M239 – REGARDE, QUELLES PIERRES …

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  « Lorsque Jésus sortit du temple, un de ses disciples lui dit : Maître, regarde, quelles pierres, et quelles constructions ! Jésus lui répondit : Vois-tu ces grandes constructions ? Il ne restera pas pierre sur pierre qui ne soit renversée… » Marc 13:1-2.

  Dans cette exclamation du disciple qui exprimait celle de tous les disciples, et qui était également celle de tous les Juifs, Jésus discerna le sentiment de fierté d’appartenir à une telle institution religieuse, Il discerna l’admiration des Israélites pour la beauté extérieure de la tradition plutôt que pour la relation spirituelle envers ce Lieu devant représenter la Présence du Dieu vivant et vrai. D’ailleurs, juste avant cette exclamation du disciple, Jésus, étant assis dans le temple en face du tronc, regardait la foule des Juifs qui y mettaient leurs offrandes jusqu’au moment où vint une « pauvre veuve » qui y mit ces « deux petites pièces » Marc 12:42. Ce fut cela qui retint l’attention de Jésus, et que les disciples ne remarquèrent pas. Ainsi, en disant à Jésus : « Maître, regarde… ! », le disciple pensait intéresser Jésus à ce qui, à ses propres yeux, valait la peine d’être admiré. Or, les disciples étaient encore loin de penser que seul un acte d’humilité, un renoncement secret, un sacrifice caché pouvaient attirer les Regards de leur Maître.

  L’esprit dans lequel les disciples admiraient l’architecture du temple n’était donc pas l’Esprit dans lequel Jésus le considérait, les disciples, en effet, n’avaient pas encore saisi que ce qui attirait leur regard n’attirait pas nécessairement celui de Jésus. Ceci nous révèle combien ils étaient éloignés de la Pensée de leur Maître en face des mêmes choses, comme aussi en face des vérités de la Parole, et des réalités du Royaume de Dieu. Peu avant la fête de Pâque, à Jésus, qui avait chassé du temple les bœufs, les brebis et les vendeurs de pigeons qui s’y trouvaient, les Juifs dirent : « Quel miracle nous montres-tu pour agir de la sorte ? Jésus leur répondit : Détruisez ce temple, et en trois jours je le relèverai. Les Juifs dirent : Il a fallu quarante-six ans pour bâtir ce temple, et toi, en trois jours tu le relèveras ! Mais il parlait du temple de son corps. C’est pourquoi, lorsqu’il fut ressuscité des morts, ses disciples se souvinrent qu’il avait dit cela, et ils crurent à l’Écriture et à la Parole que Jésus avait dite… » Jean 2:18-22. Nous apprenons ici la manière dont Jésus voyait le temple, et au-delà du temple… ! L’homme, en effet, ne voit que ce qui arrête son regard, Jésus voit ce que l’homme ne voit pas, Il voit l’invisible du visible. Ainsi, les disciples ne reçurent la compréhension spirituelle du temple détruit et rebâti qu’à partir de la Résurrection de Jésus, laquelle leur rappela, et raviva dans leur cœur, Ses propres Paroles même. C’est donc à partir de la Mort et de la Résurrection de Jésus, agissant au-dedans de nous par l’Esprit, que naît la compréhension « vivifiante » de la Parole de Dieu. Car chaque sens des Vérités de la Parole dans notre cœur ne se reçoit pas sans également une « mort » et une « résurrection » intérieures de notre intelligence, ce que l’Écriture appelle : « Renouvellement de l’intelligence… » Rom 12:2.

  Ce qui est grand, fort et beau frappe tout homme, même le croyant s’il ne demeure pas en communion avec Dieu qui sonde les cœurs et les reins. Envoyé par Dieu auprès d’Isaï, afin d’oindre David qui succédera au roi Saül, le prophète Samuel en voyant d’abord Éliab, le fils aîné, dit en lui-même : « Certainement, l’oint de l’Éternel est ici devant lui. Et l’Éternel dit à Samuel : Ne prends point garde à son apparence et à la hauteur de sa taille, car je l’ai rejeté. L’Éternel ne considère pas ce que l’homme considère ; l’homme regarde à ce qui frappe les yeux, mais l’Éternel regarde au cœur… » I Sam 16:6-7. Ainsi la seule apparence et la taille d’Éliab impressionnèrent Samuel, au point de voir en lui le futur roi d’Israël, et, pourtant, Samuel était prophète ! Il ressort de ceci que même l’homme spirituel peut être impressionné, et donc aussi influencé, s’il ne demeure pas à l’écoute de la Voix de l’Esprit-Saint qui corrige son jugement sur les personnes comme sur les événements.

