M212 – LES PLUS MALHEUREUX DE TOUS LES HOMMES …

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  « Car si les morts ne ressuscitent point, Christ non plus n’est pas ressuscité. Et si Christ n’est pas ressuscité, votre foi est vaine, vous êtes encore dans vos péchés, et par conséquent aussi ceux qui sont morts en Christ sont perdus. Si c’est dans cette vie seulement que nous espérons en Christ, nous sommes les plus malheureux de tous les hommes… » I Cor 15:16-19.

  Sans la Résurrection, la Vie de Jésus n’aurait été qu’une magnifique et dramatique histoire vraie. Mais Dieu, en ressuscitant Son Fils, a perpétué la Vie et la Puissance de tout ce que Jésus a fait, dit et annoncé jusque dans l’éternité. En effet, sans la Résurrection de Jésus qui confère la vie et la portée éternelle à tout ce qu’il a fait pour nous et en nous, nous n’aurions été pardonnés, sauvés et justifiés que durant le temps de notre existence. Si le Salut de Dieu, avec la Paix et la joie qu’il apporte, ne devait subsister que le temps de notre vie terrestre et « mourir » avec nous, ce ne serait, en effet, que désespérance. Nous comprenons alors combien une telle éventualité, inconcevable cependant, eût pu, selon les paroles de l’apôtre Paul, nous rendre « les plus malheureux de tous les hommes… ».

  Paul écrit aux Corinthiens : « Chaque jour je suis exposé à la mort, je l’atteste, frères, par la gloire dont vous êtes pour moi le sujet, en Jésus-Christ notre Seigneur. Si c’est dans des vues humaines que j’ai combattu contre les bêtes à Ephèse (en butte aux persécuteurs), quel avantage m’en revient-il ? Si les morts ne ressuscitent pas, mangeons et buvons, car demain nous mourrons… » I Cor 15:31-32. Dieu a manifesté l’infinie grandeur de Sa Puissance en ressuscitant Jésus-Christ d’entre les morts, et cette Force rendait l’apôtre capable de tenir ferme dans la persécution dont il était l’objet. L’Espérance de la vie éternelle qui découle de la Résurrection de Christ soutenait son combat jour après jour. S’il n’y avait donc point de résurrection, il ne resterait plus que la recherche du « manger et du boire » jusqu’au moment de quitter cette vie, car, non seulement le malheur, mais encore les plaisirs de ce monde font de beaucoup, et à leur insu, les êtres « les plus malheureux de tous les hommes… ». Et c’est ici, non seulement le cas des non-croyants, mais aussi de certains croyants qui n’ont pas connu « la puissance de la résurrection de Christ et la communion de ses souffrances… » Phil 3:10 dans leur vie. Et leur recherche même, plus matérielle que spirituelle des bénédictions et des promesses, dans leurs besoins immédiats, a voilé, à leurs yeux, les choses célestes et détourné leur attention du Royaume de Dieu. Seul l’Esprit de la Résurrection, qui épure nos aspirations aux choses éternelles, nous révèle si l’unique objet de notre amour est le Ressuscité… ou nous-mêmes.

  L’Écriture nous rapporte le récit de Mica qui résume en lui-même tous les traits de l’homme religieux, c’est-à-dire, légaliste et superstitieux. Sa mère lui avait fait faire « une image taillée et une image de fonte ». Lui-même se fit « un éphod et des téraphim, et il consacra un de ses fils qui lui servit de prêtre… » Juges 17:4-5. Ayant reçu la visite d’un lévite qui passait auprès de lui, il lui dit : « Reste avec moi ; tu me serviras de père et de prêtre, et je te donnerai dix sicles d’argent par année, les vêtements dont tu auras besoin, et ton entretien… » Juges 17:10. Et, après avoir ainsi pourvu à sa « sécurité spirituelle », Mica conclut : « Maintenant, je sais que l’Éternel me fera du bien, puisque j’ai ce lévite pour prêtre… » Juges 17:13. Ces paroles révèlent que la foi de cet homme était dénuée de toute aspiration spirituelle, de la notion même de « la pensée de l’éternité ». Éternité, à laquelle, la foi « qui vient de la Parole de Christ… » Rom 10:17, répond par la certitude de la vie éternelle. Ainsi, l’absence de cette notion des choses éternelles se révéla le jour où une troupe des fils de la tribu de Dan, lui ayant pris tous ses objets consacrés par lui, ainsi que le lévite qui les suivit de son plein gré, Mica leur dit : « Mes dieux que j’avais faits, vous les avez enlevés avec le prêtre, et vous êtes partis : que me reste-t-il ? Comment donc pouvez-vous dire : Qu’as-tu ?… » Juges 18:24. C’est ici le type de foi qui n’est pas pure, qui fait de Dieu un « distributeur de bénédictions » en vue de besoins personnels, alors que la foi est cette « force de fidélité », découlant de la Parole de Vie et renouvelée par elle, en vue de nous préparer à rencontrer Dieu pour l’éternité.

