M206 – LE BONHEUR DE L’HOMME …

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  « Car que dit l’Écriture ? Abraham crut à Dieu, et cela lui fut imputé à justice. Or, à celui qui fait une œuvre, le salaire est imputé, non comme une grâce, mais comme une chose due ; et à celui qui ne fait point d’œuvre, mais qui croit en celui qui justifie l’impie, sa foi lui est imputée à justice. De même David exprime le bonheur de l’homme à qui Dieu impute la justice sans les œuvres : Heureux ceux dont les iniquités sont pardonnées, et dont les péchés sont couverts ! Heureux l’homme à qui le Seigneur n’impute pas son péché… » Rom 4:3-8.

  En ayant tout, sauf ce « bonheur », nous serions les plus malheureux des hommes. En quoi ce bonheur consiste-t-il ? Il s’agit de ce bonheur d’avoir « nos iniquités pardonnées… » et « nos péchés couverts… », dit le Psalmiste. Voilà la Pensée divine au sujet du bonheur, le sens qu’en donne l’Écriture et la compréhension qu’en a l’homme spirituel. Une personne qui s’est repentie, qui est née de nouveau, qui possède la certitude du pardon de ses péchés, qui a reçu la vie éternelle, qui est sauvée par le Sang de Jésus et transformée en la « même Image », n’est-ce point-là le plus grand des miracles, et ce miracle n’est-il pas le plus grand bonheur, auquel Dieu nous a appelés en Jésus-Christ, et pour lequel nous lui rendons de continuelles actions de grâces ?

  S’il est un mot compris d’autant de façons différentes qu’il y a de personnes, c’est bien celui de « bonheur » ; car chaque être humain en a son idée, sa propre compréhension. Ceci se comprend concernant le non-croyant, mais s’agissant du croyant, sa pensée est-elle bien claire à cet égard ? En effet, sommes-nous bien sûrs que notre compréhension du bonheur n’est pas plus personnelle que spirituelle, plus terrestre que céleste ? Qui d’entre nous ne découvrira-t-il pas, tout à coup, que ce qu’il croyait être une aspiration spirituelle au bonheur, n’était, jusqu’alors, que la recherche d’une aspiration de son « moi » charnel ? Ce peut être dans une telle méprise que nous entretenons notre « moi » dit religieux. Jésus dit à Ses disciples : « Je suis la porte. Si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé ; il entrera et il sortira, et il trouvera des pâturages. Le voleur ne vient que pour dérober, égorger et détruire ; moi, je suis venu afin que les brebis aient la vie, et qu’elles l’aient en l’abondance… » Jean 10:9-10. Jésus ici n’exhorte en aucun cas les croyants à rechercher la pauvreté ou à vivre dans la misère ; c’est bien plutôt l’adversaire, le « voleur » qui inspire cette fausse conception dans le but d’éloigner les âmes des choses spirituelles. Jésus parle donc « d’abondance », mais de quelle abondance ? La nature spirituelle de cette abondance se trouve révélée dans Ses Paroles mêmes : « … Je suis venu, dit-il, afin que les brebis aient la vie, et qu’elles soient dans l’abondance… ». Cette abondance est, avant tout, la vie spirituelle, la plénitude de cette vie que les soucis de la vie comme les tentations de ce monde ne peuvent amenuiser, ni ravir. Seul l’homme spirituel, dont les yeux ne sont pas voilés par l’esprit de ce monde, à la vision intérieure de cette abondance de la Parole de vie qui est réelle pour lui, dont son âme se nourrit et par laquelle elle s’affermit.

  Le bonheur selon Dieu est donc l’abondance, la plénitude de la vie spirituelle ; mais l’aspiration à la plénitude de la vie spirituelle peut subtilement se changer en la recherche d’une abondance terrestre. D’où vient donc ce changement, inconscient en son début, dans le cœur d’un croyant ? Une des causes en est la perte de la vie spirituelle qui, précisément, retire la nature spirituelle de l’aspiration, et donc le discernement du véritable bonheur. De là, le bonheur recherché, au lieu d’être celui que Dieu nous a fait connaître en Jésus-Christ, devient insensiblement une recherche de la sécurité, de la prospérité, de la puissance, de la santé. S’il est vrai, en effet, que certaines de ces choses sont naturelles et légitimes, en particulier la santé, la séduction vient à partir du moment où, peu à peu, ces choses seules deviennent recherchées.

