M244 – ÉLARGISSEZ-VOUS AUSSI …

Format PDF

  « Notre bouche s’est ouverte pour vous, Corinthiens, notre cœur s’est élargi. Vous n’êtes point à l’étroit au dedans de nous ; mais vos entrailles se sont rétrécies. Rendez-nous la pareille, – je vous parle comme à mes enfants, – élargissez-vous aussi… ! » II Cor 6:11-13.

  L’apôtre Paul était frappé de l’étroitesse d’esprit qu’il rencontrait parmi les croyants. Cette attitude était déjà présente dans l’Église primitive. Attitude que l’on penserait disparue dès le jour où la Grâce de Dieu est reçue dans le cœur, mais ce trait est parvenu jusqu’à nous et s’est même accentué. Déjà les disciples eux-mêmes manifestèrent cette attitude profondément enracinée dans le cœur humain. L’apôtre Jean, en effet, dit à Jésus : « Maître, nous avons vu un homme qui chasse les démons en ton nom ; et nous l’en avons empêché, parce qu’il ne nous suit pas. Ne l’en empêchez pas, lui répondit Jésus ; car qui n’est pas contre vous est pour vous… » Luc 9:49-50. Les disciples n’avaient pas encore reçu la Présence de la Douceur et de l’Humilité de la Personne de Jésus, pourtant au milieu d’eux ; ce qui eût ouvert leur cœur au-delà du cercle sectaire qui s’était déjà formé dans leur esprit. En effet, le croyant sectaire exige que l’on soit, non seulement « avec » lui, mais « comme » lui.

  Les apôtres mêmes ne purent empêcher les divergences de se manifester parmi les croyants. Paul, s’adressant aux Corinthiens, écrit : « … Mes frères, j’ai appris à votre sujet, par les gens de Chloé, qu’il y a des disputes au milieu de vous. Je veux dire que chacun de vous parle ainsi : Moi, je suis de Paul ! – et moi, d’Apollos ! – et moi, de Céphas ! – et moi, de Christ ! – Christ est-il divisé ? Paul a-t-il été crucifié pour vous, ou est-ce au nom de Paul que vous avez été baptisés… ? » I Cor 1:12-13. Une chose est à remarquer, c’est toujours l’homme à l’esprit étroit qui croit tout connaître. Cela ne signifie pas qu’il connaisse toutes choses, mais que ce qu’il sait, lui, est à ses yeux tout ce qu’il y a à connaître. Et, paradoxalement, c’est aussi ce même homme qui ne reçoit l’enseignement que d’un seul homme, dont il a fait son maître, ou son prophète ! Or, si ce maître est spirituel, il saura éclairer ce croyant, en le détachant de lui, afin qu’il apprenne à ne se confier qu’en Dieu ; et si donc cette âme accepte d’être ainsi éclairée, elle aura grandi, sinon il se peut qu’elle rejette son maître autant qu’elle s’était attachée à lui.

  En écrivant affectueusement, mais fermement, aux Corinthiens : « Rendez-nous la pareille, – je vous parle comme à mes enfants, – élargissez-vous aussi… ! », l’apôtre Paul s’adressait aussi bien à ceux qui le suivaient, qu’à ceux qui suivaient les autres apôtres. Car le fait de s’attacher à une seule personne par préférence, aussi bien que le fait de suivre sans discernement plusieurs personnes, révèlent les mêmes sentiments humains qui voilent et obscurcissent la compréhension, comme aussi la vision des choses spirituelles. Les croyants qui ne se préoccupent que de leurs propres problèmes finissent par diriger leurs prières… sur eux-mêmes, et non plus sur Dieu. Or, il est une Réalité spirituelle qui est la « persévérance et la foi des saints… » Apo 13:10, qui consiste en cette « union d’esprit » entre rachetés, dans lesquels, et par lesquels Dieu agit. Tout vient de Dieu, et s’il est des choses qui proviennent directement de Dieu, il en est aussi d’autres, venant de Dieu également, que nous ne recevrons qu’au travers des uns et des autres.

  S’il est, entre autres, une des Œuvres profondes de l’Esprit de Dieu, qui se manifeste au travers des rachetés, c’est bien la Consolation divine. La Consolation de Dieu, en effet, non seulement met un baume sur le cœur affligé, mais s’étend à maints domaines de la vie personnelle et spirituelle, ainsi que l’écrit l’apôtre Paul aux Corinthiens : « Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation, qui nous console dans toutes nos afflictions, afin que, par la consolation dont nous sommes l’objet de la part de Dieu, nous puissions consoler ceux qui se trouvent dans quelque affliction. Car, de même que les souffrances de Christ abondent en nous, de même notre consolation abonde par Christ. Si nous sommes affligés, c’est pour votre consolation et pour votre salut ; si nous sommes consolés, c’est pour votre consolation, qui se réalise par la patience à supporter les mêmes souffrances que nous endurons… » II Cor 1:3-6. Il est à remarquer ici que la Consolation divine consiste, non pas à être délivré des souffrances, mais plutôt à les supporter avec la patience de la foi en Dieu. Car, dans ce cas, la consolation selon la Pensée de Dieu consiste, non pas nécessairement en l’absence de souffrances, mais par l’encouragement d’apprendre que les mêmes souffrances sont supportées par d’autres avec la même foi. D’ailleurs, de la part de quelqu’un qui n’a pas souffert, et qui, à cause de cela, se dit protégé parce qu’approuvé de Dieu… à quoi peut-on s’attendre, si ce n’est plus à un jugement qu’à une consolation.