  Les anciens qui reçurent en héritage le pays de Canaan avaient, au-delà de la promesse terrestre, les regards sur la patrie céleste à laquelle, déjà, ils aspiraient. De ce nombre furent, entre autres, Abraham qui, dit l’Écriture « attendait la cité qui a de solides fondements, celle dont Dieu est l’architecte et le constructeur… » Héb 11:10. Et Moïse, qui, plus de quinze siècles avant la Venue de Jésus, déjà « regarda l’opprobre de Christ comme une richesse plus grande que les trésors de l’Égypte… » et qui, par la foi « quitta l’Égypte sans être effrayé de la colère du roi ; car il se montra ferme, comme voyant celui qui est invisible… » Héb 11:26-27. Et d’autres encore, dont il est dit que « s’ils avaient eu en vue la patrie d’où ils étaient sortis, ils auraient eu le temps d’y retourner. Mais maintenant, dit l’Écriture, ils en désirent une meilleure, c’est-à-dire, une céleste. C’est pourquoi Dieu n’a pas honte d’être appelé leur Dieu, car il leur a préparé une cité… » Héb 11:15-16. Tout homme spirituel est animé de l’ardente attente de l’Avènement du Seigneur Jésus. Car la Pensée de l’Éternité est présente dans tout ce qu’il vit, et lui inspire la Pensée de Dieu en lui donnant la vision spirituelle de Ses Desseins, qui l’aide à faire face aux situations et aux personnes qui se présentent sans être tenté, ou trompé, ou écrasé par elles. En vérité, l’Esprit du Ressuscité, en nous, tient nos cœurs ouverts avec cette espérance que, au-delà de ce qui nous apparaît comme fermé, incompréhensible ou inéluctable ici-bas, les événements, connus de Dieu seul, se révèlent comme étant des éléments constitutifs de notre vie spirituelle même.

  L’homme qui ne croit pas en la vie future n’a d’espoir que dans cette vie présente, qui est pour lui la seule occasion de connaître le bonheur, d’où son impatience d’en jouir au point de transgresser certaines lois morales. Quant au croyant, l’espérance de la vie éternelle, à laquelle il se prépare, remplit le temps de son existence terrestre, durant laquelle la Grâce « l’enseigne à renoncer à l’impiété et aux convoitises mondaines, et à vivre dans le siècle présent selon la sagesse, la justice et la piété… » Tite 2:12. Ainsi, « la pensée de l’éternité » l’appelle à la sainteté et lui en communique la force, alors que l’absence de celle-ci se traduit par le désir de profiter pleinement du temps présent, comme si, inconsciemment, l’on voulait compenser ce que seule l’Éternité réserve. Car, à cause d’une compréhension terrestre des paroles de Jésus, disant : « Demandez, et l’on vous donnera ; cherchez, et vous trouverez ; frappez, et l’on vous ouvrira… » Matt 7:7, beaucoup de croyants en viennent à amoindrir leur vie spirituelle en la réduisant à des désirs terrestres, au point que leur préparation en vue de l’enlèvement auprès de Jésus a perdu de son importance première, la vision de leurs yeux spirituels s’étant éteinte, elle n’est plus la principale de leur joie. Ainsi, comme s’il n’y avait pas de résurrection, ces croyants se trouvent être donc parmi ceux qui sont « les plus malheureux de tous les hommes… ». Mais le plus tragique est que ces âmes n’en sont pas conscientes, car si elles en souffraient, il y aurait alors de l’espoir pour elles, pareillement à ces pharisiens qui, après avoir entendu Jésus, lui dirent : « Nous aussi, sommes-nous aveugles ? » et à qui Jésus répondit : « Si vous étiez aveugles, vous n’auriez pas de péché. Mais maintenant vous dites : Nous voyons. C’est pour cela que votre péché subsiste… » Jean 9:40-41.

  De la Résurrection de Jésus découle la vie éternelle en vue de l’éternité. Or, la résurrection ne concerne pas seulement l’éternité, mais aussi le temps présent. Car, de même que Christ a été crucifié pour nous, et que nous l’avons été avec Lui, de même Il a été ressuscité pour nous, et nous le sommes, en nous avec Lui. « … Nous qui étions morts par nos offenses, dit l’Écriture, Dieu nous a rendus à la vie avec Christ (c’est par grâce que vous êtes sauvés) ; il nous a ressuscités ensemble, et nous a fait asseoir ensemble dans les lieux célestes, en Jésus-Christ… » Eph 2:5-6, car « … ayant été ensevelis avec lui par le baptême, vous êtes aussi ressuscités en lui et avec lui, par la foi en la puissance de Dieu, qui l’a ressuscité des morts… » Col 2:12. En vivant dans la foi au Fils de Dieu, nous sommes donc déjà ressuscités, intérieurement, par l’Esprit de Dieu dans le temps présent, en attendant de l’être pour l’éternité dans notre corps « revêtu de l’incorruptibilité et de l’immortalité… » I Cor 15:54. D’où la Force d’en-haut, la vraie Joie, la vraie Paix, enfin, tout ce qui est durable et qui vient de Dieu. Or, ce qui est durable ne peut être qu’éternel, et produire en nous une espérance qui ne trompe point.

  Nous comprenons alors qu’une telle espérance, malgré les épreuves, les combats et les faiblesses puisse faire de nous « les plus… heureux de tous les hommes… ». Car nous découvrons que le but éternel fixé par Dieu pour nous inspire nos prières, auxquelles répondent Ses exaucements. Ainsi, toute intervention comme tout événement étonnant ou inattendu dans le temps présent s’expliquent par le fait qu’ils ont lieu en vue de ce que nous serons dans l’éternité, ce dont Dieu seul sait.