M235 – DANS VOS CONSCIENCES …

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  « Connaissant donc la crainte du Seigneur, nous cherchons à convaincre les hommes ; Dieu nous connaît, et j’espère que dans vos consciences vous nous connaissez aussi. Nous ne nous recommandons pas de nouveau nous-mêmes auprès de vous ; mais nous vous donnons l’occasion de vous glorifier à notre sujet, afin que vous puissiez répondre à ceux qui tirent gloire de ce qui est dans les apparences et non dans le cœur… » II Cor 5:11-12.

  Ainsi qu’il en était des autres serviteurs de Dieu annonçant la Parole, l’apôtre Paul avait cette certitude que Dieu le connaissait, tout en espérant que ceux qui recevaient la Parole de sa bouche, le reconnaissaient aussi selon l’Esprit, en comprenant ce que Dieu lui avait révélé pour eux. Dans son amour pour ceux auxquels il prêchait, l’apôtre, parlant de lui, écrit aux Éphésiens : « A cause de cela, moi Paul, le prisonnier de Christ pour vous païens… si du moins vous avez appris quelle est la dispensation de la Grâce de Dieu, qui m’a été donnée pour vous. C’est par révélation que j’ai eu connaissance du mystère sur lequel je viens d’écrire en peu de mots. En les lisant, vous pouvez vous représenter l’intelligence que j’ai du mystère de Christ. Il n’a pas été manifesté aux fils des hommes dans les autres générations, comme il a été révélé maintenant par l’Esprit, aux saints apôtres et prophètes de Christ… » Eph 3:1-5. En s’adressant à l’intelligence spirituelle des croyants d’Éphèse, Paul avait la pensée de transmettre à leur conscience ce qu’il était lui-même, en tant qu’homme de Dieu, ainsi que de leur faire connaître le service qu’il occupait dans le Plan de Dieu pour eux. Seul l’Esprit-Saint révèle la Parole de Dieu, mais le discernement de l’authenticité de la personne qui l’apporte laisse une empreinte, une trace profonde de l’Œuvre de la Parole dans la conscience de ceux qui la reçoivent.

  Annoncer la Parole de Dieu est souvent une épreuve pour celui qui l’apporte, d’où le terme « d’oracle » au sujet de la Parole apportée par les prophètes. En Ésaïe 15:1 et en Malachie 1:1, « oracle » signifie, littéralement, une « charge », un « fardeau » à porter. Tout homme de Dieu, en effet, avant d’apporter la Parole doit, d’abord, la « porter » en son sein, c’est-à-dire, ressentir le « poids » de son action, de sa portée éternelle dans les cœurs qui doit être accompagnée par la prière, tenant compte de l’opposition qu’elle peut susciter. L’ange, dans l’Apocalypse, au sujet du « petit livre » dans sa main, dit à Jean : « Prends-le, et avale-le ; il sera amer à tes entrailles, mais dans ta bouche il sera doux comme du miel. Je pris le petit livre de la main de l’ange, et je l’avalai ; il fut dans ma bouche doux comme du miel, mais quand je l’eus avalé, mes entrailles furent remplies d’amertume. Puis on me dit : Il faut que tu prophétises de nouveau sur beaucoup de peuples, de nations, de langues et de rois… » Apo 10:9-11. D’où l’on apprend que l’homme de Dieu « fait corps » avec la Parole qu’il prêche, il l’accompagne du fardeau de la prière et éprouve en lui-même le travail intérieur de celle-ci dans les vies.

  Que ce soit par la prédication, l’écrit ou le témoignage, la Parole de Dieu est apportée avec compassion à ceux qui l’écoutent. Ainsi, au sujet de la prédication, l’apôtre Paul écrit aux Corinthiens : « Moi-même, j’étais auprès de vous dans un état de faiblesse, de crainte et de grand tremblement ; et ma parole et ma prédication ne reposaient pas sur les discours persuasifs de la sagesse, mais sur une démonstration d’Esprit et de puissance, afin que votre foi fût fondée, non sur la sagesse des hommes, mais sur la Puissance de Dieu… » I Cor 2:3-5. Et au sujet de la rédaction de ses épîtres, l’apôtre écrit : « C’est dans une grande affliction, le cœur angoissé, et avec beaucoup de larmes, que je vous ai écrit, non pas afin que vous fussiez attristés, mais afin que vous connussiez l’amour extrême que j’ai pour Vous… » II Cor 2:4. Quant à l’intercession, Paul écrit aux Colossiens : « Je veux, en effet, que vous sachiez combien est grand le combat que je soutiens pour vous, et pour ceux qui sont à Laodicée, et pour tous ceux qui n’ont pas vu mon visage en la chair, afin qu’ils aient le cœur rempli de consolation, qu’ils soient unis dans la charité, et enrichis d’une pleine intelligence pour connaître le mystère de notre Dieu, savoir Christ, mystère dans lequel sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la science… » Col 2:1-3. Il ressort de ces paroles que l’esprit, l’âme, le cœur, le corps même, l’être tout entier du serviteur de Dieu s’impliquent dans l’annonce de la Parole de Dieu, à l’exemple de l’apôtre encore, qui, en en faisant une application à sa personne, écrit : « Moi donc, je cours, non pas comme à l’aventure ; je frappe, non pas comme battant l’air. Mais je traite durement mon corps et je le tiens assujetti, de peur d’être moi-même rejeté, après avoir prêché aux autres… »    I Cor 9:26-27.

