M243 – NOTRE ÂME S’EST ÉCHAPPÉE …

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  « Sans l’Éternel qui nous protégea, quand les hommes s’élevèrent contre nous, ils nous auraient engloutis tout vivants, quand leur colère s’enflamma contre nous ; alors les eaux nous auraient submergés, les torrents auraient passé sur notre âme ; alors auraient passé sur notre âme les flots impétueux. Béni soit l’Éternel, qui ne nous a pas livrés en proie à leurs dents ! Notre âme s’est échappée comme l’oiseau du filet des oiseleurs ; le filet s’est rompu, et nous nous sommes échappés. Notre secours est dans le nom de l’Éternel, qui a fait les cieux et la terre… » Ps 124:2-8.

  Maintes fois David, parce qu’il était oint de Dieu, connut le danger d’être englouti par les hommes qui s’élevaient contre lui. Assiégé de toutes parts, il dut fuir la mort menaçante, et, tant qu’il marchait… il demeurait en vie ! Or, le jour vint où, comme l’oiseau échappé du filet de l’oiseleur, David connut la délivrance, et ce fut avec la maturité spirituelle qu’il régna, non seulement sur Israël, mais sur lui-même. David échappa à ses ennemis, et aux puissances des ténèbres qui les animaient. Il ne lui restait donc plus qu’à discerner d’autres « filets », et d’autres « oiseleurs » qu’il ne manquerait pas de rencontrer dans sa vie, et à s’en garder.

  Ces puissances invisibles qui menaçaient d’engloutir l’oint de Dieu, et que nous avons aussi à vaincre, agissaient par le moyen d’hommes de chair, de chair semblable à la nôtre. Aussi ce combat ne peut-il être soutenu que selon l’Esprit de Dieu qui remporte la victoire dans le monde invisible. Ceci nous révèle une réalité aux conséquences éternelles, à savoir : « les esprits méchants dans les lieux célestes… », Eph 6:12, n’ont de prise sur nous que par ce qui est encore charnel en nous. Ainsi, plus nous nous tenons dans la Présence de Dieu, et plus les choses dont nous avons besoin d’être libérés se révèlent être celles qui nous sont les plus proches, les plus intimes, à commencer par nos propres pensées, nos propres sentiments comme, parfois, l’influence de certaines personnes sur nous.

  « Notre âme s’est échappée… », mais échappée de quoi ? Du « filet des oiseleurs » ; c’est-à-dire, de ce qui nous a capturés, de ce « péché, dit l’Écriture, qui nous enveloppe si facilement… » Héb 12:1. En fait, l’activité de l’oiseleur n’est rendue possible qu’au moyen du filet, mais en quoi consiste donc ce filet ? Nous avons appris que le diable ne peut agir que par ce qui est donc encore charnel en nous. Ainsi, aussi étrange que cela puisse paraître, ce filet, c’est notre chair ; une certaine partie de nous-mêmes est le filet avec lequel l’adversaire tente de nous capturer. L’apôtre Paul dit, en effet : « … Je vois dans mes membres une autre loi, qui lutte contre la loi de mon entendement, et qui me rend captif de la loi du péché, qui est dans mes membres… » Rom 7:23, « dans mes membres », écrit Paul, c’est-à-dire, « dans notre chair ». D’où cette parole de Jacques : « Que personne, lorsqu’il est tenté, ne dise : C’est Dieu qui me tente. Car Dieu ne peut être tenté par le mal, et il ne tente lui-même personne. Mais chacun est tenté quand il est attiré et amorcé par sa propre convoitise… Puis la convoitise, lorsqu’elle a conçu, enfante le péché ; et le péché, étant consommé, produit la mort… » Jac 1:13-15.

  C’est donc à nous-mêmes que nous avons besoin d’échapper pour être libres ; cependant, non par nos propres forces, ni par notre « expérience », car, précisément, ce sont les résolutions et les efforts de notre chair qui nous en empêchent. Aussi est-ce par la Mort et la Vie de Jésus en nous, que nous « échappons » à notre « moi », à ce « moi » qui donne prise à la séduction du péché. C’est, en effet, en recevant en nous, dans la foi, les conséquences spirituelles de la crucifixion de Jésus-Christ que notre « vieil homme a été crucifié avec lui, afin que le corps du péché fût détruit, dit l’Écriture, pour que nous ne soyons plus esclaves du péché ; car celui qui est mort est libre du péché… » Rom 6:6-7. C’est ainsi que l’oiseleur est discerné, et vaincu ; le filet est rompu et la délivrance reçue.

