M205 – CELUI QUE DEMANDAIT LA FOULE …

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    « A chaque fête, il relâchait un prisonnier, celui que demandait la foule. Il y avait en prison un nommé Barabbas avec ses complices, pour un meurtre qu’ils avaient commis dans une sédition. La foule, étant montée, se mit à demander ce qu’il avait coutume de leur accorder. Pilate leur répondit : Voulez-vous que je vous relâche le roi des Juifs ? Car il savait que c’était par envie que les principaux sacrificateurs l’avaient livré. Mais les chefs des sacrificateurs excitèrent la foule, afin que Pilate leur relâchât plutôt Barabbas. Pilate, reprenant la parole, leur dit : Que voulez-vous donc que je fasse de celui que vous appelez le roi des Juifs ? Ils crièrent de nouveau : Crucifie-le ! Pilate leur dit : Quel mal a-t-il fait ? Et ils crièrent encore plus fort : Crucifie-le ! Pilate, voulant satisfaire la foule, leur relâcha Barabbas ; et, après avoir fait battre de verges Jésus, il le livra pour être crucifié… » Marc 15:6-15.

  La grande fête des pains sans levain et des herbes amères, commémorant la sortie des Hébreux du pays d’Égypte, était aussi l’occasion d’un geste de clémence de la part du gouverneur, en libérant un prisonnier : « celui que demandait la foule… ». Le prisonnier que choisit la foule, en réponse à la question de Pilate, révéla l’esprit qui l’agitait. Ce ne fut peut-être pas le choix de quelques-uns parmi tous, mais ils furent entraînés par le courant général. Il est à constater que plus il y a d’individus assemblés, et moins il y a d’individualités. La foule, en effet, se compose d’un grand nombre de personnes, et les personnalités de toutes se dissolvent en une pensée unique, au point que la foule elle-même se comporte comme une personne collective à part entière, et dans un seul sens. Plus la foule est grande, et plus les pensées sont étroites. Il en résulte que l’idée arrêtée prend la place de la réflexion, et la passion celle de la raison, de telle sorte que toute compréhension spirituelle et tout jugement sont faussés ; ce contre quoi, déjà, Moïse mettait en garde, disant : « Tu ne suivras point la multitude pour faire le mal ; et tu ne déposeras point dans un procès en te mettant du côté du grand nombre, pour violer la justice… » Ex 23:2. Seul l’homme spirituel, né de nouveau, peut résister à la tentation de la sécurité qu’offre la foule, dont il sait que la protection, spirituellement, le perdrait.

  Pilate, s’adressant donc à la foule, dit : « Voulez-vous que je vous relâche le roi des Juifs ? Car il savait que c’était par envie que les principaux sacrificateurs l’avaient livré… ». En tant que gouverneur, Pilate connaissait la manière de mener une foule et d’orienter ses choix. En désignant Jésus comme le « roi des Juifs », c’était la meilleure manière d’attiser la jalousie et la haine des prêtres qui allaient, plus que lui-même, inciter la foule à demander la libération de Barabbas, et donc, par voie de conséquence, la condamnation de Jésus. A cause de ce sentiment de propre assurance découlant de l’accord unanime de la foule, les hommes qui la composent perdent le discernement spirituel en ce qui concerne les directions et les choix qui leur sont imposés. En plus, ce qui est tragique ici, c’est que ce sont les prêtres qui « excitèrent la foule » à demander la libération de Barabbas. D’où l’on voit que le pouvoir religieux et le pouvoir politique et civil, pour des raisons différentes, mais avec les mêmes méthodes, poursuivent le même but, confirmant en cela les paroles du Psalmiste, disant : « Pourquoi ce tumulte parmi les nations, et ces vaines pensées parmi les peuples ? Les rois de la terre se sont soulevés, et les princes se sont ligués contre le Seigneur et contre son Oint… » Act 4:25-26. Confirmant cela, l’Évangile nous rapporte que « ce même jour, Pilate et Hérode devinrent amis, d’ennemis qu’ils étaient auparavant… » Luc 23:12. Ceci, démontre que ce qui est « oint » de l’Esprit est toujours combattu ; et que cette opposition contre Jésus « réconcilie » même les adversaires. Ainsi, rien n’est plus étranger à ce qui est spirituel que ce qui est « religieux ». Car toute religion instituée par l’homme est l’altération de ce qui est spirituel, c’est-à-dire, une défiguration de « l’Image » de Christ comme de Son « Message ». Et cela est d’autant plus évident que cette foule manifesta son opposition à ce qui est spirituel, en rejetant le « Oint » qui en est la Source.

