M232 – L’ÉTERNEL NE NOUS VOIT PAS …

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  « Alors il me conduisit à l’entrée du parvis. Je regardai, et voici, il y avait un trou dans le mur. Et il me dit : Fils de l’homme, perce la muraille ! Je perçai la muraille, et voici, il y avait une porte. Et il me dit : Entre, et vois les méchantes abominations qu’ils commettent ici ! J’entrai, et je regardai ; et voici, il y avait toutes sortes de figures de reptiles et de bêtes abominables, et toutes les idoles de la maison d’Israël, peintes sur la muraille tout autour. Soixante-dix hommes des anciens de la maison d’Israël, au milieu desquels était Jaazania, fils de Schaphan, se tenaient devant ces idoles, chacun l’encensoir à la main, et il s’élevait une épaisse nuée d’encens. Et il me dit : Fils de l’homme, vois-tu ce que font dans les ténèbres les anciens de la maison d’Israël, chacun dans sa chambre pleine de figures ? Car ils disent : L’Éternel ne nous voit pas, L’Éternel a abandonné le pays. Et il me dit : Tu verras encore d’autres grandes abominations qu’ils commettent… » Ez 8:7-8.

  Le prophète Ézéchiel reçut de l’Éternel la vision de l’apostasie, non seulement des petits et des grands, mais surtout des religieux du peuple d’Israël. Des cultes étaient rendus aux idoles par des invocations aux puissances invisibles, et cela dans les chambres mêmes de la Maison de Dieu. Ces pratiques occultes eurent pour conséquence d’entraîner le peuple dans l’infidélité, à laquelle d’ailleurs il ne résista pas. Ainsi, le peuple pensait que l’Éternel avait abandonné le pays, alors qu’ils s’étaient eux-mêmes éloignés de Lui. De là leur parole : « L’Éternel ne nous voit pas… ». Parole inspirée de la mauvaise foi, qui révèle l’hypocrisie propre au croyant charnel qui, par contre, mettra tous ses soins à présenter une apparence de piété aux yeux d’autrui. C’est en cela que le croyant charnel craint davantage les hommes qui le voient, que Dieu, dont il pense ne pas être vu.

  L’Éternel révéla donc au prophète ce que faisait « chacun dans sa chambre, pleine de figures… ». D’où l’on apprend qu’il n’est pas nécessaire de sortir de chez soi pour se perdre, et que, déjà, l’on peut pécher sous son propre toi. Ésaïe le prophète déclare : « Malheur à ceux qui cachent leurs desseins pour les dérober à l’Eternel, qui font leurs œuvres dans les ténèbres, et qui disent : Qui nous voit et qui nous connaît ? Quelle perversité est la vôtre… ! » Es 29:15-16. Le fait de penser que nous ne serions pas vus de l’Éternel, dans certaines situations que nous sommes seuls à connaître, nous amène à ne pas veiller sur nous-mêmes. Or, n’est-il pas écrit : « Ne suis-je un Dieu que de près, dit l’Éternel, et ne suis-je pas aussi un Dieu de loin ? Quelqu’un se tiendra-t-il dans un lieu caché, sans que je le voie ? Ne remplis-je pas, moi, les cieux et la terre ? dit l’Éternel… » Jér 23:23-24.

  Babylone, pareillement, exprima les mêmes paroles à Jérusalem, révélant par là sa nature rebelle par ses pratiques magiques : « Tu avais confiance dans ta méchanceté, s’écrie Esaïe, tu disais : Personne ne me voit ! Ta sagesse et ta science (occulte) t’ont séduite. Et tu disais en ton cœur : Moi, et rien que moi… ! » Es 47:10. « Personne ne me voit… ». La pensée de n’être vu ni de Dieu ni des hommes engendre un sentiment d’impunité et de fausse sécurité, et donc des comportements répréhensibles, dans lesquels le cœur et la conscience ne sauraient être en repos ni en paix. De là les fausses excuses et justifications, afin de masquer le trouble intérieur. Faute donc de véritable assurance spirituelle pour contrebalancer ce trouble, l’on use d’une propre assurance en érigeant ses propres vérités. C’est en ceci que se retrouve dans le cœur la présomption de Babylone, disant : « Moi, et rien que moi… ! ».

