M249 – POURQUOI LUI FAITES-VOUS DE LA PEINE … ?

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  « Comme Jésus était à Béthanie, dans la maison de Simon le lépreux, une femme entra, pendant qu’il se trouvait à table. Elle tenait un vase d’albâtre, qui renfermait un parfum de nard pur de grand prix ; et, ayant rompu le vase, elle répandit le parfum sur la tête de Jésus. Quelques-uns exprimèrent entre eux leur indignation : A quoi bon perdre ce parfum ? On aurait pu le vendre plus de trois cents deniers, et les donner aux pauvres. Et ils s’irritaient contre cette femme. Mais Jésus dit : Laissez-la. Pourquoi lui faites-vous de la peine ? Elle a fait une bonne action à mon égard, car vous avez toujours les pauvres avec vous, et vous pouvez leur faire du bien quand vous voulez, mais vous ne m’avez pas toujours… » Marc 14:3-7.

  Survenant au milieu du repas, et étrangère aux regards tournés vers elle, cette femme se dirigea vers Jésus, et, rompant le col du vase, elle en répandit le parfum sur sa tête. Jésus ne retint pas son acte à son égard, Il accepta ce geste de vénération de sa part. Elle fit tout cela sans prononcer aucune parole. Les personnes présentes s’exprimèrent sur ce qu’elle faisait et s’irritèrent contre elle ; les disciples mêmes s’indignèrent d’une telle action. Or, Jésus connut aussitôt ce qui habitait cette femme et ce que représentait pour elle ce parfum à son égard ; mais les disciples ne pouvaient l’apercevoir, leur vision n’allant pas au-delà de ce qui était visible. Aussi, parlant d’elle à Ses disciples, Jésus dit : « Laissez-la. Pourquoi lui faites-vous de la peine ? Elle a fait une bonne action à mon égard… » Marc 14:6, littéralement : « une belle action ». À cette Parole, la femme comprit que Jésus l’avait comprise, ce qui lui fit surmonter sa peine.

  En maintes circonstances, l’Écriture relève chez les disciples ce contraste entre leurs pensées et la Pensée du Seigneur. Alors que l’on amenait des enfants, afin que Jésus leur imposât les mains et priât pour eux, les disciples, dit l’Écriture « … les repoussèrent. Et Jésus leur dit : Laissez les petits enfants, et ne les empêchez pas de venir à moi ; car le royaume des cieux est pour ceux qui leur ressemblent… » Matt 19:13-14. En une autre circonstance, Jean prit la parole, et dit : « Maître, nous avons vu un homme qui chasse des démons en ton nom ; et nous l’en avons empêché parce qu’il ne nous suit pas ! Ne l’en empêchez pas, lui répondit Jésus ; car qui n’est pas contre vous est pour vous… » Luc 9:49-50. Ces diverses situations nous montrent les disciples animés et agissant selon leurs propres lumières combien éloignées de la Lumière du Seigneur. Dans les Paroles de Jésus, qui répondait à Ses disciples, nous percevons Sa tristesse causée par leur comportement se trouvant être à l’opposé de l’Enseignement qu’ils recevaient de Lui. Car la manière de penser et de réagir des disciples révélait qu’ils ne comprenaient pas pleinement Ses Paroles « venant de Dieu », parce qu’ils ne Le connaissaient pas encore parfaitement, comme étant Lui-même « venu de Dieu ».

  Jésus connut donc la peine que cette femme ressentait, comme Il connaît aussi les peines spirituelles que nous-mêmes ressentons, car notre amour pour Dieu peut se manifester par des marques d’adoration qui paraissent étranges à ceux qui n’ont pas une communion spirituelle avec Lui. « A quoi bon cette perte… ! », protestèrent en effet les disciples : Matt 26:8. Alors que ce parfum de grand prix, aux yeux mêmes de cette femme, était infiniment au-dessous de tout ce que Jésus représentait pour elle, les disciples, eux, le trouvait trop cher pour leur Maître, sauf s’il avait été utilisé pour aider les pauvres. Comme si, de nos jours, l’on considérait qu’une telle somme aurait été mieux placée dans des œuvres « rentables », sociales ou d’évangélisation, plutôt qu’en une offrande d’amour et d’adoration à la seule louange du Nom de Jésus. Mais alors, si seul ce qui est « utilitaire » a de la valeur, ce qui est spirituel serait-il donc inutile ?

Cette femme avait perçu la « Valeur » de Jésus. Or, c’est justement la Révélation de la Nature divine de Jésus qui dévoile Sa « Valeur » unique, laquelle suscite en nous cet amour inaltérable envers Lui. Ce qui, en plus, authentifie le mobile spirituel de cette femme, c’est que son geste annonce la Mort et la Résurrection de Jésus, ainsi que le dit Jésus Lui-même : « Elle a fait ce qu’elle a pu ; elle a d’avance embaumé mon corps pour la sépulture… » Marc 14:8. C’est parce que Jésus devait ressusciter que son embaumement ne devait pas avoir lieu. Et, il ne le fut pas en raison de l’observation du jour du sabbat, qui ne le permit pas : Luc 23:55-56. Ainsi, cette onction de parfum sur la tête de Jésus en relation avec Sa Résurrection se traduit dans notre vie par cette adoration et cette attente qui habitent « tous ceux qui auront aimé Son Avènement… » II Tim 4:8. De là l’impossibilité des disciples, à ce moment-là, de saisir la reconnaissance et la nature spirituelle de cette union d’Esprit entre cette femme et Jésus.

