M221 – IL NE NOUS SUIT PAS …

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  « Jean lui dit : Maître, nous avons vu un homme qui chasse des démons en ton nom ; et nous l’en avons empêché, parce qu’il ne nous suit pas. Ne l’en empêchez pas, répondit Jésus ; car il n’est personne qui, faisant un miracle en mon nom, puisse aussitôt après parler mal de moi. Qui n’est pas contre nous est pour nous… » Marc 9:38-40.

  Il est certaines situations ou certains événements qui révèlent les traits négatifs de la nature humaine, et cela même dans le domaine « spirituel ». Rares, en effet, sont les croyants qui échappent au sentiment de satisfaction d’avoir raison sur tel ou tel point de doctrine. Dieu, au cours des siècles, a révélé ou a fait redécouvrir des Vérités de la Parole qui avaient été falsifiées ou perdues. Cependant, beaucoup de croyants sincères passent, sans s’en rendre compte, de la compréhension selon Dieu des Vérités redécouvertes aux interprétations personnelles qu’ils s’en sont faites, et à l’étroitesse d’esprit avec laquelle ils les défendent. Et cela au point qu’ils se considèrent comme une « arche » au-dessus de ce monde égaré, duquel toute âme, qui voudrait s’en échapper, ne peut trouver refuge ou le salut que dans leur propre milieu. Car, pour l’homme sectaire, l’âme doit passer par sa communauté pour aller à Dieu, tandis que pour l’homme spirituel, l’âme passe par Christ, la « Pierre angulaire », à Dieu Son Père céleste, et notre Père.

  « Nous l’en avons empêché, est-il écrit, parce qu’il ne nous suit pas… ». Ces paroles ne sont pas celles d’un faux apôtre appartenant à une secte d’erreur dont un « faux christ » serait le guide, loin de là ! Il s’agit, au contraire, de l’apôtre Jean « celui que Jésus aimait… » Jean 13:23, d’entre les disciples qui suivaient Jésus. Ceci suffit à démontrer combien l’esprit sectaire est enraciné au plus profond du cœur humain, et ceci malgré la proximité de la Personne et de la Parole de Jésus quotidiennement manifestées en leur présence. L’Écriture nous rapporte que lorsque Jésus ne fut pas reçu dans un bourg des Samaritains, parce qu’il se dirigeait vers Jérusalem, Jacques et Jean lui dirent : « Seigneur, veux-tu que nous commandions que le feu descende du ciel et les consume… ? » Luc 9:54. Cette réaction, « par amour » pour Jésus, mais sans compassion pour les âmes, se situe peu après que les disciples avaient empêché un homme, qui faisait des miracles au Nom du Seigneur, et qui ne les suivait pas. Ceci révèle que l’esprit de parti et l’esprit de méchanceté sont étroitement liés. Et ces imperfections ne cèdent que devant la prise de conscience, par l’Esprit de Dieu, de nos propres faiblesses et par les épreuves de la vie, qu’Il permet dans le but de produire en nous la Nature divine de « la Douceur et de la Bonté de Christ ».

  Après avoir ordonné à Moïse de rassembler les soixante-dix anciens d’Israël autour de la Tente d’assignation, l’Éternel prit de l’Esprit qui était sur Moïse, et le mit sur les soixante-dix qui prophétisèrent : Nomb 11:25. Or, un jeune homme vint annoncer à Moïse qu’Éldad et Médad, d’entre les anciens, ne s’étaient pas rassemblés avec les autres, comme l’Éternel l’avait ordonné. A l’écoute de cela, Josué, fils de Nun, dit à Moïse : « Moïse, mon seigneur, empêche-les… ! » Nomb 11:28. Nous relevons que les paroles de Josué, serviteur de Moïse, seront les mêmes paroles que prononcera, quinze siècles plus tard, Jean, apôtre de Jésus-Christ ! La demande de Josué à Moïse d’empêcher Eldad et Médad de prophétiser était une réaction légaliste ; d’où l’on découvre que cette faiblesse est le trait commun de beaucoup de croyants de tous les temps. Certes, les raisons de l’absence d’Éldad et de Médad ne nous sont pas connues si ce n’est de Dieu, mais, quoi qu’ils ne se fussent pas présentés avec les anciens, ils prophétisèrent « car, dit l’Écriture, ils étaient parmi les inscrits… » Nomb 11:26. Ainsi, quelle que fût leur position extérieure ou intérieure, Dieu les traita de la même manière qu’Il le fit pour les autres. Mais ce sont là des Voies divines, que ne saurait saisir l’homme légaliste et sectaire, lequel ne comprend que selon sa propre logique, logique qui l’empêche d’avoir une compréhension spirituelle de la Pensée du Plan éternel de Dieu.

