M236 – SI TU LE VEUX …

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  « Jésus était dans une des villes ; et voici, un homme couvert de lèpre, l’ayant vu, tomba sur sa face, et lui fit cette prière : Seigneur, si tu le veux, tu peux me rendre pur. Jésus étendit la main, le toucha, et dit : Je le veux, sois pur. Aussitôt la lèpre le quitta. Puis il lui ordonna de n’en parler à personne. Mais, dit-il, va te montrer au sacrificateur, et offre pour ta purification ce que Moïse a prescrit, afin que cela leur serve de témoignage… » Luc 5:12-14.

  L’Évangile a ceci de particulier en ce que les Vérités qu’il nous apprend jaillirent, souvent, lors des entretiens de Jésus avec les personnes qu’Il rencontrait. Que ceux qui rencontraient Jésus fussent riches ou pauvres, instruits ou ignorants, malades ou bien portants, voleurs ou prostituées, hypocrites ou sincères, chaque entretien était l’occasion d’enseignements concernant la foi, le Royaume des cieux et la Parole de Dieu qui sauve et transforme. Ce fut donc aussi le cas avec ce lépreux qui, tombant sur sa face, fit cette prière à Jésus : « Seigneur, si tu le veux, tu peux me rendre pur… ! ». Par ces paroles : « Si tu le veux, tu peux ! », cet homme soulevait la grande question de la Volonté de Dieu, vérité certes connue et débattue, et, pourtant, si mystérieuse encore.

  Assurément, la souffrance de cet homme lépreux avait contribué à la maturité de son esprit, car sa prière à Jésus révèle déjà une connaissance profonde de lui-même et de Dieu. Il y est question, en effet, de deux Attributs divins, dont il est, entre autres, le plus parlé, à savoir, le rapport entre la Puissance et la Volonté de Dieu. Cet homme savait que la Puissance qui délivre dépend de la Volonté de Dieu, au point que, dans le cas où Jésus n’aurait pas eu l’intention de le guérir, celui-ci aurait accepté cette Volonté. Car la force d’accepter la raison pour laquelle Dieu n’exauce pas provient, elle aussi, de la compréhension même de la Volonté divine. C’est ainsi que la personne éprouvée fait l’expérience que la Consolation de Dieu est de la même Nature que Sa Puissance guérissante. Car ce n’est que dans l’épreuve que Jésus accomplit les Promesses des Béatitudes, qui révèlent l’authenticité du racheté qui en a saisi le sens et la portée éternelle, à savoir : « Heureux les affligés, car ils seront consolés… ! » Matt 5:4.

  L’attitude de ce lépreux nous apprend qu’en lui habitaient une certitude et une inconnue : une certitude dans le fait qu’il ne doutait, en aucun cas, de la Puissance de Dieu pour sa guérison, et une inconnue dans le fait qu’il ne connaissait pas, à ce moment-là, la Volonté de Dieu à son égard. Il eut donc, non seulement la foi, mais aussi la sagesse de la foi en mentionnant, dans sa prière, la Volonté de Dieu avant la Puissance en ce qui concerne sa délivrance de la part de Jésus. La compréhension de cet homme ne provenait pas d’un raisonnement, mais elle était le fruit d’une humilité aussi profonde que l’était la gravité de sa maladie. D’ailleurs, ne tomba-t-il pas sur sa face avant d’adresser sa prière à Jésus ? D’où l’on apprend bien-sûr que seule la prière selon la Volonté de Dieu sera exaucée, alors qu’un grand nombre de prières en dehors de cette Volonté ne le seront pas… même en forçant la Main de Dieu.

  Ainsi, la confiance de cet homme à la Volonté de Celui, dont il savait qu’Il peut tout, nous rappelle, dans une toute autre circonstance, les paroles de foi que les trois compagnons de Daniel adressèrent au roi Nebucadnetsar, qui fit chauffer sept fois plus la fournaise ardente, dans laquelle il les fit jeter : « … Voici, dirent-ils, notre Dieu que nous servons peut nous délivrer de la fournaise ardente, et il nous délivrera de ta main, ô roi. Sinon, sache, ô roi, que nous ne servirons pas tes dieux, et que nous n’adorerons pas la statue d’or que tu as élevée… » Dan 3:17-18. Par ces paroles, ils témoignèrent et de leur foi en la Puissance de Dieu capable de les délivrer et de leur confiance en Sa Volonté, quelle que soit la Décision de Dieu pour leur vie.