  C’est donc dans une attente vigilante et éclairée que nous sommes appelés à discerner les signes de la Volonté de Dieu dans notre vie. À des Pharisiens qui demandaient à Jésus quand viendrait le Royaume de Dieu, Jésus répondit : « Le Royaume de Dieu ne vient pas de manière à frapper les regards. On ne dira point : Il est ici, ou : Il est là. Car voici, le Royaume de Dieu est au milieu de vous… » Luc 17:20-21. Ce qui « frappe les regards » est l’effet produit par ce qui est visible aux yeux des hommes, et correspond à la nature périssable de ce qui est humain, et non pas à la Nature invisible du Royaume éternel de Dieu. Or, ceux qui « voient » le Royaume de Dieu « au milieu d’eux », c’est-à-dire, ceux qui le discernent spirituellement au-dedans d’eux, n’auront pas besoin de le voir avec les yeux de la chair, quand le Royaume viendra. Car ce qui est spirituel est invisible, et la pensée même de chercher à « voir » ce qui est invisible, non seulement démontre la méconnaissance de ce qui est spirituel, mais peut révéler l’absence de ce qui est spirituel dans sa propre vie.

  Après qu’Il eut chassé les marchands du temple, l’Écriture rapporte que Jésus « enseignait et disait : N’est-il pas écrit : Ma maison sera appelée une maison de prière pour toutes les nations ? Mais vous, vous en avez fait une caverne de voleurs… » Marc 11:17. « Une Maison de prière », dit Jésus, non seulement pour Israël, mais également pour « toutes les nations ». Ces paroles durent frapper les Juifs qui les entendirent, leur rappelant leur vocation de témoins du Dieu vivant et vrai au milieu des nations. Ce sujet de fierté de la part des Juifs à l’égard du temple se prolonge jusqu’à nous dans des domaines qui nous sont propres. En effet, il est frappant de constater combien, parmi les croyants, sont encore sensibles aux titres et aux honneurs, au degré d’instruction ou à la position sociale de certaines personnes, au point de se comporter avec complaisance à leur égard, attitude à laquelle s’appliquent les paroles de Jacques, disant : « Supposez, en effet, qu’il entre dans votre assemblée un homme avec un anneau d’or et un habit magnifique, et qu’il y entre aussi un pauvre misérablement vêtu ; si, tournant vos regards vers celui qui porte l’habit magnifique, vous lui dites : Toi, assieds-toi ici à cette place d’honneur ! Et si vous dites au pauvre : Toi, tiens-toi là debout ! Ou bien : Assieds-toi au-dessous de mon marchepied ! Ne faites-vous pas en vous-mêmes une distinction, et ne jugez-vous pas sous l’inspiration de pensées mauvaises… ? » Jac 2:2-4. « Si, tournant vos regards… ». C’est donc encore là, ce même regard aujourd’hui, non pas au sujet de l’or et des ornements d’un temple, mais par le rang social de certaines personnes, non pas certes que ces choses soient mauvaises, mais elles révèlent le croyant dont la vue de ces choses altère son cœur et influence son comportement à l’égard de ces personnes mêmes. D’où il ressort que la « manière de regarder » révèle la nature, soit spirituelle, soit charnelle, du croyant.

  Le temple de l’Éternel était donc regardé par les Juifs comme étant un lieu de protection et de gloire de la nation. Il en est de même parmi les croyants de tous temps. Dieu, en effet, n’a pas plus tôt béni, visité son peuple, sauvé des âmes, agi avec Puissance, par Sa seule Grâce, qu’aussitôt les croyants regardent ces Manifestations comme étant une approbation de Dieu à leur égard. Or, la manière dont les Juifs « regardaient » le temple, qui une génération plus tard allait être détruit : Matt 24:2, annonce la manière de « regarder selon la chair », c’est-à-dire, d’accomplir selon ses propres vues le service de Dieu, ce qui peut être aussi l’une des causes de l’arrêt d’une œuvre pour Dieu. Car il n’est rien de plus subtil que l’admiration humaine pour annuler la perception de la pensée de l’Esprit.

  À des pharisiens, ayant vu les disciples arracher et manger des épis un jour de sabbat, et, le faisant remarquer à Jésus, Jésus dit : « N’avez-vous pas lu ce que fit David, lorsqu’il eut faim, lui et ceux qui étaient avec lui ; comment il entra dans la maison de Dieu, et mangea les pains de proposition, qu’il ne lui était pas permis de manger, non plus qu’à ceux qui étaient avec lui, et qui étaient réservés aux sacrificateurs seuls ? Ou, n’avez-vous pas lu dans la loi que, les jours de sabbat, les sacrificateurs violent le sabbat dans le temple sans se rendre coupables… ? » Matt 12:3-5. En effet, dit encore Jésus ailleurs : « Moïse vous a donné la circoncision, – non qu’elle vienne de Moïse, car elle vient des patriarches, – et vous circoncisez un homme le jour du sabbat… » Jean 7:22. C’est-à-dire, quand le huitième jour de la circoncision tombe précisément le jour du sabbat : Gen 17:12, qui est la cessation de toute activité, et réservé au service et à l’adoration de Dieu. C’est en cela que l’Évangile nous conduit de l’obéissance à la loi de Moïse et à l’obéissance de la foi en Jésus-Christ, et que s’éclaire alors ce que Jésus déclare, parlant de Lui-même : « Or, je vous le dis, il y a ici quelque chose de plus grand que le temple… » Matt 12:6. Mais, seul, le regard d’une personne « née de nouveau » peut s’en apercevoir.