M241 – J’AI ÉTÉ SAISI …

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  « Ce n’est pas que j’aie déjà remporté le prix, ou que j’aie déjà atteint la perfection ; mais je cours, pour tâcher de le saisir, puisque moi aussi j’ai été saisi par Jésus-Christ. Frères, je ne pense pas l’avoir saisi ; mais je fais une chose : oubliant ce qui est en arrière et me portant vers ce qui est en avant, je cours vers le but, pour remporter le prix de la vocation céleste de Dieu en Jésus-Christ… » Phil 3:12-14.

  Doit-on être parfait pour se présenter comme un exemple à suivre ? Assurément ! C’est donc ce que devait être l’apôtre Paul, quand, s’adressant à ces mêmes Philippiens, il écrit : « Soyez tous mes imitateurs, frères, et portez les regards sur ceux qui marchent selon le modèle que vous avez en nous… » Phil 3:17. L’apôtre croyait-il être parfait au point d’être imité par autrui ? En vérité, par l’humilité, il l’était, toutefois, comme il l’écrit lui-même, il ne pensait pas avoir « remporté le prix » ou « atteint la perfection ». Or, c’est précisément en raison de cette absence de propre justice qu’il était parfait aux yeux de Dieu. Paul était convaincu de l’Œuvre parfaite de Dieu en lui, ce qui, par contraste, le convainquait en même temps de la faiblesse de sa propre nature. Ainsi, en ce domaine, comme en tous les autres de la vie spirituelle, nous ne pouvons « courir », « atteindre » et « remporter » le « prix de la vocation céleste » qu’avec l’Aide surnaturelle de la Grâce de Dieu ; et ceci selon le témoignage de l’apôtre même, qui écrit, non pas : « J’ai saisi… », mais : « J’ai été saisi…  par Jésus-Christ ».

  Après avoir parlé de la Lumière céleste, et de la Voix de Jésus qu’il avait entendue sur le chemin de Damas, l’apôtre Paul déclara pour sa défense : « En conséquence, roi Agrippa, je n’ai point résisté à la vision céleste : à ceux de Damas d’abord, puis à Jérusalem, dans toute la Judée, et chez les païens, j’ai prêché la repentance et la conversion à Dieu, avec la pratique d’œuvres dignes de la repentance… »  Act 26:19-20. Si donc Paul « ne résista point » à l’appel de Dieu, et si, à partir de ce moment-là, il reçut la force de « courir vers le but… », c’est précisément parce qu’il avait vécu l’expérience spirituelle d’avoir « été saisi par Christ ». Ceci s’éclaire par l’exhortation qu’il adressa à Timothée, en disant : « Combats le bon combat de la foi, saisis la vie éternelle, à laquelle tu as été appelé, et pour laquelle tu as fait une belle confession en présence d’un grand nombre de témoins… » I Tim 6:12. « Saisis la vie éternelle », écrit Paul. Il nous est possible de « saisir » un objet, la main d’une personne ou le sens d’un mot, mais « saisir » la Vie éternelle qui vient du Père, et que nous a donnée le Fils… ?  Comment pourrions-nous, en effet, saisir de notre propre initiative une Réalité divine plus grande que nous, infinie, et qui, tout en étant reçue au-dedans de nous, nous introduira, au-delà de notre existence terrestre, dans l’Éternité ?

  Cette démarche de « saisir » la vie éternelle, comme d’ailleurs toutes les vérités et les promesses de la Parole de Dieu, ne résulte donc pas d’une décision personnelle provenant de notre propre volonté. Car le fait de « saisir » quelque chose de la part de Dieu découle de ce que nous avons déjà été saisis par le besoin spirituel de cette chose ! Et c’est de ce besoin selon l’Esprit de Dieu que naît notre aspiration spirituelle aux choses préparées par Dieu. C’est ici le processus de l’Action divine dans le cœur de ceux qu’Il a rachetés, à savoir : le fait d’être saisi précède toujours celui de saisir.

  Prophétisant à Israël en des temps de grande impiété, Jérémie, épanchant son âme à l’Éternel, dit : « Tu m’as persuadé, Eternel, et je me suis laissé persuader ; tu m’as saisi, tu m’as vaincu. Et je suis chaque jour un objet de raillerie, tout le monde se moque de moi… » Jér 20:7 Jérémie exprima donc la manière dont il reçut l’Appel de Dieu : « Tu m’as persuadé… », « Tu m’as saisi… », et il le fut car il « se laissa persuader… ». Mais il ne se persuada pas lui-même, cette disposition résulta, non de sa propre initiative, mais du Dessein antérieur de Dieu qui l’avait déjà « connu avant qu’il fût formé », et « établi prophète des nations avant qu’il fût sorti du sein de sa mère » Jér 1:5. Ceci n’empêcha pas Jérémie d’exprimer ses craintes à l’annonce d’un tel ministère prophétique, en disant : « Ah ! Seigneur Éternel ! Voici, je ne sais point parler, car je suis un enfant… » Jér 1:6. Ainsi, il y a la part initiale de Dieu qui saisit et persuade, et la part de l’homme qui se laisse persuader et saisir ! Et cette préparation antérieure et intérieure du Plan divin en celui qui est appelé fait que l’Appel de l’Esprit de Dieu l’emporte sur les résistances de la chair.

