M254 – NE SAVIEZ-VOUS PAS … ?

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     «  Les parents de Jésus allaient chaque année à Jérusalem, à la fête de Pâque. Lorsqu’il fut âgé de douze ans, ils y montèrent, selon la coutume de la fête. Puis, quand les jours furent écoulés, et qu’ils s’en retournèrent, l’enfant Jésus resta à Jérusalem. Son père et sa mère ne s’en aperçurent, pas. Croyant qu’il était avec leurs compagnons de voyage, ils firent une journée de chemin, et le cherchèrent parmi leurs parents et leurs connaissances. Mais, ne l’ayant pas trouvé, ils retournèrent à Jérusalem pour le chercher. Au bout de trois jours, ils le trouvèrent dans le temple, assis au milieu des docteurs, les écoutant et les interrogeant. Tous ceux qui l’entendaient étaient frappés de son intelligence et de ses réponses. Quand ses parents le virent, ils furent saisis d’étonnement, et sa mère lui dit : Mon enfant, pourquoi as-tu agi de la sorte avec nous ? Voici, ton père et moi, nous te cherchions avec angoisse. Il leur dit : Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas qu’il faut que je m’occupe des affaires de mon Père ? Mais ils ne comprirent pas ce qu’il leur disait. Puis il descendit avec eux pour aller à Nazareth, et il leur était soumis. Sa mère gardait toutes ces choses dans son cœur… ! » Luc 2:41-51.

    Dans ce passage particulier de l’Évangile, Dieu a voulu que nous connaissions un épisode de l’enfance de Son Fils. Les quelques traits qui nous en sont révélés ont une portée spirituelle qui va bien au-delà de cet événement qui étonna ses « parents » autant qu’il frappa les docteurs de la loi.  L’intelligence de cet « enfant », en effet, éclata autant par les questions qu’Il posait que par les réponses qu’Il donnait. Et pourtant, pendant ce temps-là, durant trois jours, Marie et Joseph le cherchaient, au point que, lorsqu’ils le trouvèrent dans le temple, sa mère lui dit : « Mon enfant, pourquoi as-tu agi de la sorte avec nous ? Voici, ton père et moi, nous te cherchions avec angoisse… ! » Luc 2:48. Le premier sentiment que connut Marie en rapport avec la manifestation de la Vocation de son fils fut, non pas la joie, mais l’angoisse ! Déjà commençait à s’accomplir la prophétie prononcée par Simon dans ce même temple, environ douze ans plus tôt, lors de la présentation de Jésus, et disant : « Voici, cet enfant est destiné à amener la chute et le relèvement de plusieurs en Israël, et à devenir un signe qui provoquera la contradiction, et à toi même une épée te transpercera l’âme, afin que les pensées de beaucoup de cœurs soient dévoilées … ! » Luc 2:34-35. Cette épée allait la transpercer jusqu’au pied de la Croix…!

    A cette angoisse donc, Jésus, comme étonné à son tour, répondit : « Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas qu’il faut que je m’occupe des affaires de mon père … ? » Luc 2:49. Cette réponse laisse entendre que Marie et Joseph auraient pu être suffisamment au courant du Dessein de Dieu à l’égard de Jésus, pour ne pas avoir eu besoin de s’inquiéter de sa conduite. En effet, à Nazareth, l’ange Gabriel avait dit à Marie : « Le Saint-Esprit viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre. C’est pourquoi le saint enfant qui naîtra de toi sera appelé Fils de Dieu… ! » Luc 1:35. Et, quelque six mois plus tard, Elisabeth, de laquelle devait naître Jean-Baptiste, s’écria : « Comment m’est-il accordé que la mère de mon Seigneur vienne auprès de moi ? Car voici, aussitôt que la voix de ta salutation a frappé mon oreille, l’enfant a tressailli d’allégresse dans mon sein. Heureuse celle qui a cru, parce que les choses qui lui ont été dites de la part du Seigneur auront leur accomplissement… ! » Luc 1:43-45. Et n’est-il pas écrit que, après avoir reçu la visite des bergers et leur message de la part de l’ange de l’Éternel, Marie « gardait toutes ces choses et les repassait dans son cœur ? » Luc 2:19. Mais, à cause de son angoisse, toutes « ces choses » qui auraient pu la rassurer au sujet de l’absence de Jésus ne lui revinrent pas à l’esprit. Il y a souvent un décalage de compréhension entre les paroles annoncées et le temps où elles s’accomplissent. Le manque de discernement, ou l’impatience, ou encore la crainte peuvent affecter notre esprit, au point qu’il ne saisit plus la manière dont Dieu accomplit les choses, pourtant attendues ! C’est ainsi que, quel que soit le signe visible de l’Action invisible de Dieu, l’homme spirituel est appelé à comprendre intérieurement le Sens du Dessein de Dieu, dans lequel il comprend quelle est la place qui lui est destinée…!

