M246 – AYEZ DU SEL EN VOUS-MÊMES …

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  « Le sel est une bonne chose ; mais si le sel devient sans saveur, avec quoi l’assaisonnerez- vous ? Ayez du sel en vous-mêmes, et soyez en paix les uns avec les autres… » Marc 9:50-51.

  Dès que l’homme a su le recueillir, le sel a toujours été une substance précieuse et pour la saveur et pour la conservation des aliments. Ainsi, l’Écriture nous présente le sel comme étant un élément important dans la préparation des offrandes offertes à Dieu. Moïse écrit, en effet : « Tu mettras du sel sur toutes tes offrandes, tu ne laisseras point ton offrande manquer de sel, signe de l’alliance de ton Dieu ; sur toutes tes offrandes tu mettras du sel… » Lév 2:13. Le sel est agréé de Dieu comme étant un des signes de Son Alliance avec le peuple d’Israël. « Ayez du sel en vous-mêmes… », exhorte Jésus. Ce sel spirituel en nous, qui vient de Dieu, est cette disposition intérieure qui est agréable à Dieu, parce qu’elle émet l’efficacité de la Vie de l’Esprit.

  Que le sel ait été utilisé lors d’un prodige de la part de Dieu, c’est ce que rapporte l’Écriture au sujet de la ville de Jéricho dont les habitants dirent à Élisée, le prophète : « Voici, le séjour de la ville est bon, comme le voit mon Seigneur ; mais les eaux sont mauvaises, et le pays est stérile. Il dit : Apportez-moi un plat neuf, et mettez-y du sel. Et ils le lui apportèrent. Il alla vers la source des eaux, et il y jeta du sel, et dit : Ainsi parle l’Éternel : J’assainis ces eaux ; il n’en proviendra plus ni mort, ni stérilité. Et les eaux furent assainies, jusqu’à ce jour, selon la parole qu’Élisée avait prononcée… » II Rois 2:19-22. Le sel fut ici le point de contact de la foi, la représentation du pouvoir purificateur du miracle que Dieu accomplit par Sa Puissance. Cette même vertu d’assainissement, de purification, se retrouve dans la prédication et le témoignage de la Parole de Dieu. L’apôtre Paul, en effet, exhorte les Colossiens, en disant : « Conduisez-vous avec sagesse envers ceux du dehors, et rachetez le temps. Que votre parole soit toujours accompagnée de grâce, assaisonnée de sel, afin que vous sachiez comment il faut répondre à chacun… » Col 4:5-6. Bien-sûr, l’un n’est pas sans l’autre ; en effet, une parole assaisonnée de sel sans la Grâce est « immangeable », parce que légaliste et aussitôt refusée, de même une parole accompagnée de la Grâce sans sel, si tant est que cela soit possible, est à même d’émouvoir l’âme, mais sans la « transformer » durablement.

  Ainsi, « le sel est une bonne chose, dit Jésus, mais si le sel devient sans saveur, avec quoi l’assaisonnerez-vous… ? » L’une des causes de la perte de la saveur du sel est l’impureté qu’il contient encore, d’où la nécessité de le raffiner. En ce qui concerne « le sel en nous-mêmes », il n’est pas difficile de comprendre les causes et les conséquences spirituelles de la perte de sa saveur, c’est-à-dire, la perte de la pureté, et donc de l’efficacité de notre vie spirituelle. Encore faut-il comprendre spirituellement le sens donné au mot « résultat » dans notre vie. Car, paradoxalement, il est des croyants plus ou moins charnels, mais dotés d’un naturel communicatif, qui ont amené des âmes à entendre la Parole de Dieu ; tandis que d’autres croyants, soucieux de rechercher la Volonté de Dieu et de marcher dans la sainteté, ne paraissent pas avoir les mêmes résultats « visibles ». Mais Dieu seul connaît le cœur de Ses enfants. Dieu regarde plus à l’état d’esprit dans lequel les choses sont faites qu’aux choses elles-mêmes. Car les œuvres invisibles sont vues par Lui aussi bien que les œuvres visibles, et, avant les œuvres, Dieu récompense la fidélité.

  La « vocation » du sel est qu’il doit se dissoudre pour agir. Il n’est utile qu’en « disparaissant ». S’il reste solide, c’est-à-dire, visible, c’est qu’il n’a pas encore servi. En fait, en devenant invisible, le sel de la Parole de Dieu ne se perd pas spirituellement, mais il transmet sa nature à autrui. Ainsi, le racheté doit vivre lui-même l’Œuvre purificatrice de la Parole pour l’exprimer avec efficacité. Et s’il est un serviteur de Dieu en qui ces choses ont été vécues, c’est bien l’apôtre Paul, au travers duquel Jésus-Christ nous a transmis les Profondeurs de Sa Parole. L’apôtre, en effet écrit aux Corinthiens : « Nous sommes fous à cause de Christ ; mais vous, vous êtes sages en Christ ; nous sommes faibles, mais vous êtes forts. Vous êtes honorés, et nous sommes méprisés… » I Cor 4:10. Paul, par le dépouillement et le brisement, communiquait cette « odeur de vie » à ceux pour qui il combattait dans la prière, jusqu’à dire : « Pour moi, je dépenserai très volontiers, et je me dépenserai moi-même pour vos âmes, dussé-je, en vous aimant davantage, être moins aimé de vous… » II Cor 12:15.

