M215 – LA DIFFÉRENCE …

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  « Alors ceux qui craignent l’Éternel se parlèrent l’un à l’autre ; l’Éternel fut attentif, et il écouta ; et un livre de souvenir fut écrit devant lui pour ceux qui craignent l’Éternel et qui honorent son nom. Ils seront à moi, dit l’Éternel des armées, ils m’appartiendront, au jour que je prépare ; j’aurai compassion d’eux, comme un homme a compassion de son fils qui le sert. Et vous verrez de nouveau la différence entre le juste et le méchant, entre celui qui sert Dieu et celui qui ne le sert pas… » Mal 3:16-18.

  Abraham, Isaac et Jacob reçurent la promesse d’une postérité mise à part des nations. Plus tard, Moïse, lors de la sortie d’Égypte et entrant dans le désert, dit à l’Éternel : « Si tu ne marches pas toi-même avec nous, ne nous fais point partir d’ici. Comment sera-t-il donc certain que j’ai trouvé grâce à tes yeux, moi et ton peuple ? Ne sera-ce pas quand tu marcheras avec nous, et quand nous serons distingués, moi et ton peuple, de tous les peuples qui sont sur la face de la terre… ? » Ex 33:15-16. Il ressort de ces paroles que le fait d’être différent des autres peuples fut à même de fortifier et d’aider Moïse à conduire le peuple d’Israël vers le pays promis. Et, dès lors, ce fut, non pas en cherchant à ressembler aux autres nations d’alentours, mais en demeurant différent d’elles que, en conséquence, toutes les nations devaient-être bénies par Israël, la postérité d’Abraham, et cela par le salut, ainsi que le dit Jésus, le Sauveur Lui-même, à la Samaritaine : « Le salut vient des Juifs… » Jean 4:22.

  Ainsi, déjà lors du séjour dans le désert, il incombait aux sacrificateurs et aux lévites, non seulement de présenter des sacrifices et des offrandes, mais aussi d’éclairer le peuple sur la différence entre les choses saintes et les choses profanes. L’Éternel, en effet, parla à Aaron, et dit : « Tu ne boiras ni vin, ni boisson enivrante, toi et tes fils avec toi, lorsque vous entrerez dans la tente d’assignation, de peur que vous ne mouriez : ce sera une loi perpétuelle parmi vos descendants, afin que vous puissiez distinguer ce qui est saint de ce qui est profane, ce qui est impur de ce qui est pur, et enseigner aux enfants d’Israël toutes les lois que l’Éternel leur a données par Moïse… » Lév 10:8-11. Ceci en sorte que les sacrificateurs puissent toujours conserver l’esprit clair et le jugement sain pour le discernement de ces choses, car, ainsi que le dit l’Éternel par le prophète Osée : « La prostitution, le vin et le moût font perdre le sens. Mon peuple consulte son bois (idolâtrie), et c’est son bâton (divination) qui lui parle ; car l’esprit de prostitution égare, et ils se prostituent loin de leur Dieu… » Osée 4:11-12. En effet, le vin, comme la prostitution, aussi bien spirituellement que physiquement, produit le même égarement dans leur domaine respectif. C’est aussi ce que prophétisa Ésaïe sur les habitants d’Israël et de Juda : « Eux aussi, dit le prophète, ils chancellent dans le vin, et les boissons fortes leur donnent des vertiges ; sacrificateurs et prophètes chancellent dans les boissons fortes, ils sont absorbés par le vin, ils ont des vertiges à cause des boissons fortes ; ils chancellent en prophétisant, ils vacillent en rendant la justice… » Ésaïe 28:7. Le vin, les boissons fortes qui égarent, c’est là l’esprit du monde qui ne discerne pas la nature des choses spirituelles et celle des esprits démoniaques ; alors que pour distinguer la Sagesse de Dieu de celle du monde, pour saisir la différence entre elles, l’apôtre Paul écrit aux Corinthiens : « Or nous, nous n’avons pas reçu l’esprit du monde, mais l’Esprit qui vient de Dieu, afin que nous connaissions les choses que Dieu nous a données par sa grâce… » I Cor 2:12.

  A ceux donc qui sont étrangers à l’Esprit de la Grâce, c’est-à-dire, à ceux qui sont « sous la loi », Paul écrit : « Toi qui te donnes le nom de Juif, qui te reposes sur la loi, qui te glorifies de Dieu, qui connais sa volonté, qui apprécies la différence des choses, étant instruit par la loi ; toi qui te flattes d’être le conducteur des aveugles, la lumière de ceux qui sont dans les ténèbres, le docteur des insensés, le maître des ignorants, parce que tu as dans la loi la règle de la science et de la vérité ; toi donc qui enseignes les autres, tu ne t’enseignes pas toi-même… » Rom 2:17-21. Il ressort de ces paroles qu’il y a une compréhension et une application des Vérités de Dieu, non selon l’Esprit, mais selon la lettre, c’est-à-dire, d’une manière légaliste qui fait que les âmes ne peuvent les recevoir parce qu’elles sont apportées avec un esprit de jugement. La connaissance des choses spirituelles apportée sans la compassion de Dieu produit un sentiment de culpabilité et de crainte plutôt que l’affermissement des âmes. En effet, l’esprit de propre justice, par lequel l’on veut appliquer les vérités spirituelles, annule la Puissance opérante de ces vérités en nous-mêmes, et, par nous en autrui. D’où nous comprenons qu’il s’agit, non seulement de « discerner » la différence des choses, mais, surtout, « d’être » nous-mêmes différents.