   Jésus avait-Il laissé paraître à ses « parents » « qu’il fallait qu’il s’occupe des affaires de son Père… » ? Grand fut donc leur étonnement en apprenant de la bouche de Jésus que Sa céleste Vocation occupait déjà Son Esprit ! En ce qui le concerne, en effet, Jésus dira : « Le Père m’aime, parce que je donne ma vie, afin de la reprendre. Personne ne me l’ôte, mais je la donne de moi-même ; j’ai le pouvoir de la donner, et j’ai le pouvoir de la reprendre : tel est l’ordre que j’ai reçu de mon Père … ! » Jean 10:17-18. Et, en ce qui nous concerne, Jésus dit : « Tout ce que le Père me donne viendra à moi, et je ne mettrai pas dehors celui qui vient à moi ; car je suis descendu du ciel pour faire, non ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé. Or, la volonté de celui qui m’a envoyé, c’est que je ne perdre rien de tout ce qu’il m’a donné, mais que je le ressuscite au dernier jour… ! » Jean.6:37-39. Jusqu’à ce qu’Il parût devant le peuple, Jésus connut la croissance, mais non pas le développement : Luc 2:52, car Tout était déjà en Lui dès le commencement. « … Comment dis-tu : Montre-nous le Père… ? » dit Jésus à Philippe, « Ne crois-tu pas que je suis dans le Père, et que le Père est en moi… ? » Jean 14:9-10. Jésus était dans l’attente, dans l’obéissance et l’épreuve de l’attente, jusqu’au jour de Son baptême d’eau et de l’Esprit-Saint venant des cieux sur Lui : Marc 1:9-10 ; jour à partir duquel, devant l’opposition croissante, s’amplifiera la souffrance dans Son obéissance à Son Père, … en vue de nous faire miséricorde pour toutes nos transgressions… !

  La conscience d’être venu de Dieu animait Jésus de cet empressement à Le servir, empressement exprimé par ces paroles : Ne saviez-vous pas qu’il faut… que je m’occupe des affaires de mon Père…? » Luc 2:49. Jésus, rapporte l’Écriture, s’exprima de cette manière en de nombreuses occasions. Alors que, dès l’aube, une foule de gens s’étaient mis à sa recherche pour Le retenir auprès d’eux, Jésus leur dit : «  Il faut aussi que j’annonce aux autres villes la bonne nouvelle du Royaume de Dieu ; car c’est pour cela que j’ai été envoyé… ! » Luc 4:43. A des pharisiens qui lui disaient de partir du lieu où Il se trouvait, car Hérode voulait le tuer, Jésus répondit : « Allez, et dites a ce renard : Voici, je chasse les démons et je fais des guérisons aujourd’hui et demain, et le troisième jour j’aurai fini. Mais il faut que je marche aujourd’hui et demain, et le jour suivant ; car il ne convient pas qu’un prophète périsse hors de Jérusalem… ! » Luc 13:32-33. «  Il faut… ! » Jésus obéissait a un impératif, non pas à un impératif qui ordonne de l’extérieur, mais à un impératif intérieur émanant de la Profondeur de Sa communion avec Dieu, Son Père, dans laquelle Il recevait la Vision du Dessein de Dieu à accomplir… ! Et c’est aussi à cela que nous presse le zèle intérieur d’une communion profonde avec le Dieu vivant. Car c’est la constance d’une telle communion avec notre Seigneur, qui tient ouvert notre cœur à l’Inspiration de la Direction divine… !

    Marie et Joseph ne s’étaient, certes, pas attendus à découvrir cette Réalité intérieure en Jésus, Réalité divine que Jésus laissa entrevoir dans le temple. Or, de retour de Jérusalem, ses « parents », outre leur étonnement, n’en surent pas davantage, car, est-il écrit : « … Ils ne comprirent pas ce qu’il leur disait. Puis il descendit avec eux pour aller à Nazareth, et il leur était soumis. Sa mère gardait toutes ces choses dans son cœur ! » Luc 2:50-51. Jésus « leur était soumis… ! » Nous ne pouvons pas saisir les choses insondables contenues dans le Fils. Pouvons-nous donc nous représenter cet « enfant », dont l’intelligence étonnait ceux qui l’interrogeaient, retournant de la ville sainte à Nazareth avec ses « parents », et soumettant Sa Personne et Son Intelligence à ceux-là mêmes qui lui étaient les plus proches et auxquels Il était le plus intime, … mais qui « ne le comprenaient pas » ? C’est là la Grandeur de Son Humilité. Ce Trait même de Sa Personne révèle de façon éclatante sa Divinité dans Son Humanité… !

     Nous-mêmes qui connaissons la Parole de Dieu, jusqu’où avons-nous compris ce que nous croyons connaître ? N’avons-nous pas autant besoin de comprendre les choses que nous connaissons déjà, que d’en apprendre de nouvelles ? En effet, si l’on apprend seulement pour « savoir », cette connaissance-là est stérile, et se révèle l’obstacle même en nous à l’accès de l’Esprit de Révélation, par lequel nous recevons la Vie de la Parole de Dieu, car « l’homme nouveau, dit l’Écriture, se renouvelle dans la connaissance selon l’image de Celui qui l’a créé… ! » Col 3:10. D’où il ressort que nous sommes renouvelés, non pas selon l’idée personnelle que nous nous faisons de la connaissance des choses divines, mais selon « l’Image » de la Connaissance que Dieu a formée dans Sa Pensée en vue de nous la révéler… ! A l’écoute des paroles qui furent dites à l’égard de Jésus a Bethléhem, comme à Jérusalem, Marie « … gardait toutes ces choses, et les repassait dans son cœur… ! » Luc 2:19. L’Écriture n’annonce-t-elle pas en cela cette ouverture intérieure au travail de l’Esprit de la Parole dans le cœur de celui qui, non seulement entend et lit, mais aussi médite… !