  Quelle expérience intérieure l’apôtre Paul vivait-il donc chaque jour pour manifester une telle abnégation ? « Car nous qui vivons, écrit-il à ces mêmes Corinthiens, nous sommes sans cesse livrés à la mort à cause de Jésus, afin que la vie de Jésus soit aussi manifestée dans notre chair mortelle. Ainsi, la mort agit en nous, et la vie agit en vous… » II Cor 4:11-12. La mort agit donc dans les uns, et la Vie agit dans les autres. Voilà le sel de la Grâce en nous qui transmet ses propriétés spirituelles à nos frères et sœurs en la foi, et réciproquement. La Révélation de Dieu en ceci est qu’il n’y a pas de vie spirituelle communiquée en nous et pour autrui sans le renoncement à soi-même, car, renoncer à soi-même ne conduit pas à une vie vide et inerte, mais à une vie qui laisse la place que remplit pleinement la Présence agissante de Dieu.

  De la Personne de notre Seigneur Jésus-Christ émane la Force parfaite. L’Écriture rapporte qu’une femme atteinte d’une perte de sang, venant à Jésus dans la foule par derrière, dit : « Si je puis seulement toucher ses vêtements, je serai guérie. Au même instant la perte de sang s’arrêta, et elle sentit dans son corps qu’elle était guérie de son mal. Jésus connut aussitôt en lui-même qu’une force était sortie de lui ; et, se retournant au milieu de la foule, il dit : Qui a touché mes vêtements ? Les disciples lui dirent : Tu vois la foule qui te presse, et tu dis : Qui m’a touché … ? » Marc 5:27-31. Beaucoup de personnes avaient touché Jésus, mais une seule l’avait touché avec foi. Non pas avec une foi exigeante et impatiente, mais avec la foi en rapport avec le Dessein de Dieu, c’est-à-dire, une foi de la même nature que celle de la Force qui est en Jésus, et dont elle avait besoin. C’est ainsi qu’au moment même où cette femme sentit en son corps qu’elle était guérie, Jésus connut aussitôt qu’une Force était sortie de Lui ! Force que Jésus « ne perd point », puisqu’elle retourne en actions de grâces à Dieu, Son Père.

  Si donc ici, en tant « qu’Homme de bien », Jésus donna une pleine mesure de Sa Plénitude, en tant que « Sauveur » Il se livra Lui-même entièrement, suivant la Parole du prophète Ésaïe, disant : « Il a plu à l’Éternel de le briser par la souffrance… Après avoir livré sa vie en sacrifice pour le péché, il verra une postérité et prolongera ses jours ; et l’œuvre de l’Éternel prospérera entre ses mains. A cause du travail de son âme, il rassasiera ses regards… » Ésaïe 53:10-11. Ainsi, depuis qu’Il a été crucifié et ressuscité, Jésus « prolonge ses jours » et poursuit « le travail de Son âme » par le Saint-Esprit dans les rachetés, en « rassasiant ses regards » en chaque âme sauvée, transformée et délivrée. Ainsi, en recevant le Salut, nous recevons également la Nature du sauveur qui nous a fait grâce, et cette Nature céleste est le « sel » spirituel en nous de la Présence de Dieu, qui nous préserve de tout ce qui est corrupteur et corrompu ici-bas.

  Le Message de l’Évangile ne peut être vécu et apporté que par la Présence éclairante et révélatrice du Seigneur. Jésus, en effet, dit aux douze apôtres qu’Il avait choisis pour les envoyer prêcher le Royaume de Dieu : « Dans quelque maison que vous entriez, dites d’abord : Que la paix soit sur cette maison ! Et s’il se trouve là un enfant de paix, votre paix reposera sur lui ; sinon, elle reviendra à vous… » Luc 10:5-6. La Paix de Dieu dans le messager accompagne donc le Message de la Parole de Dieu. Et cette Paix vient sur celui qui, tout en ne connaissant pas encore la Parole de Dieu, est un « enfant de paix » parce qu’il y est destiné, et donc préparé à la recevoir : Act 13:48.

  Ainsi, quand Jésus dit : « Ayez du sel en vous-mêmes… puis conclut… et soyez en paix les uns avec les autres… » La paix n’est-elle pas douceur ? Quel rapport y a-t-il donc entre le salé et le doux, entre le sel et la paix ? Mais ce qui paraît contradictoire humainement ne l’est pas spirituellement, car le « sel » ne s’oppose pas à la Paix, mais à ce qui la trouble, à ce qui l’abîme…! Ce n’est jamais, en effet, en pensant adoucir les rigueurs de l’Évangile que la Paix peut régner dans les cœurs et dans la communion des croyants.