  Pour l’homme naturel comme pour le croyant charnel le bonheur est ce qui les « satisfait », tandis que pour l’homme spirituel le bonheur est ce qui lui « suffit ». Bien que n’ayant pas encore « vu » que le Fils est dans le Père, et que le Père est dans le Fils, Philippe dit, avec justesse, à Jésus : « Seigneur, montre-nous le Père, et cela nous suffit… » Jean 14:8. Cela « suffit », en effet, car la Révélation du Père dans le Fils et du Fils dans le Père est cette connaissance intérieure qui éclaire le racheté et atteste sa nouvelle naissance par l’Esprit. Ce qui satisfait l’homme non régénéré est, en fait, sa propre réponse à ses propres désirs et aspirations, mais il ne peut compléter ce qui est incomplet avec ses manquements ; parfaire ce qui est imparfait avec ce qui est faillible ? Tandis que ce qui suffit à l’homme spirituel vient, non pas de lui-même, mais de la Plénitude de Dieu en lui, qui répond à un besoin spirituel souvent plus connu de Dieu que de lui-même. C’est en cela que se tient toute la différence entre ce qui « satisfait » et ce qui « suffit ». Et cette différence entre le bonheur selon l’homme et le bonheur selon Dieu consiste en ce que le bonheur selon l’homme est à la ressemblance de l’image qu’il s’en fait, tandis que le bonheur selon Dieu rétablit l’homme repentant à l’origine de sa ressemblance avec Dieu, qu’il a perdue, mais avec la promesse présente d’être rendu « semblable à l’image du Fils de Dieu… » Rom 8:29. Car nous avons été connus d’avance et prédestinés à être sauvés en vue de cette transformation intérieure, qui sera pleinement manifestée dans la Présence du Seigneur : « De même que nous avons porté l’image du terrestre, dit l’Écriture, de même, nous porterons aussi l’image du céleste… » I Cor 15:49. Ces paroles suffisent à nous faire réaliser plus encore le bonheur d’avoir été sauvés.

  Le bonheur est l’état d’être d’heureux, mais heureux de quelque chose ou en quelqu’un, de soi-même ou en Dieu ? Quelle est la Pensée de Jésus au sujet du bonheur ? En quoi consiste à ses yeux ce qui rend une personne heureuse ? La réponse nous est donnée par les Béatitudes mêmes de Jésus, s’adressant à Ses disciples : « Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux ! Heureux les affligés car ils seront consolés ! Heureux les débonnaires, car ils hériteront la terre ! Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés ! Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde ! Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu ! Heureux ceux qui procurent la paix, car ils seront appelés fils de Dieu ! Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume de Dieu est à eux ! Heureux serez-vous lorsqu’on vous outragera, qu’on vous persécutera et qu’on dira faussement de vous toute sorte de mal, à cause de moi… »   Matt 5:3-11. « Heureux… ! » Qui pourrait être heureux en pareilles circonstances ? Le bonheur tel que le décrit Jésus ne se résumerait-il point en ces mots : « Heureux… les malheureux ? » Faut-il donc rechercher les épreuves, la souffrance, le dénuement ? En aucune façon ! Même si, dans certaines situations connues du Père céleste, ces afflictions surgissent sur le chemin où marchent ceux qui veulent lui rester fidèles.

  Il ressort donc des Paroles de Jésus que chaque béatitude relève un fait constaté parmi les hommes sur la terre : d’une part, la pauvreté, l’affliction, la faim et la soif, la méchanceté et la persécution, et, d’autre part, la paix et la miséricorde espérée. Et l’homme, qu’il en soit la victime ou même l’instrument, qu’il tente de l’ignorer ou non, en souffre tôt ou tard, d’une manière ou d’une autre. Le Seigneur nous montre en cela que l’homme ne peut rester étranger au mal quelle qu’en soit la forme, spirituelle, morale ou physique, et que rien ne peut le plus l’en rendre conscient, que le fait d’en souffrir. De même, dans le domaine spirituel, le Seigneur nous exhorte, non pas à souffrir, mais à accepter, s’il le faut, de souffrir pour préserver notre vie spirituelle, car c’est ainsi que nous sommes trouvés dans la juste disposition intérieure, afin de recevoir le discernement par l’Esprit, de ce qui est mal et d’y résister ou de le surmonter.

  Nous découvrons alors qu’à chaque béatitude est attachée une promesse à venir, d’où découle la Force d’en-haut. Ainsi, loin d’être une succession de sujets de tristesse ou de frustration, les béatitudes apportent, au contraire, pour chaque plaie ouverte le Baume divin qui guérit ; et ce « bonheur » ne se réalise pleinement que par contraste avec l’épreuve. Il vaut mieux être heureux d’une souffrance salutaire que malheureux des conséquences de sa propre assurance. Dans les temps difficiles, le sage dit : « Mieux vaut le chagrin que le rire ; car avec un visage triste le cœur peut être content… » Ecc 7:3. Souffrance à la circonférence, mais paix au centre du cœur ! Jésus-Christ nous a appelés à être, non pas heureux d’abord, mais avant tout sauvés, que nous soyons heureux ou pas en ce monde, c’est là notre bonheur ; car la Grâce surabondante de Dieu donne à notre foi de pouvoir goûter Sa Joie… même en portant notre croix.