  Ainsi, ce don « d’empathie » spirituelle, c’est-à-dire, cette compassion pour celui qui souffre et le fait de ressentir ce qu’il éprouve, était profondément vécu par l’apôtre Paul qui nous en donne l’exemple : « J’ai été dans le travail et dans la peine, écrit-il aux Corinthiens, exposé à de nombreuses veilles, à la faim et à la soif, à des jeûnes multipliés, au froid et à la nudité. Et, sans parler d’autres choses, je suis assiégé chaque jour par les soucis que me donnent toutes les Églises. Qui est faible, que je ne sois faible ? Qui vient à tomber, que je ne brûle… ? » II Cor 11: 27-29. Une telle vision spirituelle du Corps de Christ n’est pas seulement le propre d’un appel au ministère, mais elle est la disposition intérieure de tout croyant qui ne refuse pas de porter les fardeaux de ses frères et sœurs dans la prière. Il ne s’agit pas de « porter le monde », mais d’accepter le fardeau des âmes que Dieu présente à nous. C’est là ce qui s’appelle « porter » les âmes, car celui qui pense apporter aux âmes, sans les porter, ne pourra pas les supporter longtemps.

  « Lorsque nous étions auprès de vous, écrit Paul aux Thessaloniciens, nous vous annoncions d’avance que nous serions exposés à des tribulations, comme cela est arrivé, et comme vous le savez. Ainsi, dans mon impatience, j’envoyai m’informer de votre foi, dans la crainte que le tentateur ne vous eût tentés, et que nous n’eussions travaillé en vain… » I Thess 3:4-5. Dans sa crainte au sujet de l’église de Thessalonique, l’apôtre Paul, bien qu’étant « absent de corps » était présent « avec eux en esprit » Col 2:5, tout en tremblant pour ces croyants, et priant pour le discernement spirituel dont ils avaient besoin. Ce qui eut, pour résultat, cette action de grâces que Paul laissa éclater au début de sa deuxième lettre, disant : « Nous devons à votre sujet, frères, rendre continuellement grâces à Dieu, comme cela est juste, parce que votre foi fait de grands progrès, et que la charité de chacun de vous tous à l’égard des autres augmente de plus en plus. Aussi nous glorifions-nous de vous dans les Églises de Dieu, à cause de votre persévérance et de votre foi au milieu de toutes vos persécutions et des tribulations que vous avez à supporter… » II Thess 1:3-4.

  Ainsi, alors que l’esprit étroit ne se préoccupe que de son propre milieu, la Compassion divine, elle, nous presse à prier pour des églises, des missions et des œuvres autres que les nôtres. Car, en priant uniquement pour ce qui nous concerne, il s’ensuit un enfermement intérieur et un appauvrissement spirituel, alors qu’en intercédant pour les autres selon la Direction de l’Esprit, c’est nous-mêmes qui sommes bénis, c’est l’église, ou l’œuvre, dans laquelle nous sommes qui, en retour, reçoit la Bénédiction d’En-Haut ! Mais ceci ne se décide pas sur un simple « appel au peuple », peuple qui ne serait pas préparé, et qui rechercherait davantage à recevoir les bienfaits en retour qu’à porter les besoins spirituels d’autrui devant Dieu. Or, le combat dans la prière résulte d’une souffrance féconde, découlant de l’Esprit de Dieu en nous « qui intercède par des soupirs inexprimables… » Rom 8:26.

  Le prophète Habakuk s’écrie : « … La pierre crie au milieu de la muraille, et le bois qui lie la charpente lui répond… » Hab 2:11. D’où l’on voit que les matériaux mêmes, qu’ont pillés les Chaldéens dans leurs rapines, souffrent et réagissent contre l’oppression. Si donc la « pierre qui crie » et le « bois qui lui répond » sont solidaires dans l’infortune, combien plus nous-mêmes, « gens de la Maison de Dieu » Eph 2:19, dans l’épreuve ou devant la tentation, sommes-nous alors exhortés à « combattre pour la foi qui a été transmise aux saints une fois pour toutes… » Jude 1:3. Mais, sommes-nous parmi ceux qui entendent, et « répondent » à ceux qui « crient » ?