  Nous avons tous une idée, certes logique, mais humaine, de la Volonté et des exaucements de Dieu. Or, la délivrance selon la Pensée de Dieu se manifeste, non seulement dans le domaine visible et tangible, mais aussi dans le domaine spirituel et éternel. Ainsi, le cas des trois compagnons de Daniel, jetés dans le feu incandescent, montra que la délivrance « physique », qui eut lieu ensuite, fut précédée d’une Intervention « surnaturelle » de la part de Dieu à l’intention du roi Nébucadnetsar lui-même, lequel, regardant dans la fournaise et plein d’effroi, dit à ses conseillers : « N’avons-nous pas jeté au milieu du feu trois hommes liés ? Ils répondirent au roi : Certainement, ô roi ! Il reprit et dit : Eh bien, je vois quatre hommes sans liens, qui marchent au milieu du feu, et qui n’ont point de mal ; et la figure du quatrième ressemble à celle d’un fils des dieux… » Dan 3:24-25. Et, aussitôt, le roi s’empressa d’appeler Schadrac, Méschac et Abed-Négo, qui sortirent du milieu du feu.

  Il ressort donc de ce prodige que, dans un premier temps, ces hommes furent délivrés, non pas « de » l’épreuve, mais « dans » l’épreuve, c’est-à-dire à l’intérieur même de celle-ci. D’ailleurs, n’est-ce point, précisément, grâce à cette épreuve que ces hommes purent vivre cette expérience extraordinaire de la Présence de Dieu, elle aussi dans la fournaise avec eux ? Quant à nous, et quelle qu’en soit la durée, la Présence de Dieu, dans l’épreuve même, se révèle être une bénédiction aussi grande que la délivrance attendue.

  Il y a toutes sortes de prières, les unes en vue des choses terrestres, personnelles, tandis que d’autres exposent à Dieu des situations douloureuses, dramatiques. Or, il est à relever que, dans ce dernier cas, ce sont les croyants dont les sujets de prières sont graves, qui recherchent la Volonté de Dieu, plutôt que les croyants dont les prières ne concernent que les choses passagères. Car ces premiers, en revendiquant leurs « droits » même jusque dans la prière, renforcent leur « moi » au point qu’ils ne peuvent se soumettre à Dieu, et donc n’aspirent pas à connaître la Volonté divine. Mais l’homme spirituel, dont le « moi » de sa propre volonté a été crucifié, vainc alors ses propres résistances, et son approfondissement dans la Volonté divine fait toute sa joie.

  La prière de la foi se tient entre la Volonté et la Puissance de Dieu. Mais la Volonté de Dieu n’est pas indépendante de Sa Puissance. La volonté sans autorité n’est pas une volonté, car c’est précisément la puissance qui confère l’autorité à la volonté. A l’inverse, une puissance sans volonté agit sans plan ni but, elle n’est plus qu’une force anarchique et destructrice. La difficulté de connaître la Volonté de Dieu provient de l’erreur de penser que Sa Volonté se communique seulement en parole et sur ordre, or l’expression de la Volonté de Dieu est aussi une communication « sans paroles ». La Volonté divine, en effet, se révèle d’abord par la Parole de Dieu, elle est également comprise suivant la maturité spirituelle du croyant, laquelle le rend apte à recevoir la Pensée de l’Esprit de Dieu.

  La Volonté de Dieu s’opère, parfois, sans que ceux qui en sont les instruments ou les bénéficiaires en soient toujours conscients. L’Écriture rapporte que, comme Jésus « se mettait en chemin, un homme accourut, et, se jetant à genoux devant Lui : Bon Maître, lui demanda-t-il, que dois-je faire pour hériter la vie éternelle… ? » Marc 10:17. A ce moment-là précisément, Jésus avait pris la décision de quitter le lieu, même et les personnes auxquelles Il prêchait, afin de poursuivre sa route. Il semble, à nos yeux, que cet événement se produisît comme si Jésus ne se fût pas attendu à cette rencontre imprévue. Or, Jésus, qui s’était déjà mis en chemin, sut s’arrêter. Il sut se prêter à la situation qui se présentait. Il est des circonstances qui sont discernées comme faisant partie du Plan de Dieu, et s’il ne nous est pas toujours donné de connaître d’avance la Volonté de Dieu, celle-ci se fait connaître, alors, au moment où elle se manifeste, où parfois même après qu’elle s’est manifestée.

  La Volonté de Dieu, non seulement ordonne et dirige par Sa Parole, mais elle opère et entretient l’ouverture permanente de notre cœur à la voix silencieuse de l’Esprit de Dieu en nous. Aussi sommes-nous appelés à être ouverts aux directions de la Pensée divine en étant toujours intérieurement à l’écoute. Ainsi, plus nous sommes dans l’esprit de nous attendre à la Volonté de Dieu, et plus nous sommes en état de la comprendre.