  Il arrive que le croyant soit déçu de lui-même à cause de ses faiblesses. Nous le voyons déjà en ce qui concerne la sainteté, l’Écriture nous enseigne que « c’est en vertu de la volonté de Dieu que nous sommes sanctifiés, par l’offrande du corps de Jésus-Christ, une fois pour toutes… » Héb 10:10. Ces mots « une fois pour toutes » donneraient à penser que le croyant est, dès lors, gardé immuablement saint, exempt de toute faiblesse et de tout bronchement. Or, l’exhortation que Christ révèle aux croyants est que « le juste pratique encore la justice, et que celui qui est saint se sanctifie encore… » Apo 22:11. Ainsi, la sainteté est le but, et le moyen d’y parvenir est la sanctification qui est la « mise en pratique » de cette sainteté. Pareillement, la liberté en Christ ne se vit pas sans notre participation spirituelle, et cette participation, c’est notre obéissance, mais la liberté et l’obéissance ne sont-elles pas choses contradictoires ? Non point ! Car l’obéissance de la foi et la liberté en Christ découlent du même Esprit. Ainsi, loin de s’opposer à la liberté spirituelle, l’obéissance l’affirme et la préserve en nous.

  Pour certaines personnes, le plus grand avantage de la liberté consisterait à n’obéir à personne… l’on peut déjà voir où cela conduit l’enfant qui n’a pas appris à obéir ! Ainsi, il en est donc le contraire en ce qui concerne la liberté spirituelle. La nécessité d’obéir en rapport avec la liberté nous est révélée dès le commencement. L’Éternel Dieu donna cet ordre à l’homme, en disant : « Tu pourras manger de tous les arbres du jardin ; mais tu ne mangeras pas de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, car le jour où tu en mangeras, tu mourras… » Gen 2:16-17. Dans la liberté du jardin d’Éden, un ordre de Dieu retentit, auquel obéir. Or, pour obéir, il est nécessaire qu’il y ait un ordre auquel obéir, et cette possibilité même d’obéir est justement la preuve de la liberté et de la force que l’on a d’obéir ! Ainsi, les commandements de Dieu, loin de nous limiter en y obéissant, démontrent que nous jouissons pleinement de la liberté dans le pouvoir même d’obéir. Car obéir, précisément, c’est pouvoir choisir, sinon une liberté sans « choix » est une liberté « imposée », qui n’est donc plus une liberté… ! David, justement, ne s’écria-t-il pas : « Je marcherai au large car je recherche tes ordonnances… » Ps 119:45.

  « Je marche au large… ». C’est également à cela que Jésus nous a appelés, car être au large, c’est être libre. Car la liberté ne se trouve pas dans un lieu, mais en une Personne, Jésus-Christ, et c’est en Lui qu’elle se vit. Jésus dit : « Je suis la porte. Si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé ; il entrera et il sortira, et il trouvera des pâturages… » Jean 10:9. Ainsi, nous passons avec Jésus de la vie extérieure dans la vie intérieure. La logique humaine indique que, lorsque l’on entre du dehors dans un espace clos, nous passons nécessairement d’un espace plus grand à un espace plus petit. Or, dans le domaine spirituel, il en est le contraire. La réalité spirituelle est que le dedans est plus vaste que le dehors, et que ce qui est à l’intérieur est plus grand que ce qui est à l’extérieur. Telle est la compréhension spirituelle du croyant « né de nouveau », pour lequel la « porte étroite » et le « chemin resserré » qui mènent à la Vie sont infiniment plus grands que la « porte large » et le « chemin spacieux » qui mènent à la perdition : Matt 7:13-14. Les « pâturages » à l’intérieur de Christ ne sont limités par aucun horizon. La liberté n’est pas une « surface » mesurable humainement, ni un espace vide, mais une plénitude spirituelle qui suffit à l’âme, qui, justement, soupire après Celui que « les cieux et les cieux des cieux ne peuvent contenir… » I Rois 8:27.

  Et qu’en est-il de la liberté au sein de l’épreuve, ne sont-ce point là deux situations incompatibles ? Quand l’épreuve accable de toutes parts, la liberté ne s’en trouve-t-elle pas réduite ? Non point ! Car si la liberté « intérieure » n’empêche pas l’épreuve, c’est parce que l’épreuve ne restreint pas la liberté spirituelle. Au contraire, la rencontre de l’épreuve et de la liberté a ceci de particulier en nous, qu’elle nous fait aspirer à la Force d’En-Haut, afin de surmonter, ou de supporter l’épreuve, ainsi que l’écrit l’apôtre Paul : « … Nous nous glorifions même des afflictions, sachant que l’affliction produit la persévérance, la persévérance la victoire dans l’épreuve, et cette victoire l’espérance. Or, l’espérance ne trompe point, parce que l’amour de Dieu est répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné… » Rom 5:3-5.

  Ainsi, lorsque nous sommes cernés par l’épreuve, la liberté spirituelle n’est pas affectée, parce que notre cœur, qui est cet espace de liberté intérieure, est lui-même rempli d’espérance. Et cette « espérance qui ne trompe point » nous libère de vouloir connaître ce qui ne nous est pas donné de comprendre. Cette espérance ne nous libère pas nécessairement de l’épreuve, mais des interrogations qu’elle suscite en nous, et ceci en révélant dans notre cœur que Jésus-Christ, dont la « Plénitude remplit tout en tous… » Eph 1:23, sera toujours plus grand que les choses incompréhensibles elles-mêmes.