M198 – COMME BLESSÉE A MORT …

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  « Puis je vis monter de la mer une bête qui avait dix cornes et sept têtes, et sur ses cornes dix diadèmes, et sur ses têtes des noms de blasphèmes. La bête que je vis était semblable à un léopard ; ses pieds étaient comme ceux d’un ours, et sa gueule comme une gueule de lion. Le dragon lui donna sa puissance, et son trône, et une grande autorité. Et je vis l’une de ses têtes comme blessée à mort ; mais sa blessure mortelle fut guérie. Et toute la terre était dans l’admiration derrière la bête… »  Apo13:1-3.

  L’Apocalypse nous révèle le « mystère de l’iniquité » par le moyen de représentations spirituelles, et la « bête qui monte de la mer » représente une de ces manifestations diaboliques. Sur cette « bête », dit l’Écriture, est assise la « grande prostituée » dont le nom est : « Babylone la grande, la mère des impudiques et des abominations de la terre… » Apo 17:5 ; cette bête monte « de la mer », ainsi, la « prostituée » se trouve donc « assise sur les grandes eaux… » Apo 17:1. Qui sont ces « grandes eaux » ? L’ange dit à Jean : « Les eaux que tu as vues, sur lesquelles la prostituée est assise, ce sont des peuples, des foules, des nations et des langues… » Apo 17:15. Ainsi, les « grandes eaux » représentent cette foule d’hommes et de femmes, c’est-à-dire l’humanité, qui, recevant l’esprit de séduction, accepte la domination de la bête. C’est ce qui explique que « toute la terre était dans l’admiration derrière la bête… ». « Derrière la bête… ? » parce que l’esprit séducteur ne se montre jamais « de face », il dissimule toujours son vrai visage, et ses desseins pernicieux. Quel est donc la nature de cette bête ? Le terme original désigne spécifiquement une bête sauvage et féroce. Contrairement aux animaux apprivoisés ou apprivoisables, il s’agit d’une bête que les hommes ne peuvent dompter. Or, pour en revenir au sens spirituel, le fait que les hommes sont dans l’admiration derrière la « bête » démontre qu’elle les mène où elle veut.

  Le mystère des ténèbres se révèle également par l’apparition d’une autre « bête » de même nature, ainsi que le rapporte Jean, disant : « Puis je vis monter de la terre une autre bête, qui avait deux cornes semblables à celles d’un agneau, et qui parlait comme un dragon. Elle exerçait toute l’autorité de la première bête en sa présence, et elle faisait que la terre et ses habitants adoraient la première bête, dont la blessure mortelle avait été guérie. Elle opérait de grands prodiges, même jusqu’à faire descendre du feu du ciel sur la terre, à la vue des hommes. Et elle séduisait les habitants de la terre par les prodiges qu’il lui était donné d’opérer en présence de la bête, disant aux habitants de la terre de faire une image à la bête qui avait la blessure de l’épée et qui vivait… » Apo 13:11-14. Par l’intermédiaire de la « bête qui monte de la terre », la « bête qui monte de la mer » manifeste sa puissance dominatrice sur les hommes fascinés par les manifestations de l’esprit de séduction. Mais l’aspect le plus étrange qui pousse les hommes à être dans l’admiration derrière la bête consiste dans le fait que l’une de ses têtes se présente « comme blessée à mort », une tête qui avait « la blessure de l’épée et qui vivait ».

  L’apôtre Paul exhorte : « Au reste, frères, fortifiez-vous dans le Seigneur, et par sa force toute-puissante. Revêtez-vous de toutes les armes de Dieu, afin de pouvoir tenir ferme contre les ruses du diable… » Eph 6:10-11. L’adversaire cherchera toujours à ce que nous ne connaissions pas, ou à ce que nous ne puissions pas utiliser nos armes spirituelles contre lui. Mais à cela s’ajoute une autre tentative encore plus subtile de sa part qui consiste en ce que, par « pitié » pour lui, nous nous abstenions même de le combattre… ! En effet, qui oserait frapper une tête déjà « blessée » ? Quand bien même celle-ci appartiendrait à la bête ? Qui achèverait ce qui est près de mourir ? Car, outre le fait de « dérober, d’égorger et de détruire… » Jean 10:10, une des ruses du diable consiste également, en certaines circonstances, à susciter « l’attendrissement ». Illustrant cette réalité, l’Écriture nous rapporte que les enfants d’Israël, lors de la conquête de Canaan, devaient détruire entièrement les nations du pays, afin de ne pas être tentés d’adorer leurs idoles, et d’être détruits comme elles. Ainsi, après la prise de Jéricho, dit l’Écriture « les habitants de Gabaon, de leur côté, lorsqu’ils apprirent de quelle manière Josué avait traité Jéricho et Aï, eurent recours à la ruse, et se mirent en route avec des provisions de voyage. Ils prirent de vieux sacs pour leurs ânes et de vieilles outres à vin déchirées et recousues ; ils portaient à leurs pieds de vieux souliers raccommodés, et sur eux de vieux vêtements ; et tout le pain qu’ils avaient pour nourriture était sec et en miettes… » Josué 9:3-5 Ces hommes vinrent donc auprès de Josué, et lui dirent qu’ils venaient d’un pays éloigné, alors qu’ils habitaient parmi eux, et qu’ils voulaient faire alliance avec Israël. Et Israël, « sans consulter l’Éternel… », fit alliance avec eux, alors qu’ils auraient dû les détruire. Aussi durent-ils leur laisser la vie « à cause du serment fait devant l’Éternel… » Josué 9:18-19. Combien de situations semblables dans nos vies de croyants, où nous n’avons pas toujours su discerner l’action de l’adversaire, lequel, au lieu de dominer ou d’effrayer, au contraire, présentait un aspect inoffensif, émouvant même. D’où la nécessité de connaître les différentes faces de Satan, et de posséder le discernement spirituel révélant que l’apparente faiblesse fait également partie des moyens de séductions de Satan qui, selon les circonstances, soit « domine » les faibles, soit « attendrit » les forts… ou ceux qui se le croient.

