M210 – LA CRÉATURE AU LIEU DU CRÉATEUR …

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  « C’est pourquoi Dieu les a livrés à l’impureté, selon les convoitises de leurs cœurs ; en sorte qu’ils déshonorent eux-mêmes leurs propres corps ; eux qui ont changé la vérité de Dieu en mensonge, et qui ont adoré et servi la créature au lieu du Créateur, qui est béni éternellement. Amen ! … » Rom 1:24-25.

  Une des conséquences de la chute d’Adam et d’Ève fut que les hommes se mirent à adorer et à servir « la créature au lieu du Créateur… ». Plongés dans les ténèbres spirituelles, ils perdirent la Vision de la Présence de Celui qui seul devait recevoir leur adoration, ne voyant et ne recherchant que ce qui leur était le plus proche, c’est-à-dire, la nature qui les entourait et qui répondait à leurs besoins immédiats. Déjà, Adam et Ève eurent besoin de la « nature », car, après avoir péché « les yeux de l’un et de l’autre s’ouvrirent, dit l’Écriture, ils connurent qu’ils étaient nus, et ayant cousu des feuilles de figuier, ils s’en firent des ceintures… ». Et, ayant entendu la voix de l’Éternel « ils se cachèrent loin de la face de l’Éternel Dieu, au milieu des arbres du jardin… » Gen 3:7-8. Dès lors, séparés du Créateur qui était leur Protecteur, les hommes prirent la nature pour « protectrice ». Les collines, les vallons, les cavernes, les arbres, les sources et les rochers devinrent des lieux de retraite, d’autels et de pèlerinages où les « esprits » de la nature, elle aussi « soumise à la vanité » Rom 8:20, furent invoqués. Ce fut l’adoration de la nature, devenue la « Déesse-terre ».

  Le commencement de cette adoration remonte aux temps antiques.  « Les géants étaient sur la terre en ces temps-là, après que les fils de Dieu furent venus vers les filles des hommes, et qu’elles leur eurent donné des enfants : ce sont ces héros qui furent fameux dans l’antiquité… » Gen 6:1-4. Héros, dont  les générations suivantes célébrèrent les exploits et en perpétuèrent le souvenir jusqu’à en faire des dieux, auxquels ils rendirent un culte. L’objet de cette adoration se trouve donc être une créature dont les hommes suivent la pensée, ou la doctrine, ou les promesses, ou encore les affinités qui correspondent aux leurs. Dans ce cas, en « adorant et servant » l’homme, l’homme « se sert et s’adore » lui-même.

  Au cours d’un voyage missionnaire, l’apôtre Paul, prêchant à Lystre, fut l’instrument, entre les Mains de Dieu, de la guérison d’un homme boiteux de naissance : « A la vue de ce que Paul avait fait, dit l’Écriture, la foule éleva la voix, et dit en langue lycaonienne : Les dieux sous une forme humaine sont descendus vers nous. Ils appelaient Barnabas Jupiter, et Paul Mercure, parce que c’était lui qui portait la parole. Le prêtre de Jupiter, dont le temple était à l’entrée de la ville, amena des taureaux avec des bandelettes vers les portes, et voulait, de même que la foule, offrir un sacrifice… » Act 14:11-13. Paul et Barnabas, évidemment, s’y opposèrent, exhortant la foule à se tourner vers le Dieu vivant, Créateur de toutes choses. Il est à remarquer que ces païens avaient une notion de l’incarnation de leurs dieux, venant parmi eux ; ce qui explique aussi que, à leurs yeux, des hommes pouvaient être élevés au rang des dieux. C’est également ce qui se passa dans l’île de Malte où, après que le navire se fut échoué, Paul et les passagers furent accueillis par les barbares qui « leur témoignèrent une bienveillance peu commune… ». Or, alors que Paul ramassait un tas de broussailles pour le feu, à cause du grand froid, une vipère s’attacha à sa main, et s’y suspendit. Ce qui fit dire aux barbares : « Assurément, cet homme est un meurtrier, puisque la Justice (une divinité) n’avait pas voulu le laisser vivre, après qu’il eut été sauvé de la mer… ! » Mais l’apôtre secoua l’animal dans le feu, alors « voyant qu’il ne lui arrivait aucun mal, ils changèrent d’avis et dirent que c’était un dieu… » Act 28:2-6.