  En une tout autre circonstance, mais en semblable peine, l’Écriture nous rapporte qu’Anne, femme d’Elkana, souffrait de ne pas pouvoir donner d’enfants à son mari. Étant montée avec son mari dans la ville de Silo, Anne, seule, entra dans le temple, et pria l’Éternel en silence, remuant les lèvres et sans prononcer de paroles. Éli, le sacrificateur, qui l’observait, pensa qu’elle était « ivre… », ce à quoi Anne répondit : « Non, mon Seigneur, je suis une femme qui souffre en son cœur ; et je n’ai bu ni vin ni boisson enivrante ; mais je répandais mon âme devant l’Éternel. Ne prends pas ta servante pour une femme pervertie, car c’est l’excès de ma douleur et de mon chagrin qui m’a fait parler jusqu’à maintenant… » I Sam 1:15-16. Or, un an après cette supplication, Anne eut un enfant, qu’elle consacra à l’Éternel, et qui devint prophète. Il est frappant de constater qu’Éli fut incapable de discerner la peine de cette femme, d’où son jugement injuste à son égard. Mais il est une vérité profonde à travers toute l’Écriture qui est que plus une âme aspire à Dieu, plus elle est seule à se comprendre et à être spirituellement responsable de ce qui la concerne dans l’accomplissement des Desseins de Dieu dans sa vie. Le sage ne dit-il pas avec justesse : « Le cœur connaît ses propres chagrins, et un étranger ne saurait partager sa joie… » Prov 14:10.

  Paradoxalement, les âmes parfois résistent à ce dont elles ont spirituellement le plus besoin. Cette incompréhension cause la souffrance de celui qui apporte la Parole de Dieu dans l’Onction de l’Esprit. L’apôtre Paul lui-même connut également cette peine ! En quoi consista-t-elle ? Il nous l’apprend lui-même dans sa lettre adressée aux Corinthiens, et dans laquelle il leur annonce sa venue : « Je crains de ne pas vous trouver, à mon arrivée, tels que je voudrais, et d’être moi-même trouvé par vous tel que vous ne voudriez pas. Je crains de trouver des querelles, de la jalousie, des animosités, des cabales, des médisances, des calomnies, de l’orgueil, des troubles. Je crains qu’à mon arrivée mon Dieu ne m’humilie à nouveau à votre sujet, et que je n’aie à pleurer sur plusieurs de ceux qui ont péché précédemment et qui ne se sont pas repentis de l’impureté, de l’impudicité et des dissolutions auxquelles ils se sont livrés… » II Cor 12:20-21. Ce sont là les peines de Paul. Elles consistent, non pas dans les déceptions d’un « moi » contrarié ou irrité, mais en cette disposition intérieure qui éprouve les « souffrances de Christ » en face de telles situations de crise et de souffrances, exprimées par cette introduction : « Je crains… »

  Dans son combat en vue d’affermir les croyants, l’apôtre, s’ouvrant aux Colossiens, leur écrit : « Je me réjouis maintenant dans mes souffrances pour vous ; et ce qui manque aux souffrances de Christ, je l’achève en ma chair, pour son corps, qui est l’Église… » Col 1:24. Ces souffrances de l’apôtre, pour l’édification des croyants, sont cette « peine » accompagnant tout service inspiré de l’Esprit, laquelle peine, confiée même en Christ, n’en fait pas moins ressentir son poids. Comment Paul pouvait-il donc « se réjouir » dans ses souffrances pour l’Église ? Sachant qu’il y a des peines telles qu’elles nous amèneraient au découragement ou au doute, si la Main de Dieu ne fortifiait pas notre vie lors du brisement, dont l’on ressent cette peine ! Ainsi, la souffrance de ne pas être compris de ceux qui auraient besoin de comprendre leur propre vie spirituelle, cette souffrance alors cède la place à la confiance en Jésus, qui sait et se révélera, en son heure, à Ses enfants.

  Parlant encore de cette femme, qui répandit le parfum sur Lui, Jésus dit à Ses disciples : « Je vous le dis en vérité, partout où la bonne nouvelle sera prêchée, dans le monde entier, on racontera aussi en mémoire de cette femme ce qu’elle a fait… » Marc 14:9. Son geste, en effet, annonça prophétiquement la Prédication de l’Évangile depuis lors jusqu’à nous, et se prolongera jusqu’au retour de Jésus. Toute parole dite comme toute chose faite dans l’Esprit ont toujours une signification profonde et sont autant de signes de la part de Dieu, que discerne l’âme éclairée… et pour elle-même, et pour autrui.