M228 – JE TE DEMANDE DEUX CHOSES …

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  « Je te demande deux choses : ne me les refuse pas, avant que je meure ! Éloigne de moi la fausseté et la parole mensongère ; ne me donne ni pauvreté, ni richesse, accorde-moi le pain qui m’est nécessaire, de peur que, dans l’abondance, je ne te renie et ne dise : Qui est l’Éternel ? Ou que, dans la pauvreté, je ne dérobe, et ne m’attaque au nom de mon Dieu… » Prov 30:7-9.

  Agur, dans sa demande à Dieu, résume ce en quoi consiste la prière du croyant, qui tend à parvenir à la mesure de la Stature parfaite de Christ. Ces paroles de sagesse du « fils de Jaké » Prov 30:1, nous révèlent l’aspiration profonde de tout homme spirituel. Certes, avant d’être l’Exemple à suivre, Jésus est le Sauveur qui nous pardonne, car il est impossible d’espérer ressembler à Jésus sans être d’abord transformés par Lui. Agur, sous l’Ancienne Alliance, ne put recevoir dans sa vie cet accomplissement du Sauveur à venir, mais il en connaissait la Promesse, qui suffit alors à lui inspirer la recherche de plaire à Dieu. A plus forte raison, nous qui avons été purifiés par le Sang de Jésus et qui avons reçu l’Esprit du Père, pouvons-nous donc être d’autant plus animés du désir d’être agréables à Dieu. 

  « Je te demande deux choses… ». Ces deux choses contiennent donc toutes les choses que nous pouvons demander en vue de l’approfondissement et de l’accroissement de notre vie spirituelle : « Éloigne de moi la fausseté et la parole mensongère… ». Il est frappant de constater que le mensonge, dont veut se garder Agur, est le premier des péchés, auquel nous avons précisément à renoncer en conséquence directe du « dépouillement de notre vieil homme » et de notre « revêtement de l’homme nouveau », ainsi que le dit l’apôtre Paul aux Éphésiens : « C’est en lui (Jésus) que vous avez été instruits à vous dépouiller, eu égard à votre vie passée, du vieil homme qui se corrompt par les convoitises trompeuses, à être renouvelés dans l’esprit de votre intelligence, et à revêtir l’homme nouveau, créé selon Dieu dans une justice et une sainteté que produit la vérité. C’est pourquoi, renoncez au mensonge, et que chacun de vous parle selon la vérité à son prochain ; car nous sommes membres les uns des autres… » Eph 4:21-25, ainsi qu’aux Colossiens : « Ne mentez pas les uns aux autres, vous étant dépouillés du vieil homme et de ses œuvres, et ayant revêtu l’homme nouveau, qui se renouvelle, dans la connaissance, selon l’image de celui qui l’a créé… » Col 3:9-10.

  Le mensonge, en effet, ne saurait habiter le cœur de celui qui est né de l’Esprit de Dieu ; parce que l’esprit de mensonge est de la même nature que l’esprit du diable qui est l’adversaire de nos âmes, selon les paroles mêmes de Jésus, disant : « Vous avez pour père le diable, et vous voulez accomplir les désirs de votre père. Il a été meurtrier dès le commencement, et il ne se tient pas dans la vérité, parce qu’il n’y a pas de vérité en lui. Lorsqu’il profère le mensonge, il parle de son propre fonds ; car il est menteur et Père du mensonge… » Jean 8:44. Ceci explique la gravité de la fausseté, car le mensonge, non seulement est le contraire de la vérité, mais vise à la disparition même de celle-ci. De même, non seulement « l’esprit d’erreur » combat « l’Esprit de Vérité », mais il tente de prendre la place de l’Esprit de Dieu dans les cœurs. Ceci ne peut que nous éclairer sur les conséquences qu’entraîne tout mensonge, que ce soit un gros mensonge, un petit mensonge, un demi-mensonge, un  « pieux » mensonge ou quelque autre, par lesquels l’adversaire éteint insensiblement la vie spirituelle d’un croyant qui ne veille pas.

  L’Œuvre que la Parole de Dieu opère en nous constitue un témoignage en vue d’aider autrui. Quel témoignage recevons-nous donc d’Agur, sachant que chacun d’entre nous a un chemin et une vocation qui lui sont propres. Sa vie, et donc notre vie, reposent sur cette parole qu’il reçut, disant : « Toute parole de Dieu est éprouvée. Il est un bouclier pour ceux qui cherchent en lui un refuge. N’ajoute rien à ses paroles, de peur qu’il ne te reprenne et que tu ne sois trouvé menteur… » Prov 30:5-6. « N’ajoute rien… » dit Agur. Il y a, en effet, tant de façons d’ajouter à la Parole de Dieu ; et non seulement nos paroles, mais également nos pensées, nos préjugés, nos préventions, nos projets, nos réserves, nos doutes, nos fuites, nos impatiences, enfin, tout simplement, nos attitudes. Et à cela, Agur de conclure « … de peur que Dieu ne te reprenne et que tu ne sois trouvé menteur… » Ceci ne nous éclaire-t-il pas ces paroles de Jésus, disant : « Que votre parole soit oui, oui, non, non ; ce qu’on y ajoute vient du malin… » Matt 5:37. « Ce qu’on y ajoute… », ce sont des paroles, mais ce peut être aussi des… silences.

