » Rom 12:15, à « souffrir avec ceux qui souffrent ! » I Cor 12:26, ainsi « qu’à se souvenir des prisonniers, dit l’Écriture, comme si vous étiez aussi prisonniers ; et de ceux qui sont maltraités, comme étant vous-mêmes dans un corps ! » Héb 13:3. Voilà les sentiments selon Christ que Paul aurait voulu que l’on partageât avec lui… !

   L’apôtre Jean, se présentant comme « l’ancien », écrit à Gaïus : « Bien-aimé, je souhaite que tu prospères à tous égards et sois en bonne santé, comme prospère l’état de ton âme. J’ai été fort réjoui, lorsque des frères sont arrivés et ont rendu témoignage de la vérité qui est en toi, de la manière dont tu marches dans la vérité. Je n’ai pas de plus grande joie que d’apprendre que mes enfants marchent dans la vérité … ! » III Jean 2-4. La joie de « l’ancien » découlait d’aucune autre recherche, ou attente que celle d’avoir reçu l’heureuse nouvelle de la persévérance des frères marchant dans la Vérité de la Parole de Dieu. Que ce soit dans la joie ou dans l’épreuve, comme dans le combat spirituel, ce que recherche l’homme spirituel se trouve toujours dans la Personne de Christ, et donc dans le « Corps de Christ »; ce « Corps » qui est l’Église, de laquelle l’apôtre Paul écrit : « Maintenant donc il y a plusieurs membres, et un seul corps. L’œil ne peut pas dire à la main : Je n’ai pas besoin de toi ; ni la tête dire aux pieds : Je n’ai pas besoin de vous. Mais bien plutôt, les membres du corps qui paraissent être les plus faibles sont nécessaires ; et ceux que nous estimons être les moins honorables du corps, nous les entourons d’un plus grand honneur… ! » I Cor 12:20-23. Nous avons donc, à nous porter les uns les autres dans la prière, là où Dieu nous a placés, mais également au loin, selon que Dieu l’a mis dans nos cœurs. Ce n’est pas, en effet, parce que l’œil et l’oreille sont proches l’un de l’autre, qu’ils n’ont pas à s’occuper de la main qui est éloignée, mais qui agit pour eux ! Ce n’est pas non plus parce que la tête et les pieds sont aux extrémités du corps que la tête qui pense peut ignorer les pieds qui marchent pour elle ! Quels que soient la proximité ou l’éloignement, la distance n’éteint pas la communion fraternelle ni ne réduit les fardeaux spirituels à porter des rachetés entre eux. Dans la prière par l’Esprit la distance n’existe pas… !

  Les intérêts recherchés, si nobles soient-ils, seront toujours charnels s’ils ne concernent pas la Vie éternelle. En ceci s’éclairent les Paroles de Jésus, disant : « Cherchez premièrement le royaume et la justice de Dieu ; et toutes ces choses vous seront données par-dessus ! » Matt 6:33. Si déjà, en vue des choses temporelles nécessaires à notre vie, Jésus nous exhorte à rechercher le Royaume de Dieu, combien plus intense encore sera cette recherche en vue des choses spirituelles et éternelles. Cette recherche spirituelle n’est pas seulement le propre des serviteurs de Dieu, ni le privilège de ceux qui auraient le temps de s’y adonner, au contraire, elle est aussi l’aspiration de tout racheté ayant spirituellement soif de Dieu. D’ailleurs, notre recherche montre où se trouvent nos intérêts, ainsi que le dit Jésus : « Là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur… ! » Matt 6:21. Ce trésor peut être soit céleste, soit terrestre ! Or, la nature spirituelle, ou charnelle de ce que nous recherchons révèle la nature spirituelle ou charnelle de ce que nous sommes nous-même !

  Ce n’est pas toujours « premièrement » que l’on cherche le Royaume de Dieu et la Justice de Dieu. Pourtant, l’on reconnaît que c’est d’abord ce qui devrait se faire quand l’on constate l’aboutissement négatif ou les conséquences fâcheuses de certaines décisions prises. Cet empressement du « moi », qui fait obstacle au discernement par l’Esprit, confirme, en effet cette vérité, de l’Écriture disant : « …  ce qui est spirituel n’est pas le premier, c’est ce qui est animal ; ce qui est spirituel vient ensuite… ! » I Cor 15:46. « Ce qui est animal » (littéralement : « psychique »), signifie que bien des intérêts, des choix personnels sont inspirés par des motivations encore charnelles en nous, alors que ceux qui sont spirituels ne sont compris, bien souvent, que dans la suite, parce que la reconnaissance de nos erreurs laisse la place à l’aspiration aux choses célestes !

   Aspirer aux choses d’En-Haut, c’est, donc rechercher les intérêts de Jésus-Christ. Or, ces intérêts s’opposent à nos intérêts personnels, car il n’est pas possible, en même temps, d’aspirer à la Vie de Christ et de chercher à satisfaire les désirs de notre propre vie, ainsi que le dit Jésus : « Celui qui voudra sauver sa vie la perdra, mais celui qui la perdra à cause de moi la sauvera… ! » Luc 9:24. Les intérêts humains raisonnent toujours en termes de gain, mais c’est un gain qui, spirituellement, appauvrit, tandis que les aspirations aux choses éternelles s’accompagnent toujours d’une « perte », mais d’une perte salutaire que compensent les Richesses spirituelles infiniment plus grandes, … et inépuisables dans les cieux !