  L’on comprend combien peuvent être importantes les conséquences de la spontanéité et de l’élan d’une foule, selon qu’elle choisit et suit, comme un seul homme, ce qui est bien ou ce qui est mal. L’histoire humaine nous montre que la foule, de par sa nature influençable et impatiente, est plus encline à suivre le mal que le bien. Car, contrairement à ce qui est charnel, ce qui est spirituel ne peut être accepté qu’individuellement, étant donné l’implication spirituelle de la Vérité dans la vie de chacun en particulier. Tandis que l’homme, dans la foule, en acceptant ce qui est charnel, conforte et renforce d’autant plus son être naturel, c’est-à-dire, son « moi ». Ceci explique pourquoi la foule a choisi Barabbas plutôt que Jésus, parce qu’il est plus aisé de se comparer à un homme qu’au Fils de Dieu. En effet, il n’est pas difficile de se croire meilleur qu’un meurtrier, alors que Jésus-Christ, de par la Sainteté de Sa Vie, est incomparable. Or, spirituellement comme moralement, ce que l’homme ne peut atteindre, ce qui lui est inaccessible, le dérange, alors il veut soit l’ignorer soit le détruire. C’était là l’état d’esprit qui animait une grande partie de la foule à l’égard de Jésus ; cette foule qui, peu de temps auparavant, s’était écrié : « Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Béni soit le règne qui vient, le règne de David, notre Père ! Hosanna dans les lieux très hauts… ! » Marc 11:9-10, et qui, maintenant, criait à Pilate : « Crucifie, crucifie-le… ! » Luc 23:21.

  Le choix de la foule, demandant à Pilate la crucifixion de Jésus, était, certes, arrêté de la part de Dieu et annoncé par les prophètes. Mais cet événement dramatique met en lumière la nature pécheresse et ténébreuse du cœur de l’homme, révélée par cette parole de l’Écriture, disant : « Ce qui est spirituel n’est pas le premier, c’est ce qui est animal (littéralement : psychique) ; ce qui est spirituel vient ensuite… »  I Cor 15:46. La vérité de cette parole est confirmée dans nos vies mêmes. En réaction à des situations, des personnes ou des paroles imprévues ou inattendues, la spontanéité de nos pensées, de nos sentiments ou de nos paroles, parfois, répréhensibles, nous rappelle souvent que ce qui est animal, en effet, vient avant ce qui est spirituel. Le prophète Jérémie ne dit-il pas : « Le cœur est tortueux par-dessus tout, et il est méchant : Qui peut le connaître… ? » Jér 17:9. D’où vient donc que le racheté doive constater encore la vivacité de ce qui est « animal » en lui, de « voir » surgir du dedans de lui des pensées et des sentiments qu’il croyait disparus ? La cause en est cette idée selon laquelle, dès lors que la « nouvelle naissance » est opérée par l’Esprit, la perfection est en quelque sorte acquise  dans la vie du croyant. Or, l’on ne naît pas « adulte » spirituellement, mais on le devient ; et même lorsqu’on l’est devenu, il est bien souvent nécessaire de faire disparaître ce qui reste encore du « vieil homme… » Eph 4 :22. La perfection n’est donc pas l’aboutissement immédiat de la « nouvelle naissance », mais un long cheminement, une croissance qui s’opère durant tout le temps de notre vie, ici-bas, dans la foi au Fils de Dieu.

  La manifestation de ce qui est « animal » en l’homme est évidemment amplifiée dans la foule par le nombre même des personnes qui la composent. Ainsi, dans le domaine spirituel, le fait de savoir que l’on appartient à une dénomination ou à une communauté importante n’a jamais rendu spirituel celui qui en tire une satisfaction personnelle. A cet égard, il est frappant de constater qu’il n’est question de foules, spirituellement parlant, que dans le ciel, c’est-à-dire, dans l’Apocalypse où il nous est révélé « ces hommes de toute tribu, de toute langue, de tout peuple et de toute nation rachetés pour Dieu par le Sang de Jésus… » Apo 5:9, ou encore cette « grande foule, que personne ne pouvait compter, de toute nation, de toute tribu, de tout peuple et de toute langue. Ils se tenaient devant le trône et devant l’Agneau, revêtus de robes blanches, et des palmes dans leurs mains… » Apo 7:9. En effet, la recherche selon la chair, même pour Dieu,  de ce qui est grand ici-bas, réduit, à l’inverse, d’autant plus  la vie spirituelle, alors que la Grandeur des Choses célestes nous invite à une humilité, selon l’Esprit de laquelle jaillit une adoration sans limite vers Dieu, en considération du « poids éternel de Sa Gloire… » II Cor 4:17.

  Le nombre des croyants est, certes, important sur la surface de la terre, mais, connaissant la faiblesse de notre chair prompte à s’enorgueillir, Jésus nous dit, au travers de Ses disciples : « Ne crains point, petit troupeau ; car votre Père a trouvé bon de vous donner le royaume… » Luc 12:32. Ce « petit troupeau » n’est qu’une fraction du « corps de Christ » sur la terre, auquel nous appartenons, mais Jésus veut que nous n’en connaissions qu’une partie visible. Car la « petitesse » de cette partie de la « si grande nuée de témoins… » Héb 12:1, nous assure de la pleine efficacité de l’exhortation de Jésus, disant : « Ne crains point… », laquelle affermit d’autant plus notre communion avec Lui ; communion dont nous serions privés si nous nous satisfaisions de ce sentiment de propre assurance d’appartenir a quelque chose de grand. En effet, le fait de savoir, et surtout de « voir » que l’on appartient à quelque chose de « grand » satisfait la chair, et appauvrit l’esprit. Nous comprenons, alors, que si nous ne devons pas ignorer les choses qui nous sont salutaires, il en est d’autres, au contraire, qui ne nous sont salutaires qu’en demeurant cachées… car, élevés par Lui dans les cieux, ce « Jour » – là, Jésus suffira infiniment au-delà.