  Le racheté, qui affermit sa vocation et son élection en Christ, ne peut être que différent du monde qui l’entoure. L’apôtre Pierre écrit : « C’est assez, en effet, d’avoir dans le temps passé accompli la volonté des païens, en marchant dans la dissolution, les convoitises, l’ivrognerie, les excès du manger et du boire, et les idolâtries criminelles. Aussi trouvent-ils étrange que vous ne vous précipitiez pas avec eux dans le même débordement de débauche, et ils vous calomnient… » I Pierre 4:3-4. Dans ces domaines manifestes, comme en d’autres cachés, suscitons-nous aujourd’hui l’étonnement de la part des incroyants, au point qu’eux aussi peuvent « trouver étrange » notre vie différente ? Cependant, l’esprit du séducteur inspire ce raisonnement, selon lequel c’est précisément cette différence qui ferait obstacle au témoignage du croyant aux incroyants. Car l’adversaire qui ne veut pas, qui n’aime pas la « différence » selon Dieu, préfère le mélange et la confusion. De-là, pour rendre le témoignage plus accessible, plus attrayant, plus « crédible », les méthodes humaines sont de plus en plus employées pour présenter la foi en Dieu sous un aspect accommodant et agréable ; la différence est donc effacée. Or, ce n’est pas en ressemblant au monde que les croyants aideront ceux qui sont encore dans le monde à ressembler au Christ. Car la différence spirituelle résulte de la sainteté, et donc plus la sainteté est effective, plus la différence est évidente, et plus elle est évidente, plus le témoignage et la prédication sont vivants et à même de faire naître dans le cœur du pécheur une semblable aspiration à devenir une nouvelle créature en Christ. Car le fait d’être différent, loin d’être une séparation sectaire d’avec les hommes, est le signe de ce que la Grâce peut opérer dans la vie de ceux que le Seigneur appelle.

  Le fait de connaître la différence des choses appelle à une mise à part. Mais là encore, il s’agit d’une séparation selon la Pensée de Dieu et non pas selon la pensée de l’homme ; car il se trouve, bien souvent, que l’on est « étroit » là où Dieu est « large » et « large » là où Dieu est « étroit ». Or, il s’agit de n’avoir ni un esprit étroit ni non plus des idées larges mais un « cœur ouvert » sur le « chemin étroit ». En ce qui concerne donc la séparation d’avec le monde, Jésus dit dans Sa prière à Son Père au sujet de Ses disciples : « Je ne te prie pas de les ôter du monde, mais de les préserver du mal… » Jean 17:15. Ainsi, dans la Parabole de Jésus au sujet de « l’ivraie » semée parmi la « bonne semence », les serviteurs dirent au Semeur (le Fils de l’homme) : « Seigneur, n’as-tu pas semé une bonne semence dans ton champ ? D’où vient donc qu’il y a de l’ivraie ? Il leur répondit : C’est un ennemi qui a fait cela. Et les serviteurs lui dirent : Veux-tu que nous allions l’arracher ? Non, dit-il, de peur qu’en arrachant l’ivraie, vous ne déraciniez en même temps le blé. Laissez croître ensemble l’un (les fils du Royaume) et l’autre (les fils du malin) jusqu’à la moisson, et à l’époque de la moisson, je dirai aux moissonneurs (les anges) : Arrachez d’abord l’ivraie, et liez-là en gerbes pour la brûler, mais amassez le blé dans mon grenier… » Matt 13:27-30. Cette précipitation, cette prétention à vouloir arracher soi-même les personnes « mauvaises » pour ne conserver que les « bonnes » est une démarche idéaliste et, surtout, légaliste. Car, en croyant constituer une église parfaite, celle-ci ne le sera jamais, puisque son imperfection réside déjà dans l’esprit de propre justice, par lequel on veut la concevoir. Ainsi, l’ivraie dont la proximité menace la bonne semence, a ceci d’utile qu’elle ne laisse aux rachetés que la seule issue de s’attendre à Dieu seul, afin de recevoir de Lui la force et le discernement pour ne pas être infectés ou étouffés par elle.

  Ainsi, aussi étrange que cela puisse paraître, la proximité de ce qui est nuisible peut se révéler utile… afin que nous apprenions à nous en préserver. En effet, de même que Dieu prépare avec la tentation elle-même, et non en dehors d’elle, le « moyen d’en sortir », afin que nous puissions la supporter : I Cor 10:13, de même le fait d’accepter de laisser croître ensemble ce qui s’oppose produit en nous la persévérance et notre enracinement dans la foi. Aussi y a-t-il lieu de ne pas séparer ce qui s’oppose à nous avant que Dieu ne le veuille, afin de retirer le fruit spirituel que produit toute adversité, comme toute épreuve, en vue de l’éternité.