  La richesse et la pauvreté sont des réalités constantes de la vie ; Agur dut déjà se déterminer par rapport à elles. Comme il eût été contradictoire de prier pour recevoir la richesse et la pauvreté, en même temps, ou l’une après l’autre, il trouva donc plus logique de refuser, et la richesse et la pauvreté, afin de pouvoir, en quelque sorte, vivre « entre les deux ». Et c’est là ce qu’Agur choisit de demander à Dieu, car il était conscient que l’abondance est susceptible de susciter l’ingratitude et l’oubli de Dieu, et que la pauvreté peut conduire à un comportement répréhensible, à la révolte contre Dieu. Agur était suffisamment humble pour s’avouer n’être pas sûr de ses sentiments et de ses réactions en de telles situations. En fait, sa prière de n’être ni riche ni pauvre s’accorde avec l’exhortation de Jacques, disant : « Si quelqu’un d’entre vous manque de sagesse, qu’il la demande à Dieu, qui donne à tous simplement et sans reproche, et elle lui sera donnée… » Jac 1:5. Ces paroles permettent tous les espoirs, car le fait même de demander la sagesse, comme toute autre chose d’ailleurs, c’est reconnaître que l’on en manque, et le reconnaître est déjà un commencement de la sagesse.

  La richesse et la pauvreté sont choses contraires, et Agur s’efforça de marcher entre ces « contraires » survenant sur sa route. Mais peut-on échapper aux extrêmes en cette vie ? L’apôtre Paul lui-même écrit aux Philippiens : « … J’ai appris à être content de l’état où je me trouve. Je sais vivre dans l’humiliation, et je sais vivre dans l’abondance. En tout et partout j’ai appris à être rassasié et à avoir faim, à être dans l’abondance et à être dans la disette. Je puis tout par celui qui me fortifie. Cependant, vous avez bien fait de prendre part à ma détresse… » Phil 4:11-14. Une telle « piété avec le contentement… » I Tim 6:6, est la manifestation même de l’humilité, et un tel équilibre spirituel ne peut que provenir d’une âme qui connaît ses propres limites. Or, l’âme équilibrée ne peut être qu’une âme humble, car seule l’âme humble reconnaît ses limites.

  L’homme qui ne connaît pas ses limites, c’est-à-dire, qui ne se connaît pas lui-même, court à l’erreur ou à la chute. Un exemple douloureux de cela est le comportement présomptueux de l’apôtre Pierre à l’égard de Jésus, lequel parlait de Son jugement et de Ses souffrances à venir, et à qui Pierre répondit : « Quand tu serais pour tous une occasion de chute, tu ne le seras jamais pour moi… », et encore : « Quand il me faudrait mourir avec toi, je ne te renierai pas. Et tous les disciples dirent la même chose… » Matt 26:33, 35. Et, pourtant, c’est ce qu’il fit, et cela par trois fois. Car l’homme qui ne se connaît pas lui-même a une propre assurance, et ramène toutes choses à sa propre compréhension, même les Desseins de Dieu. Le trompeur, le séducteur de cette âme, c’est elle-même, sa propre sincérité, car la sincérité non éclairée fait commettre plus d’erreurs que l’ignorance et que la sottise. En fait, reconnaître ses limites et se soumettre au Seigneur Jésus qui y remédie par sa Grâce, c’est là l’humilité qui garde le racheté dans la victoire. 

  En ce qui concerne l’humilité, Agur la dépeignit par ces paroles qui éclairent sa demande à Dieu : « Certes, dit-il, je suis plus stupide que personne, et je n’ai pas l’intelligence d’un homme ; je n’ai pas appris la sagesse, et je ne connais pas la science des saints. Qui est monté aux cieux, et qui en est descendu ? Qui a recueilli le vent dans ses mains ? Qui a serré les eaux dans son vêtement ? Qui a fait paraitre les extrémités de la terre ? Quel est son nom, et quel est le nom de son fils ? Le sais-tu…? »   Prov 30:2-4. La véracité et la profondeur de ces paroles nous amènent à découvrir une chose paradoxale. Le croyant légaliste, comme le croyant charnel, se considère souvent plus parfait que ses frères et sœurs en la foi, mais démontre une connaissance et une compréhension « éteintes » des choses spirituelles. Tandis qu’Agur, même dans ses interrogations, pressentit la Révélation et la Puissance du Nom de Dieu (Yahvéh), et même du Nom de Son Fils (Jésus), qui vint parmi nous.

  Le croyant spirituel, conscient donc de ses limites et de ses faiblesses, laisse d’autant plus toute la place en son cœur à la Vision intérieure de la Pensée de « l’Esprit qui sonde tout, même les profondeurs de Dieu… » I Cor 2:10. Et il discerne, dans les circonstances qui sont les siennes, la Main du Seigneur, qui opère dans sa vie une Œuvre intérieure dont l’éternité est le But ! Est-il plus grande bénédiction qu’une humilité éclairée… ?