  Ainsi, à ces mêmes Corinthiens, Paul écrit : « Nous rejetons les choses honteuses qui se font en secret, nous n’avons point une conduite astucieuse, et nous n’altérons point la Parole de Dieu. Mais, en publiant la vérité, nous nous recommandons à toute conscience d’homme devant Dieu… » II Cor 4:2. Car, dit-il ailleurs : « Ce qui fait notre gloire, c’est ce témoignage de notre conscience, que nous nous sommes conduits dans le monde, et surtout à votre égard, avec sainteté et pureté devant Dieu, non point avec une sagesse charnelle, mais avec la grâce de Dieu. Nous ne vous écrivons pas autre chose que ce que vous lisez, et ce que vous reconnaissez. Et j’espère que vous le reconnaîtrez jusqu’à la fin, comme vous avez déjà reconnu en partie que nous sommes votre gloire, de même que vous serez aussi la nôtre au jour du Seigneur Jésus… » II Cor 1:12-14. Paul pouvait donc se recommander, parce que, dans sa propre conscience, il était lui-même « recommandable » à la conscience de ceux qui recevaient la Vérité de Dieu prêchée par lui. Dans la communication de la Parole, il y a une relation entre la conscience de celui qui parle et la conscience ceux qui écoutent sous la même Onction. Et la compréhension de la Parole est reçue en nous par ce qui nous est révélé de la Nature de Dieu par l’Esprit. Ainsi, nous comprenons ce que Dieu dit par la Révélation de ce que Dieu est.

  Les croyants sont-ils conscients, sont-ils en union d’esprit pour ressentir le poids qu’ils peuvent être sur le cœur des serviteurs que Dieu a appelés pour les nourrir de la Parole et pour intercéder pour eux ? Car la Prédication de la Croix est un combat quotidien contre les puissances invisibles, afin d’arracher les âmes aux séductions de ce monde. C’est là ce que vivait l’apôtre Paul qui, s’adressant aux Corinthiens, écrit : « Et, sans parler d’autres choses, je suis assiégé chaque jour par les soucis que me donnent toutes les églises. Qui est faible, que je ne sois faible ? Qui vient à tomber, que je ne brûle… ? » II Cor 11:28-29. Certes, il n’est pas demandé aux âmes de souffrir ce que souffre le serviteur de Dieu qui leur apporte la Parole, mais d’être sensibles à la Voix de l’Esprit, afin d’être marquées par l’empreinte de la prédication de la Vérité apportée, parfois, dans une souffrance cachée.

  Le don d’éprouver ce que les âmes éprouvent, de ressentir leur besoin spirituel suscite intérieurement un travail d’enfantement par le combat de l’intercession : « Mes enfants, écrit Paul aux Galates, pour qui j’éprouve de nouveau les douleurs de l’enfantement jusqu’à ce que Christ soit formé en vous, je voudrais être maintenant auprès de vous et changer de langage, car je suis dans l’inquiétude à votre sujet… » Gal 4:19-20. Au travers des douleurs de l’enfantement spirituel de l’apôtre, Christ était « formé » dans les croyants. Non point que Christ Lui-même doit être « formé » en nous, Lui qui est Le Parfait et Le Saint de Dieu, mais c’est nous-mêmes qui avons besoin d’être « formés » à Sa ressemblance, en discernant et en triomphant, avec Son Aide, de tout obstacle empêchant le développement intérieur de Sa Vie en nous.

  Il n’est pas de Plénitude divine sans la souffrance qui nous incite à y aspirer. Il ne s’agit pas de cette « satisfaction de soi » que le « moi » recherche, mais de la Plénitude d’En-Haut par laquelle s’opère la transformation intérieure de notre ressemblance au Fils de Dieu. Cette Plénitude a une répercussion vivifiante dans la communion fraternelle des rachetés, au sujet de laquelle Paul exhorte, en disant : « Notre bouche s’est ouverte pour vous, Corinthiens, notre cœur s’est élargi. Vous n’êtes point à l’étroit au dedans de nous ; mais vos entrailles se sont rétrécies. Rendez-nous la pareille, – je vous parle comme à mes enfants, – élargissez-vous aussi… ! » II Cor 6:11-13. Nous savons qu’il n’y a aucun « écho » dans un espace clos, ainsi en est-il de l’amour et de la vérité dans un cœur étroit. Il n’est pas de véritable amour fraternel sans « l’amour de la vérité », car lorsque l’amour dans nos cœurs et la Vérité dans nos consciences ne font qu’un, nous nous reconnaissons alors, les uns les autres, dans le même Dessein éternel de Dieu, notre Père.