M201 – PEU DE PUISSANCE …

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  « Écris à l’ange de l’Église de Philadelphie : Voici ce que dit le Saint, le Véritable, celui qui a la clef de David, celui qui ouvre, et personne ne fermera, celui qui ferme, et personne n’ouvrira : Je connais tes œuvres. Voici, parce que tu as peu de puissance, et que tu as gardé ma parole, et que tu n’as pas renié mon nom, j’ai mis devant toi une porte ouverte, que personne ne peut fermer… » Apo 3:7-8.

  A l’ange, présentant l’état spirituel de l’Église de Philadelphie, Jésus dit : « Tu as peu de puissance… ». Cependant, les Paroles du Seigneur à son égard ne sont pas un reproche, contrairement à certaines autres Églises d’Asie. Mais quelle est donc la nature de ce « peu de puissance » ? Cette église était-elle faible spirituellement, petite ou méconnue ? Etait-elle perçue de la sorte par les incroyants ou par d’autres croyants d’alors ? Ce n’était, cependant, pas ainsi qu’elle était vue des yeux et du cœur de Dieu. Car comment le « peu de puissance » de cette église aurait-il pu la rendre capable de « garder Sa Parole », de « ne pas renier Son Nom », et d’avoir été aimée par le Seigneur, au point de faire venir « ceux de la synagogue de Satan », c’est-à-dire, « ses calomniateurs », pour « se prosterner à ses pieds… » ? Apo 2:9 et 3:9. Ce « peu de puissance » suscitant une telle constance ne saurait être qualifié de faiblesse. En effet, l’expression « peu de puissance » se traduit littéralement par « petite puissance », laquelle ne signifie pas, spirituellement, une puissance insuffisante, mais, au contraire, révèle les conditions appropriées pour recevoir la manifestation intérieure de la Puissance de Dieu.

  La compréhension spirituelle au sujet de la Puissance divine diffère totalement de la compréhension humaine. Il en est d’ailleurs de même de celle de la perfection, de la Grâce comme de la foi, ainsi que l’écrit l’apôtre Paul : « A chacun de nous la Grâce a été donnée selon la mesure du don de Christ… » Eph 4:7, et encore : « Par la grâce qui m’a été accordée, je dis à chacun de vous de n’avoir pas de lui-même une trop haute opinion, mais de revêtir des sentiments modestes, selon la mesure de foi que Dieu a départie à chacun… » Rom 12:3. Il y a donc, non pas une portion semblable, mais une mesure différente de Grâce et de foi, donnée à chacun en particulier. Dieu ne regarde pas à la quantité de la foi reçue, mais à la qualité de la fidélité dans laquelle celle-ci est vécue dans notre vie. Entre un verre et un vase d’eau pure, la quantité est différente, mais la pureté de l’un et de l’autre est exactement la même.

  La parabole des « talents » est révélatrice de la Pensée de Dieu à cet égard. Un homme, partant pour un voyage, remit cinq talents à un serviteur, deux talents au deuxième et un seul au troisième. Le premier serviteur fit valoir ses cinq talents et en gagna cinq autres, le deuxième fit valoir ses deux talents et en gagna deux autres, quant au troisième, il fit un creux dans la terre et cacha son talent sans le faire valoir. A son retour, le maître leur fit rendre compte. Le premier serviteur s’approcha et dit : « Seigneur, tu m’as remis cinq talents ; voici, j’en ai gagné cinq autres. Son maître lui dit : C’est bien, bon et fidèle serviteur ; tu as été fidèle en peu de chose, je te confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton maître. Celui qui avait reçu les deux talents s’approcha aussi, et il dit : Seigneur, tu m’as remis deux talents ; voici, j’en ai gagné deux autres. Son maître lui dit : C’est bien, bon et fidèle serviteur ; tu as été fidèle en peu de chose, je te confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton maitre… » Matt 25:20-23. Ce serviteur, qui avait remis les quatre talents, reçut de son maître la même louange, que celui-ci adressa au premier qui lui avait remis les dix talents. Le maître ne regarda donc pas le serviteur qui avait les dix talents comme étant plus fidèle que celui qui avait les quatre talents, et celui-ci ne fut pas regardé comme étant moins consacré que le premier. Car, tous les deux avaient pareillement doublé ce qu’ils avaient différemment reçu, à la grande joie de leur maître. En effet, étant donné la diversité de la vie et de la nature des rachetés, ainsi que de l’appel reçu d’En-Haut, Dieu nous donne et nous demande des choses différentes, apparemment inégales à nos yeux ; cependant, les œuvres accomplies en nous et par nous par le Saint-Esprit, étant inscrites dans le Dessein de Dieu, aboutissent à la même Approbation divine et au même But éternel.