  Adorer et servir la créature au lieu du Créateur n’est pas le seul fait des non-croyants, mais peut l’être aussi des croyants. En effet, au sujet d’hommes qui se recommandaient eux-mêmes et qui prêchaient la Parole sans avoir reçu l’appel de Dieu, Paul écrit aux Galates : « Le zèle qu’ils ont pour vous n’est pas pur, mais ils veulent vous détacher de nous, afin que vous soyez zélés pour eux… » Gal 4:17. En semblable situation, l’apôtre, s’adressant aux Corinthiens, écrit : « Vous supportez volontiers les insensés, vous qui êtes sages. Si quelqu’un vous asservit, si quelqu’un vous dévore, si quelqu’un s’empare de vous, si quelqu’un est arrogant, si quelqu’un vous frappe au visage, vous le supportez… » II Cor 11:19-20. Cette succession de verbes inspirés exprime les divers traitements, dont étaient l’objet ces croyants, fascinés par ceux qu’ils suivaient aveuglément, ainsi que ceux de tous les temps jusqu’à nos jours. Si quelqu’un vous « asservit », c’est-à-dire, en leur imposant son autorité et sa doctrine ; si quelqu’un vous « dévore », en ravissant leurs biens, et la liberté à laquelle Christ les a appelés ; si quelqu’un « s’empare » de vous, afin que ces croyants n’appartiennent qu’à eux, parce que, pour ces faux prophètes, les âmes sont aussi importantes en tant que membres qu’en tant que personnes elles-mêmes ; si quelqu’un est « arrogant », en s’imposant par la crainte, ou, plus subtilement, en suscitant une admiration sans borne à leur égard ; si quelqu’un vous « frappe » au visage, révélant chez ces croyants l’incapacité spirituelle de réagir et de discerner l’esprit dominateur de ceux qui les traitent de cette manière. L’on comprend que l’apôtre, après avoir constaté cet état de choses, ait conclu : « J’ai honte de le dire, nous avons montré de la faiblesse… » II Cor 11:21.

  Il semble aller de soi que seuls des prédicateurs selon la chair puissent établir une relation  charnelle avec les croyants. Or, l’on découvre qu’une telle relation peut exister envers des prédicateurs authentiques, dont la vie spirituelle ne saurait susciter la tentation chez les croyants de les « servir » ou de les « adorer » ! Parmi eux, Paul lui-même qui, déplorant cet état de choses, écrit aux Corinthiens : « Mes frères, j’ai appris à votre sujet, par les gens de Chloé, qu’il y a des disputes au milieu de vous. Je veux dire que chacun de vous parle ainsi : Moi, je suis de Paul ! – et moi, d’Apollos ! – et moi, de Céphas ! – et moi, de Christ… ! » I Cor 1:11-12. Et, plus loin : « Quand l’un dit : Moi, je suis de Paul ! Et un autre : Moi, d’Apollos ! N’êtes-vous pas des hommes (charnels) ? Qu’est-ce donc qu’Apollos, et qu’est-ce que Paul ? Des serviteurs, par le moyen desquels vous avez cru, selon que le Seigneur l’a donné à chacun. J’ai planté, Apollos a arrosé, mais Dieu a fait croître, en sorte que ce n’est pas celui qui plante qui est quelque chose, ni celui qui arrose, mais Dieu qui fait croître… » I Cor 3:4-7. Cette adulation, dans ce cas, n’est pas due à un manque de spiritualité des apôtres, mais bien à un manque de maturité spirituelle de ces croyants. Le discernement des apôtres, l’inspiration de leurs prédications, leur esprit désintéressé, leur patience n’empêchèrent pas cette inclination admirative et idolâtrique de la part de ces croyants, inclination qu’ils durent dénoncer avec vigueur. La découverte d’une telle « dévotion » de la part des uns à leur égard, était, par les apôtres, aussi douloureusement ressentie que le rejet de la part de ceux qui s’opposaient à eux. Et cela, d’autant plus que l’on sait que l’esprit, par lequel ceux qui regardent des hommes comme des dieux, est le même esprit qui, à l’inverse, peut inspirer à considérer le Fils de Dieu comme n’étant qu’un homme.

  L’apôtre Paul mit volontairement un voile sur toutes les expériences spirituelles et surnaturelles qu’il vécut de la part de Dieu, afin de ne susciter aucun sentiment d’admiration envers lui, ainsi qu’il l’écrit aux Corinthiens : « Si je voulais me glorifier, je ne serais pas un insensé, car je dirais la vérité ; mais je m’en abstiens, afin que personne n’ait à mon sujet une opinion supérieure à ce qu’il voit en moi ou à ce qu’il entend de moi… » II Cor 12:6. Des croyants en seraient-ils donc venus à « adorer et à servir » Paul au lieu du Seigneur ? Consciemment et directement, non ! Mais inconsciemment et indirectement, oui ! Car l’admiration à l’égard d’un homme, d’autant plus s’il est un serviteur de Dieu, est le commencement de l’adoration, tout comme l’attachement inconditionnel est le premier acte d’un culte qui est rendu. Et Paul le savait bien, d’où la sagesse de s’abstenir de parler de lui, c’est-à-dire, de ce qui ne regardait que Dieu et que son serviteur.

  Combien de croyants, serviteurs de la Parole ou témoins, ont dirigé les regards sur eux-mêmes, et non sur Christ, en ayant fait connaître avec force détails des expériences d’anges, de visions, de voix, du ciel et de l’enfer ou d’autres révélations intimement reçues, choses qui auraient dû demeurer dans le secret de la communion avec Dieu. Car plus l’on a reçu des mystères divins, sur lesquels Dieu a partiellement levé le voile, plus grandes doivent être la sobriété et l’humilité, parce que seule la Puissance spirituelle doit en émaner. Mais l’homme spirituel se garde de parler de sa propre vie, comme de chercher à savoir ce qu’autrui pense de lui, et n’a qu’une seule prière : Que soit reçue dans les cœurs, non sa propre personne, mais la Présence de Jésus qui communique ce même discernement et opère cette même humilité dans la vie de ceux qui, par l’Esprit, ne s’appartiennent point à eux-mêmes, mais à Christ.