  L’adversaire par la persécution cherche à décimer les enfants de Dieu. Mais sa victoire la plus achevée consiste plus encore, non pas à détruire la vie physique, mais à éteindre la vie spirituelle du croyant. Car il sait que les chrétiens « morts vivants » sont ce qu’il y a de plus nuisible dans l’Église de Jésus-Christ, alors que le témoignage que laissent les martyrs l’affermit. C’est ainsi que, dans ce cas, il agira, non pas en tant que persécuteur et destructeur, mais en tant que séducteur et tentateur. Lors des tentations de Jésus dans le désert, nous relevons cette manière d’agir du diable qui feignit de « se préoccuper de son sort ». En effet, « après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, dit l’Écriture, Jésus eut faim. Le tentateur, s’étant approché, lui dit : Si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains… » Matt 4:2-3. Or, en obéissant au tentateur qui l’engageait à « prendre soin de Lui-même », Jésus aurait désobéi à Dieu, Son Père, et c’est ce que le diable cherchait. Puis, ayant placé Jésus « sur le haut du temple, il lui dit : Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit : Il (Dieu) donnera des ordres à ses anges à ton sujet, et ils te porteront sur les mains, de peur que ton pied ne heurte contre une pierre… » Matt 4:5-6. Toute vérité de l’Écriture, tordue et citée par le diable, devient un mensonge dans sa bouche, et, en acceptant cette protection, c’eût été en Satan, et non en Dieu, que Jésus se serait confié. Enfin, le tentateur, l’ayant transporté sur une montagne très élevée, et lui ayant montré « tous les royaumes et leur gloire, lui dit : Je te donnerai toutes ces choses, si tu te prosternes et m’adores… » Matt 4:8-9. Mais Jésus savait qu’il était venu, non pas pour recevoir des « royaumes et leur gloire », mais pour « faire de toutes les nations des disciples… » Matt 28:19, et cela seulement après avoir été crucifié et ressuscité. Car ce n’est pas pour lui épargner les souffrances que le diable aurait cherché à empêcher Jésus de mourir sur la croix, mais afin de nous priver du seul moyen de rédemption par lequel nous devions être sauvés.

  Ainsi, lorsque l’adversaire, au lieu de nous accabler de son joug, semble, contrairement à sa nature, exprimer de la sollicitude à notre égard, nous proposer de faciliter notre marche spirituelle, ou encore d’alléger le poids de notre croix, c’est alors que nous avons à discerner que ce qui nous émeut, ce qui nous attendrit de sa part est la plus sournoise, la plus dangereuse, la plus mortelle de toutes ses ruses.

  L’une des plus subtiles contrefaçons de Jésus, par Satan, nous est révélée. En effet, l’une des têtes de la bête que Jean a vue « comme blessée à mort » est « immolée » ; l’expression et le verbe utilisés ici se trouvent être les mêmes qui décrivent « l’Agneau de Dieu », au milieu du trône, qui était là, Lui aussi, « comme immolé » Apo 5:6. Ici encore, le but du diable est de présenter les souffrances de Jésus-Christ crucifié comme n’étant qu’une souffrance toute humaine, suscitant un sentiment « d’apitoiement », lequel sentiment, par sa nature humaine, voile, non seulement ce qui est spirituel et éternel, mais encore la nécessité de la repentance conduisant au salut. De là, l’esprit séducteur cherche à susciter en nous un sentiment de « pitié » à l’égard de la bête « ayant la blessure de l’épée », sentiment de pitié qui alors atténue la gravité même du péché. Ainsi, la faiblesse « feinte » du diable tend à effacer dans notre conscience nos propres faiblesses, mais dont seul l’Agneau de Dieu nous affranchit en nous faisant participer à Sa Victoire en nous et par nous sur l’adversaire vaincu.