  Ce « peu de puissance » renferme de profondes réalités qui constituent notre vie spirituelle en rapport avec la Personne du Seigneur Jésus, au sujet duquel l’apôtre nous exhorte, disant : « Ayez en vous les sentiments qui étaient en Jésus-Christ, lequel, existant en forme de Dieu, n’a point regardé comme une proie à arracher d’être égal avec Dieu, mais s’est dépouillé lui-même, en prenant une forme de serviteur, en devenant semblable aux hommes ; et, ayant paru comme un simple homme, il s’est humilié lui-même, se rendant obéissant jusqu’à la mort, même jusqu’à la mort de la croix… » Phil 2:5-8. Jésus accepta et vécut la faiblesse extrême, et même au-delà jusqu’à la mort de la croix, afin que par Sa Résurrection nous connaissions « l’infinie grandeur de sa puissance, se manifestant avec efficacité par la vertu de sa force… » Eph 1:19. Il n’est pas d’authentiques manifestations de puissance spirituelle sans l’acceptation de la faiblesse « en Christ », car, sans cette faiblesse, victorieuse de nos propres forces, toute autre puissance ne peut être que d’origine humaine ou démoniaque. C’est dans ce sens que Paul écrit aux Corinthiens : « Je n’userai d’aucun ménagement, puisque vous cherchez une preuve que Christ parle en moi, lui qui n’est pas faible à votre égard, mais qui est puissant parmi vous. Car il a été crucifié à cause de sa faiblesse, mais il vit par la puissance de Dieu ; nous aussi, nous sommes faibles en lui, mais nous vivrons avec lui par la puissance de Dieu pour agir envers vous… » II Cor 13:2-4. En tant que Fils de l’homme, Jésus a été crucifié « à cause de sa faiblesse », mais la cause de sa faiblesse provient, non pas de Lui, mais du poids écrasant de notre nature humaine (celle-ci sans péché), dans laquelle Il fut incarné. Quant à nous, plus nous sommes conscients de notre propre faiblesse en Dieu, plus nous recevons de Lui la Force de persévérer en Lui, Force qui, en même temps, tire parti de notre faiblesse en la compensant, spirituellement.

  « Parce que tu as gardé la parole de la persévérance en moi, dit Jésus à l’ange de l’Église de Philadelphie, je te garderai aussi à l’heure de la tentation qui va venir sur le monde entier, pour éprouver les habitants de la terre. Retiens ce que tu as, afin que personne ne prenne ta couronne… » Apo 3:10-11. Qui pourra donc être gardé de cette tentation qui vient, se manifestant, soit par la persécution, soit par la séduction suivant les temps et les lieux, si ce n’est par la Toute-puissance de Dieu et l’Autorité de Christ. Or, c’est précisément par le « peu de puissance » que cette tribulation, préfigurant celle qui est à venir, est surmontée par l’Église de Philadelphie. Comment cela est-il possible ? L’Écriture nous révèle la Sagesse et la Profondeur de cette Manière d’agir de la part de Dieu. Jonathan, fils de Saül, accompagné de celui qui portait ses armes, prit l’initiative, inspirée de l’Éternel, de pousser jusqu’au camp des Philistins, en disant à son écuyer : « Peut-être l’Éternel agira-t-il pour nous, car rien n’empêche l’Éternel de sauver au moyen d’un petit nombre comme d’un grand nombre… »  I Sam 14:6. Et tous deux attaquèrent le poste et le camp de l’armée ennemie, puis Israël, se joignant à eux, ils infligèrent une grande défaite aux Philistins. En vérité, l’Éternel peut sauver par « un petit nombre », car, seulement spirituellement, un petit nombre a la même force qu’un grand nombre.

  Il en est donc de même de ce « peu de puissance » qui procède de la Toute-puissance divine. Car il ne faut rien de moins que la Puissance de Dieu pour vaincre l’adversaire, mais ce sera là aussi par « un petit nombre » que les croyants vaincront. Il est de la Sagesse divine de nous donner juste ce qu’il faut, parfois même un peu au-dessous, et cela dans le seul but de nous maintenir constamment dépendants de Dieu, lequel, faisant s’ébranler Son Armée céleste, accorde la victoire. En effet, notre « moi », par lequel Satan agit, étant brisé, l’adversaire de nos âmes, ne trouvant plus en nous le moyen de nous nuire, est alors vaincu.

La Profondeur de la Sagesse d’En-Haut nous révèle que ce « peu de puissance » est la « pointe » visible de la Puissance invisible de l’Esprit de Dieu. Car les choses éternelles sont invisibles, et ce sont déjà ces choses invisibles que ce « peu » de la Puissance divine manifeste pleinement, révélant à nous-mêmes, ainsi qu’à autrui, cette vie intérieure cachée et victorieuse qui fait que nous sommes regardés, ainsi que l’apôtre l’écrit : « Comme mourants, et voici, nous vivons ; comme châtiés, quoique non mis à mort ; comme attristés, et nous sommes toujours joyeux ; comme pauvres, et nous en enrichissons plusieurs ; comme n’ayant rien, et nous possédons toutes choses… » II Cor 6:9-10. Il découle de ces paroles que, inversement, le fort découvre la force de celui qu’il croyait faible, et le faible découvre la faiblesse de celui qu’il croyait fort.