  Le ton péremptoire et catégorique révèle celui qui parle « de son propre chef » et qui cherche « sa propre gloire » Jean 7:18. Souvent, l’insistance part d’un bon sentiment, cependant avec ce zèle impatient d’éclairer les autres. Car il y a deux sortes de zèles : « le zèle amer » et « l’esprit de dispute » Jac 3:14, qui révèlent une âme mue « par esprit de parti ou par vaine gloire… » Phil 2:3, et cet autre zèle, auquel l’Écriture exhorte les rachetés, en disant : « Mettez pour chaussure à vos pieds le zèle que donne l’Évangile de paix… » Eph 6:15. Ce zèle ne saurait être intolérant ni exalté, car il découle de « l’Évangile de paix », de cette paix, précisément, qui garantit le discernement et l’ordre avec lesquels le zèle selon Dieu se déploie.

  Il est frappant de constater que l’esprit étroit, et donc sectaire, se rencontre aussi bien parmi ceux qui croient en la Vérité qu’en ceux qui croient à l’erreur. Rempli du Saint-Esprit, l’apôtre Pierre dit au sujet de Jésus : « Il n’y a de salut en aucun autre ; car il n’y a sous le ciel aucun autre nom qui ait été donné parmi les hommes, par lequel nous devions être sauvés… » Act 4:12. Est-il affirmation plus catégorique, pour ne pas dire plus « sectaire » que celle-ci ? Pourtant nous savons qu’il n’est autre Chemin, ni autre Vérité, ni autre Vie que Jésus, que Dieu envoya comme « Sauveur du monde » I Jean 4:14. Témoigner de cela, serait-il donc sectaire ? Oui, si c’est par un esprit d’intolérance ! Non quand c’est avec la Compassion de Jésus, lequel désapprouve toute manière d’agir imposée. N’a-t-Il pas dit, justement, au sujet de cet homme qui croyait en la Puissance de Son Nom : « Ne l’en empêchez pas ; car il n’est personne qui, faisant un miracle en mon nom, puisse aussitôt après parler… mal de moi » ?

  Jésus s’écria : « Celui qui croit en moi croit, non pas en moi, mais en celui qui m’a envoyé ; et celui qui me voit voit celui qui m’a envoyé… » Jean 12:44-45. Ainsi, en nous appelant à Le suivre, Jésus dévoile le Mystère de Dieu venu en chair, et révèle Son humilité de Fils cherchant uniquement la Gloire de Son Père. En suivant Jésus, c’est donc au Père que le Fils nous conduit, par qui Son Père est devenu notre Père. A l’inverse, l’homme sectaire, en appelant à ne suivre que sa propre compréhension de la Vérité, ce n’est pas la Vérité qu’il veut que nous suivions, mais c’est, avant tout, lui-même. Ainsi, ceux qui, d’entre les serviteurs de Dieu, usent de certaines connaissances ou manifestations pour s’approprier les âmes, sont parmi les plus prompts à juger celles qui ne les suivent pas. Ce comportement provient de ce qu’ils donnent plus d’importance à leurs interprétations qu’à la Vérité elle-même. L’homme doctrinaire réduit donc la Vérité à des doctrines et suscite, en ceux qui y adhèrent, la trompeuse assurance d’en posséder la juste compréhension,

  Peu avant Son Jugement, Jésus, s’adressant aux Juifs, dit : « Et moi, quand j’aurai été élevé de la terre, j’attirerai tous les hommes à moi. En parlant ainsi, il indiquait de quelle mort il devait mourir… » Jean 12:32-33. Ces paroles de Jésus accomplirent les paroles prophétiques de David, s’écriant au sujet de l’Éternel : « Ô toi, qui écoutes la prière ! Tous les hommes viendront à toi… » Ps 65:3. Ces paroles ne signifient pas que le monde entier sera sauvé tel qu’il est, mais que tous les hommes ont besoin d’être pardonnés de leurs péchés : pardon qui n’est reçu que dans la foi et par la repentance. La réalité profonde ici qui est éclairante, c’est que toute âme qui cherche est attirée par le Père à Jésus-Christ crucifié et ressuscité. Ainsi, pour nous, rachetés, c’est après avoir reçu la Mort et la Résurrection de Jésus, opérées au-dedans de nous, que nous connaissons la mort, non seulement de « l’homme pécheur » que nous étions, mais aussi de « l’homme religieux » en nous avec toutes ses étroitesses.

  L’esprit de parti et de jugement provient toujours de ce que nous avons « mis en oubli la purification de nos anciens péchés… » II Pier 1:9. Et pour vaincre cet esprit sectaire, qui consiste à vouloir « faire » les âmes « à notre image », au lieu de les porter à ce qu’elles-mêmes aspirent à devenir semblables à l’Image de Celui qui habite en nous, nous avons besoin d’une redécouverte de la Grâce, de pénétrer à l’intérieur des choses déjà reçues par l’Esprit, afin de grandir en elles et être ouverts à celles à venir.