  Dans le but « d’exciter la jalousie d’Israël », afin de ramener le peuple à Lui, l’Éternel, parlant au sujet d’autres peuples, déclare : « J’ai exaucé ceux qui ne me demandaient rien, je me suis laissé trouver par ceux qui ne me cherchaient pas… » Es 65:1. C’est lors de tels temps de crise que les vérités profondes de l’Action de Dieu nous sont révélées. Ainsi, alors que Jésus dit : « Demandez, et l’on vous donnera ; cherchez, et vous trouverez ; frappez, et l’on vous ouvrira. Car quiconque demande reçoit, celui qui cherche trouve, et l’on ouvre à celui qui frappe… » Matt 7:7-8, nous apprenons aussi par le prophète que, dans des situations particulières, « celui qui ne demande rien est exaucé… » et que « celui qui ne cherche pas trouve…» ! Nous savons que l’homme cherche Dieu, parce que Dieu le cherche, et là, nous apprenons que Dieu se laisse trouver par celui qui ne le cherche pas. Dans ces deux cas, pourtant, résident un point commun : le besoin spirituel de Dieu. Dans le premier cas, l’âme en est consciente, et dans le second, l’âme n’est pas consciente de ce besoin qui, cependant, est présent en elle ; besoin auquel Dieu a déjà répondu, c’est-à-dire exaucé, mais dont l’exaucement ne sera connu de cette âme qu’au jour où Dieu se révélera à elle par Sa Parole.

  Approfondissant cette vérité, nous apprenons de l’apôtre Paul au milieu de l’Aréopage, et disant : « Hommes athéniens, je vous trouve à tous égards extrêmement religieux. Car, en parcourant votre ville et en considérant les objets de votre dévotion, j’ai même découvert un autel avec cette inscription : A un dieu inconnu ! Ce que vous révérez sans le connaître, c’est ce que je vous annonce… » Act 17:22-23. Malgré le nombre de leurs dieux, les Grecs avaient confusément le sentiment d’en méconnaître d’autres, d’où cet autel dédié à un « dieu inconnu ». Ceci révélait, non seulement la crainte d’en oublier un, mais surtout leur insatisfaction provenant de tous ceux qu’ils connaissaient et invoquaient en vain, cette insatisfaction, n’était-ce point la nôtre jusqu’au jour où nous avons connu et cru en Jésus-Christ, notre Sauveur ? L’Écriture déclare, en effet : « En lui (Christ) nous sommes aussi devenus héritiers, ayant été prédestinés suivant la résolution de celui qui opère toutes choses d’après le conseil de sa volonté, afin que nous servions à la louange de sa gloire, nous qui d’avance avons espéré en Christ… » Eph 1:11-12. Le fait « d’avoir espéré d’avance en Christ » signifie que cette espérance se situe, non pas depuis, mais avant même notre rencontre avec Christ, d’où nous découvrons que, sans connaître Christ nous espérions déjà en Lui. En effet, notre recherche même des choses de ce monde, tous nos désirs personnels, nos espoirs différés ou déçus n’étaient que l’image altérée de notre espérance en Christ, encore inconnu de nous, espérance qui se révéla pleinement le jour où Christ Lui-même entra dans notre vie.

  Cette espérance, une fois révélée en Christ, nous accompagne toute notre vie et renouvelle notre aspiration spirituelle des choses d’En-Haut. C’est, en effet, à partir de la « vision céleste » que l’apôtre Paul reçut la force de remporter le prix de la « vocation céleste ». Chaque racheté du Seigneur a aussi été appelé à « voir » spirituellement. Alors que l’incroyant dit qu’il veut « voir » pour « croire », la Parole de Dieu, aussi étonnant que cela puisse paraître, dit la même chose au sujet du croyant, mais avec un cœur éclairé et dans un tout autre Esprit, l’Esprit du Seigneur. Jésus déclare, en effet : « La volonté de mon Père, c’est que quiconque voit le Fils et croit en lui ait la vie éternelle ; et je le ressusciterai au dernier jour… » Jean 6:40. Ici, au lieu de « croire et de voir », le fait de « voir », en effet, précède celui de « croire » ! Par ces paroles, Jésus indique une révélation intérieure de l’Esprit qui conduit à l’acte de croire. Il s’agit ici de « l’Esprit de sagesse et de révélation dans la connaissance de Dieu », Esprit par lequel Dieu « illumine les yeux de notre cœur… » Eph 1:17-18, en nous révélant intérieurement les choses célestes destinées à notre foi.

  Qui, en effet, connaît Dieu, si ce n’est celui qui a été « connu de Dieu… » Gal 4:9. Qui, véritablement, aime Dieu, si ce n’est celui qui a appris qu’il a été d’abord « aimé de Dieu… » I Jean 4:19. Et, d’ailleurs, qui peut consoler vraiment, si ce n’est celui qui a aussi eu besoin d’être lui-même consolé… » II Cor 1:3-4. Ainsi, toutes les choses que nous « saisissons » spirituellement sont celles, par lesquelles nous avons été nous-mêmes « saisis ».