M245 – CE QUI EST BON, AGRÉABLE ET PARFAIT …

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  « Je vous exhorte donc, frères, par les compassions de Dieu, à offrir vos corps comme un sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu, ce qui sera de votre part un culte raisonnable. Ne vous conformez pas au siècle présent, mais soyez transformés par le renouvellement de l’intelligence, afin que vous discerniez quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, agréable et parfait… » Rom 12:1-2.

  Plus que la connaissance, c’est le « renouvellement de l’intelligence » qui témoigne de notre transformation intérieure. Ce renouvellement de notre intelligence est cette « illumination des yeux de notre cœur… » dont parle l’apôtre : Eph 1:18. L’Écriture dit, en effet, que c’est en « ayant appris Christ », par Sa Vie en nous, que nous avons été « instruits à nous dépouiller du vieil homme », à être « renouvelés dans l’esprit de notre intelligence » et à « revêtir l’homme nouveau créé selon Dieu… » Eph 4:22-24. Ainsi, le Saint-Esprit nous transforme en renouvelant l’esprit de notre intelligence, et notre obéissance à la Volonté de Dieu atteste cette transformation intérieure.

  Ayant « appris Christ », notre transformation intérieure résulte donc du renouvellement de notre esprit par le moyen de la connaissance de la Parole de Dieu. Or, si nous recevions la Parole « selon la lettre », et non « selon l’Esprit » II Cor 3:6, cette connaissance sans la Vie ferait de nous, non pas des personnes sanctifiées, mais des personnes « à principes », c’est-à-dire légalistes,  jugeant autrui. Et ceci est le cas lorsque la Volonté de Dieu est regardée plus dans le but d’être « conforme » à Dieu, que dans celui d’être dans la « ressemblance » avec Lui. Pour le racheté qui l’accomplit, la Volonté de Dieu est, non pas un commandement qui s’impose à lui, mais auquel il aspire de tout son cœur. La Volonté divine n’est pas une obligation à remplir pour échapper à un châtiment, mais la merveilleuse « occasion » de manifester sa fidélité à Dieu et d’exprimer la joie de lui appartenir. C’est ainsi que la Volonté de Dieu, suivant la manière dont nous cherchons à l’accomplir, révèle la nature spirituelle ou légaliste de notre vie.

  Ce qui vient d’être dit nous amène à mieux comprendre la nature de la Volonté divine. Et c’est ici qu’intervient la nécessité de discerner si ce que nous comprenons est selon la Pensée de Dieu ou selon notre propre pensée. Qu’entendons-nous, en effet, par ce qui est « bon », « agréable » et « parfait » ? Leur attribuons-nous un sens humain ou en avons-nous la compréhension spirituelle telle que Dieu veut nous l’éclairer par Son Esprit ? Car ce qui est « bon » dans la Volonté divine est bon pour « quoi » en nous, ou pour « qui » ? Pour notre âme ou pour notre corps ? Ce qui est « agréable » l’est-il pour notre vie spirituelle ou pour notre vie personnelle ? Et, enfin, ce qui est « parfait » en vient-il à répondre pleinement à notre faim et à notre soif spirituelle ou à satisfaire des aspirations humaines, « religieuses ? Combien de prières et de demandes qui n’ont pas été exaucées, et c’est heureux pour nous, tandis que d’autres l’ont été, mais différemment, et heureusement, car nous n’avions pas su alors discerner la Volonté de Dieu. Bien souvent, nos déceptions viennent de nos mauvais choix.

  Pour comprendre la Manière d’agir de Dieu pour notre bien, Dieu nous aide à accepter de renoncer à ce que nous considérons comme étant bien à nos propres yeux. Cette acceptation spirituelle nous permet de discerner que ce qui nous paraît bon est, en réalité, mauvais aux yeux de Dieu, que ce qui nous est agréable peut être une séduction, et que ce que nous croyons parfait est plus le signe de notre propre justice que celui de la Plénitude divine. D’autre part, et à l’inverse, ce qui est bon de la part de Dieu pour nous peut être ressenti par nous comme étant douloureux, ce qui est agréable peut nous sembler désagréable, et que ce qui nous paraît parfait ne satisfera évidemment pas les désirs de notre « moi ». Il se révèle alors que ce qui est éprouvant dans notre vie, et dont nous voudrions être délivrés, est précisément inscrit dans la Volonté de Dieu pour notre bien, et que le fait même de prier pour en être libérés aurait pour conséquence de s’opposer au Dessein de Son Amour à notre égard.

