M223 – TU SAIS TOUTES CHOSES …

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  « Après qu’ils eurent mangé, Jésus dit à Simon Pierre : Simon, fils de Jonas, m’aimes-tu plus que ne m’aiment ceux-ci ? Il lui répondit : Oui, Seigneur, tu sais que je t’aime. Jésus lui dit : Pais mes agneaux. Il lui dit une seconde fois : Simon, fils de Jonas, m’aimes-tu ? Pierre lui répondit : Oui, Seigneur, tu sais que je t’aime. Jésus lui dit : Pais mes brebis. Il lui dit pour la troisième fois : Simon, fils de Jonas, m’aimes-tu ? Pierre fut attristé de ce qu’il lui avait dit pour la troisième fois : M’aimes-tu ? Et il lui répondit : Seigneur, tu sais toutes choses, tu sais que je t’aime. Jésus lui dit : Pais mes brebis… » Jean 21:15-17.

  C’était la troisième fois que Jésus se montrait à Ses disciples depuis qu’il était ressuscité des morts. Les disciples réalisaient-ils vraiment qu’ils mangeaient avec le même Seigneur, toutefois différent, parce que ressuscité et qui devait être bientôt enlevé au ciel du milieu d’eux ? Un tel Participant à une telle agape fut un fait unique dans l’histoire des hommes, et ne pouvait que se manifester d’une manière particulière. En effet, Jésus demanda à Pierre, et cela pour la première fois, s’il L’aimait, lui, Pierre, « plus que » les autres ? Et quels étaient ces autres ? Les apôtres avec lesquels Pierre était dès le commencement ! Il ne fut pas aisé à Pierre de répondre à une telle question, à savoir, s’il aimait Jésus plus que ceux qui étaient avec lui. En effet, quant à nous-mêmes, pouvons-nous savoir si notre amour, notre obéissance, notre sanctification ou notre zèle sont « plus grands » que ceux de nos frères et sœurs en la foi ? Dieu seul connaît les cœurs, ainsi que Jésus qui « savait lui-même ce qui était dans l’homme… » Jean 2:25, et n’avait pas besoin de les interroger, ni de s’interroger Lui-même sur eux. Et, cependant, Pierre répondit : « Oui, Seigneur, tu sais que je t’aime… ».

  Ce fut donc avec sincérité que Pierre répondit à Jésus. Pensait-il que son amour était sans faille ? Cependant, par ses réponses suivantes, Pierre laisse apparaître que Jésus connaissait mieux que lui-même la vraie nature de son amour envers Lui. Dieu, en effet, connaît la fermeté ou la faiblesse, parfois les deux en même temps, de nos sentiments et de nos résolutions pour Lui. Aussi, Pierre fut-il donc « attristé » quand Jésus lui demanda pour la troisième fois : « M’aimes-tu… ? ». Or, c’est à cela que Jésus voulait que Pierre en arrivât, afin que Ses questions successives lui remissent en mémoire un événement douloureux de son passé récent. En effet, par trois fois, Jésus demanda à Pierre s’il L’aimait. Ces répétitions de Jésus sont à mettre en rapport avec les Paroles qu’Il adressa à Pierre quelques temps auparavant, en disant : « Je te le dis en vérité, cette nuit même, avant que le coq chante, tu me renieras trois fois… » Matt 26:34. Ces trois questions que Jésus adressa à Pierre ne lui rappelèrent-elles point ses trois reniements ? Ceci éclaire pourquoi Pierre, répondant à Jésus, dit : « Seigneur, tu sais toutes choses, tu sais que je t’aime… ». Ces paroles : « Tu sais toutes choses… » sous-entendent beaucoup de choses ! Elles sous-entendent, non seulement ce que Pierre savait sur lui-même, mais plus encore ce qu’il ne savait pas, et que seul Jésus savait. Aussi longtemps qu’il n’avait pas encore compris cela, Pierre agissait toujours avec présomption ou précipitation. Bien souvent dans notre vie, des Paroles de l’Écriture, des Pensées de l’Esprit-Saint nous attristent pour notre bien, parce qu’elles nous remettent en mémoire certaines faiblesses ou chutes dans le temps passé, afin que, dans le temps présent, nous soyons libérés de notre propre justice et de notre propre assurance.

  Jésus, juste avant d’annoncer le reniement de Pierre, lui dit : « Simon, Simon, Satan vous a réclamés, pour vous cribler comme le froment. Mais j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point ; et toi, quand tu seras converti, affermis tes frères… » Luc 22:31-32. « Quand tu seras converti » dit Jésus, le texte se traduit littéralement par : « Quand tu seras revenu ». Mais « revenu » de quoi ? De quel « criblage » ? De celui, déjà, d’avoir renié Jésus dans les circonstances que l’on sait, quand, après être sorti de la cour du souverain sacrificateur, Pierre « pleura amèrement… » Matt 26:75. C’est d’une telle chute que Pierre est « revenu », c’est par de tels pleurs qu’il « se convertira ». L’on comprend qu’après avoir commis une telle faute, l’apôtre Pierre, mûri par le repentir et l’humilité, ait été à même d’affermir ses frères, c’est-à-dire, de paître les « agneaux » et les « brebis » dont lui a parlé Jésus, lorsqu’Il le sonda au sujet de son amour pour Lui.