  Il est diverses dispositions suivant lesquelles l’on pense ne pas pouvoir être vu de Dieu. Tel se croit trop insignifiant, pour que Dieu prenne la peine de le voir, cependant, le Psalmiste s’écrie devant l’Éternel : « Quand je contemple les cieux, ouvrage de tes mains, la lune et les étoiles que tu as créées : Qu’est-ce que l’homme, pour que tu te souviennes de lui ? Et le fils de l’homme, pour que tu prennes garde à lui… ? » Ps 8:4-5. Tel autre à cause de ses faiblesses ne se sent pas digne d’être vu de Dieu, or Esaïe déclare : « Ainsi parle le Très-Haut, dont la demeure est éternelle et dont le nom est saint : J’habite dans les lieux élevés et dans la sainteté ; mais je suis avec l’homme contrit et humilié, afin de ranimer les esprits humiliés, afin de ranimer les esprits contrits… » Es 57-15. Et il y a, à l’inverse, celui qui ne veut pas être vu de Dieu, et qui se cache loin de Lui ! Et pourquoi se cache-t-il ? Parce qu’il a peur, et il a peur parce qu’il sait qu’il désobéit à Dieu. En effet, après avoir désobéi en mangeant le fruit défendu, Adam et Ève, dit l’Écriture : « … se cachèrent loin de la face de l’Éternel Dieu, au milieu des arbres du jardin. Mais l’Éternel Dieu appela l’homme, et lui dit : Où es-tu ? Il répondit : J’ai entendu ta voix dans le jardin, et j’ai eu peur, parce que je suis nu, et je me suis caché… » Gen 3:8-10. Ainsi, le fait même de se cacher pour ne pas être vu de Dieu révèle la peur d’une conscience qui se sent reprise ! Jésus dit, en effet : « Quiconque fait le mal hait la lumière, et ne vient point à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient dévoilées ; mais celui qui agit selon la vérité vient à la lumière, afin que ses œuvres soient manifestées, parce qu’elles sont faites en Dieu… » Jean 3:20-21. Ainsi, celui qui ne veut pas être vu de Dieu, ne veut pas L’entendre non plus, car cette Lumière qui perce nos ténèbres et révèle ce qui est caché est la Parole de la Vérité, qui, elle-même, est « Lumière ».

  Il ressort de tout ceci que celui qui n’a pas conscience d’être vu de Dieu ne peut voir en lui-même spirituellement, tandis que celui qui se sait être vu d’En-Haut a la vision spirituelle en lui des choses de Dieu. La conscience d’être vus de Dieu nous donne la sagesse de ne pas chercher autre chose que ce que Dieu veut nous révéler de nous-mêmes. C’est là ce que vécut Agar, fuyant Sara, et que l’ange de l’Éternel exhorta à retourner vers sa maîtresse. En effet, après avoir appelé « Atta-El-Roï (c’est-à-dire : Tu es le Dieu qui me voit) le Nom de l’Éternel qui lui avait parlé, Agar dit alors : Ai-je rien vu ici, après qu’il m’a vue…? C’est pourquoi l’on a appelé ce puits, le puits de Lachaï-Roï  (ce qui signifie : Au Vivant qui me voit)… » Gen 16:13-14. Ainsi, après avoir été vue de Dieu, Agar, en effet, eut la révélation de sa destinée et de celle de son fils, Ismaël, qui devait naître.

  Le fait que Dieu voit exerce une action dans le cœur de celui qui est vu est aussi pleinement démontré lors de la rencontre de Nathanaël avec Jésus. Jésus, dit l’Écriture, « voyant venir à lui Nathanaël, dit de lui : Voici vraiment un Israélite, dans lequel il n’y a point de fraude. D’où me connais-tu ? lui dit Nathanaël. Jésus lui répondit : Avant que Philippe t’appelât, quand tu étais sous le figuier, je t’ai vu. Nathanaël répondit et lui dit : Rabbi, Tu es le Fils de Dieu, tu es le Roi d’Israël. Jésus lui répondit : Parce que je t’ai dit que je t’ai vu sous le figuier, tu crois ; tu verras de plus grandes choses que celles-ci. Et il lui dit : En vérité, en vérité, vous verrez désormais le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre sur le Fils de l’homme… » Jean 1:47-51. Ainsi, la Révélation de Jésus faite à Nathanaël, d’avoir été vu dans une situation connue que de lui seul, eut en lui pour effet de reconnaître Jésus comme étant le Fils de Dieu.

  L’Écriture nous apprend où et comment nous pouvons être certains d’être vus de Dieu. Jésus dit, en effet : « Quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ne sache pas ce que fait ta droite, afin que ton aumône se fasse en secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra… » Matt 6:3-4. Jésus dit aussi : « Quand tu pries, entre dans ta chambre, ferme ta porte, et prie ton Père, qui est là dans le lieu secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra… » Matt 6:6. Et encore : « Quand tu jeûnes, parfume ta tête et lave ton visage, afin de ne pas montrer aux hommes que tu jeûnes, mais à ton Père qui est là dans le lieu secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra… » Matt 6:17-18. Ainsi, que ce soit au sujet de l’aumône, de la prière ou du jeûne, Jésus met l’accent sur le fait que nous sommes vus avant d’être entendus par notre Père céleste, qui « nous le rendra » selon le temps et de la manière qu’il aura, Lui et non pas nous, décidé.

  Il en est beaucoup qui n’ont pour toute recherche que celle de « voir » la Gloire de Dieu seulement dans les Manifestations de Ses signes et de Ses miracles. Or, n’est-il pas plus grande bénédiction, avec d’autres, de la part de Dieu que celle d’être vus de Lui, de recevoir Son Regard favorable sur notre vie ? L’Écriture nous apprend que ce n’est pas par nous-mêmes, ni par une méthode quelle qu’elle soit, que Dieu nous voit, mais simplement en nous tenant dans le lieu secret. Voulons-nous donc avoir la certitude d’être vus du Père ? Entrons donc dans le lieu secret, cachons-nous aux yeux des hommes, cachons-nous nous-mêmes à nos propres yeux ! Car la certitude intérieure consiste en ce que le Père céleste nous voit, non seulement dans le lieu secret, mais, plus encore, dans le secret même de notre cœur qui prie.