  « Mes frères, écrit Jacques, regardez comme un sujet de joie complète les diverses épreuves auxquelles vous pouvez être exposés, sachant que l’épreuve de votre foi produit la patience. Mais il faut que la patience accomplisse parfaitement son œuvre, afin que vous soyez parfaits, et accomplis, sans faillir en rien… » Jac 1:2-4. Les épreuves ne sont-elles pas pour beaucoup un sujet de tristesse ? Et, pourtant, nous sommes exhortés à les regarder comme un « sujet de joie », et même de joie complète ! Comment est-ce possible ? Cette joie fait-elle donc partie de ce qui est bon et agréable dans la Volonté de Dieu pour nous ? Mais alors, en quoi l’épreuve peut-elle être regardée comme un sujet de joie ? Elle ne peut l’être que par « l’homme intérieur » en nous, et non par « l’homme extérieur ». Car quand, en nous, « l’homme spirituel », et non pas « l’homme charnel », regarde l’épreuve de notre foi, alors, seulement, cette épreuve « produit la patience » et non pas le découragement ou le désespoir. Car ce n’est pas la souffrance dans l’épreuve que la Parole de Dieu valorise, mais l’aspiration spirituelle à cela même qu’épure l’épreuve.

  Ainsi, ce qui est bon, agréable et parfait selon Dieu pour notre esprit n’est pas ressenti comme tel par notre chair. Or, qu’est-il donc de plus parfait que « l’ordre » de Dieu ? Le roi David, en effet, ne dit-il pas : « N’en est-il pas ainsi de ma maison devant Dieu, puisqu’il a fait avec moi une alliance éternelle, en tous points bien réglée et offrant pleine sécurité ? Ne fera-t-il pas germer tout mon salut et tous mes désirs … ? » II Sam 23:5. Cependant, comme la Parole nous l’apprend, cette alliance « bien réglée et offrant pleine sécurité » n’a pas été vécue sans les attaques de nombreux ennemis. Mais c’est cette adversité même qui fit naître en David les dispositions spirituelles qui le rendirent capable de conserver cette sécurité pour lui-même et pour son Peuple. Ainsi, ce qui contribue à notre vie spirituelle nous attire, ou rencontre toujours de l’opposition, déclarée ou non, mais cette opposition acceptée même atteste notre fidélité au Seigneur.

  Approfondissant cette vérité, l’apôtre Paul écrit : « Les esprits des prophètes sont soumis aux prophètes ; car Dieu n’est pas un Dieu de désordre, mais de paix… » Et encore : « Que tout se fasse avec bienséance et avec ordre… » I Cor 14:32-33, 40. Cette exhortation adressée à l’Église de Corinthe concerne, non seulement les dons spirituels, mais aussi le comportement des croyants. Dieu est un Dieu d’ordre, et pour que cet ordre le soit, beaucoup de croyants proposent de faire ce que voulurent déjà les serviteurs de la Parabole de l’ivraie, qui dirent au Maître de la moisson : « Veux-tu que nous allions l’arracher ? Non, leur dit-il, de peur qu’en arrachant l’ivraie, vous ne déraciniez en même temps le blé. Laissez croître ensemble l’un et l’autre jusqu’à la moisson, et, à l’époque de la moisson, je dirai aux moissonneurs (les anges) : Arrachez d’abord l’ivraie, et liez-la en gerbes pour la brûler, mais amassez le blé dans mon grenier… » Matt 13:28-30.

  Là aussi, l’ordre ne s’établit pas en « arrachant » le désordre, avant le temps ! C’est même le désordre ambiant autour de nous, qui, par contraste, fait que l’ordre spirituel exalte toutes les vertus que nous sommes appelés à manifester dans nos vies. Si, en effet, nous voulions de nous-mêmes « arracher » ou éloigner des personnes néfastes, éliminer des conditions de vie difficiles ou des situations douloureuses, en pensant ainsi « faciliter » notre vie spirituelle, une telle intention suffirait à ce que nous nous altérions nous-mêmes spirituellement. Car en arrachant l’ivraie sans discernement, nous courons le risque de déraciner en même temps le blé… et de nous déstabiliser nous-mêmes.

  Vouloir par nous-mêmes, corriger ou rejeter le désordre, en viendrait à troubler l’ordre même que nous cherchons. Vouloir changer ce qui est imparfait en ce qui est parfait, nous rendrait captifs d’une perfection « selon la lettre qui tue », c’est-à-dire, faite de principes morts. Il est donc de la Sagesse de Dieu que les relations et les situations difficiles soient destinées à convaincre de folie notre propre volonté d’y remédier par nous-mêmes. Ainsi les épreuves ont-elles pour but de faire que notre aspiration intérieure et la Volonté de Dieu se rencontrent dans nos cœurs, et dans le même Esprit.