  Comme en chacun de Ses disciples, Jésus œuvra en Pierre jusqu’à ce qu’il fût à même de porter le fardeau de son appel au Service de Dieu. Le moment était donc venu pour lui de connaître certaines des choses que Dieu lui réservait. Pierre avait déjà manifesté des faiblesses, dont il ne soupçonnait pas en lui l’existence, et qui eurent pour conséquence de le rendre plus attentif à la Voix du Seigneur, conformément à l’expérience du Psalmiste, disant : « Avant d’avoir été humilié, je m’égarais ; maintenant, j’observe ta parole… » Ps 119:67. Et, dans ce même but, Jésus, s’adressant à Pierre, dit : « En vérité, en vérité, je te le dis, quand tu étais plus jeune, tu te ceignais toi-même, et tu allais où tu voulais ; mais quand tu seras vieux, tu étendras tes mains, et un autre te ceindra, et te mènera où tu ne voudras pas. Il dit cela pour indiquer par quelle mort Pierre glorifierait Dieu. Et, ayant ainsi parlé, il lui dit : Suis-moi… » Jean 21:18-19. Entre ce « où tu voulais » et ce « où tu ne voudras pas », il y a cet « autre » qui ceindra les mains étendues de l’apôtre. Ainsi entre ces deux attitudes, en Pierre  se sont opérés le renoncement à lui-même et la soumission de sa propre volonté à la Volonté de Dieu. C’est en de telles situations révélatrices que nous sommes amenés à apprendre, et à accepter ce que Dieu sait dans et pour nos vies.

  Les Paroles de Jésus, qui remirent en question l’amour de Pierre envers Lui, annonçaient déjà la manière dont l’Esprit-Saint allait convaincre les hommes en ce qui concerne « le péché, la justice et le jugement » Jean 16:8, ainsi que les choses répréhensibles dans la vie des croyants. En tant que rachetés, nous avons besoin de vivre les Vérités de la Parole, parce qu’elles proviennent de l’Esprit de Dieu ; or, spirituelles, elles le sont, mais, nous-mêmes, vivons-nous spirituellement ces Vérités ? C’est la raison pour laquelle Dieu épure nos cœurs, afin de redonner Vie en nous-mêmes par les  choses que nous connaissons de Lui ; car nous avons besoin de recevoir des connaissances nouvelles, afin d’être précisément « transformés par le renouvellement de l’intelligence… » Rom 12:2. Pierre pensait aimer Jésus, et il était sincère, aussi fut-il donc attristé, car il lui semblait que Jésus doutait de son amour pour Lui. En vérité, Pierre comprit que ce n’était pas seulement Jésus qui doutait de lui, mais que, inconsciemment, il doutait aussi de lui-même ! Or, c’était à cette découverte de lui-même que l’Esprit-Saint voulait amener Pierre. L’Esprit de Dieu interroge jusqu’à ce que l’homme lui-même s’interroge.

  Quelle conséquence spirituelle, la connaissance de nous-mêmes révélée par le Seigneur, peut-elle produire en nous ? Nous stimule-t-elle ou nous décourage-t-elle ? Ce que nous apprenons de Dieu dérange toujours quelque chose au-dedans de nous, car l’Esprit de Dieu reçu en nous ne peut cohabiter avec ce qui lui serait encore étranger. La solution spirituelle à cela est exprimée par ces paroles prophétiques, disant : « Une fois encore j’ébranlerai non seulement la terre, dit l’Éternel, mais aussi le ciel. Ces mots : Une fois encore, indiquent le changement des choses ébranlées, comme étant faites pour un temps, afin que les choses inébranlables subsistent… » Héb 12:26-27. Dans le cheminement de notre vie spirituelle, il est des choses reçues qui sont destinées à demeurer jusqu’au terme, tandis que d’autres le sont jusqu’à un certain temps fixé, et qui, au temps du changement, doivent être « ébranlées », afin de laisser la place à celles « inébranlables ». Ainsi, beaucoup de choses authentiques se révèlent « ébranlables » après un certain temps, parce qu’elles sont utiles et appropriées uniquement à chaque période différente de la croissance de notre vie spirituelle, suivant en cela l’exemple même de l’apôtre Paul, disant : « Lorsque j’étais enfant, je parlais comme un enfant, je pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant ; lorsque je suis devenu homme, j’ai fait disparaître… ce qui était de l’enfant… » I Cor 13:11.

  En vérité, Dieu « sait toutes choses », Il connaît donc les « choses ébranlables » en nous qui doivent faire place aux « choses inébranlables ». Et ces changements se manifestent par des périodes de crises, le plus souvent au travers d’erreurs, de faiblesses ou d’épreuves qui nous pressent alors à rechercher ce qui est durable et éternel, c’est-à-dire, le contraire de ce que nous sommes charnellement. Aussi, comme l’apôtre Pierre, avons-nous dû apprendre la différence entre : aimer « affectivement » et aimer « spirituellement » Jésus, et ainsi à passer de l’amour émotionnel à l’amour spirituel, et ce qu’implique dans toute notre vie cet Amour selon l’Esprit.