M196 – LA PRÉDICATION DE LA CROIX …

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  « Ce n’est pas pour baptiser que Christ m’a envoyé, c’est pour annoncer l’Évangile, et cela sans la sagesse du langage, afin que la croix de Christ ne soit pas rendue vaine. Car la prédication de la croix est une folie pour ceux qui périssent ; mais pour nous qui sommes sauvés elle est une puissance de Dieu. Aussi est-il écrit : Je détruirai la sagesse des sages, et j’anéantirai l’intelligence des intelligents… » I Cor 1:17-19.

  De toutes les sortes de prédications, en quoi la « prédication de la croix » se distingue-t-elle ? A-t-elle la croix pour unique sujet et pour seul message ? Non point, mais de la croix découle la Puissance de la Parole qui sauve, d’elle procède la prédication de la « sagesse infiniment variée de Dieu… » Eph 3:10. La prédication de la croix est la seule parole dont le retentissement et les effets subsistent jusque dans l’éternité. Or, si la prédication de la croix est une « folie pour ceux qui périssent », c’est à-dire ceux qui ne croient point, elle l’est également pour les croyants charnels. En effet, la séduction, qui « rend vaine » la croix, agit au travers de la chrétienté par cette tentation de vouloir rendre compréhensible la Parole de Dieu avec la sagesse de ce monde, et non selon la Sagesse de Dieu vivifiée par l’Esprit de révélation. La ruse de l’adversaire consiste à annuler la puissance de la croix dans l’église, au travers de la prédication de personnes qui, précisément, n’ont pas été crucifiées avec Christ. Et cette sagesse selon le monde, c’est la prédication « adaptée » de la Parole à ce qui est terrestre plutôt qu’en vue de ce qui est éternel, ainsi que le dit l’Écriture au sujet des faux prophètes : « Eux, ils sont du monde ; c’est pourquoi ils parlent d’après le monde, et le monde les écoute… » I Jean 4:5, de même le croyant encore « ami du monde… » Jac 4:4.

  De même que nous avons vu la distinction entre la prédication de la croix et la prédication selon le monde, de même nous pouvons distinguer entre le croyant spirituel et le croyant charnel. L’apôtre Paul écrit aux croyants de Philippes : « Soyez tous mes imitateurs, frères, et portez les regards sur ceux qui marchent selon le modèle que vous avez en nous. Car il en est plusieurs qui marchent en ennemis de la croix de Christ, je vous en ai souvent parlé, et j’en parle maintenant encore en pleurant. Leur fin sera la perdition ; ils ont pour Dieu leur ventre, ils mettent leur gloire dans ce qui fait leur honte, ils ne pensent qu’aux choses de la terre… » Phil 3:17-19. Ces « ennemis de la croix », c’est « en pleurant » que Paul en parle, laissant entrevoir, par cette noble émotion, sa sollicitude envers ses frères et sœurs en la foi, et exprimant par là le fardeau de l’intercession et le combat qu’il soutient pour eux. Parfois, des pleurs font plus que beaucoup de paroles. Car celui qui est « ennemi de la croix » ne porte ses regards que sur les « choses de la terre », ce qui, naturellement, correspond à ses pensées, à sa nature, aussi ne peut-il supporter la prédication de la croix dont le but, précisément, est de l’affranchir de l’esprit de ce monde.

  « Pour ce qui me concerne, écrit l’apôtre, loin de moi la pensée de me glorifier d’autre chose que de la croix de notre Seigneur Jésus-Christ, par qui le monde est crucifié pour moi, comme je le suis pour le monde… » Gal 6:14. Ces paroles nous révèlent deux aspects de la crucifixion : notre crucifixion par rapport au monde, et la crucifixion du monde par rapport à nous. Or, le croyant charnel se dit être crucifié en Christ, mais le monde ne l’est pas pour lui, parce qu’il est encore bien vivant dans son cœur, et révèle donc que la crucifixion n’est pas effective dans sa vie. Tel autre pense, par sa propre assurance ou sa propre justice, triompher du monde, mais l’esprit de celui-ci révélera, tôt ou tard, ce qui du monde subsiste encore en lui et qui n’a pas été crucifié. D’où nous voyons que la crucifixion, opérée au-dedans de nous par Christ, nous a donné la puissance victorieuse pour résister à l’esprit de ce monde et c’est au travers de cette œuvre purificatrice que nous comprenons la nature de ce qui nous appartient en Christ, ainsi que le dit l’Écriture : « Que personne donc ne mette sa gloire dans des hommes ; car tout est à vous, soit Paul, soit Apollos, soit Céphas, soit le monde, soit la vie, soit la mort, soit les choses présentes, soit les choses à venir. Tout est à vous ; et vous êtes à Christ, et Christ est à Dieu… »  I Cor 3:21-23.

  La recherche des hommes se situe dans deux domaines différents, ainsi que l’écrit l’apôtre : « Les Juifs demandent des miracles et les Grecs cherchent la sagesse : nous, nous prêchons Christ crucifié ; scandale pour les Juifs et folie pour les païens, mais puissance de Dieu et sagesse de Dieu pour ceux qui sont appelés, tant Juifs que Grecs… » I Cor 1:22-24. La recherche de la connaissance comme celle du surnaturel ne conduisent pas nécessairement à Christ. De plus, cette manière de chercher, qui n’aboutit pas, est déjà démontrée dans les Écritures : « Les païens qui ne cherchaient pas la justice, dit-elle, ont obtenu la justice, la justice qui vient de la foi, tandis qu’Israël, qui cherchait une loi de justice, n’est pas parvenu à cette loi. Pourquoi ? Parce qu’Israël l’a cherchée, non par la foi, mais comme provenant des œuvres… » Rom 9:30-32. L’esprit dans lequel l’Israélite cherche la justice est, en lui précisément, l’obstacle pour la recevoir. La manière de rechercher ce que l’on s’est fixé soi-même, l’esprit dans lequel l’on a décidé de trouver ce que l’on veut empêche, par là même, de recevoir le discernement des choses que Dieu a réservées à chacun de nous. De même que les vérités que l’on statue sont « statufiées », de même ce que l’homme se fixe « fige » son esprit qui, dès lors, ne peut plus s’ouvrir à la Vie et au Sens spirituel de la Parole. De là les Paroles de l’Écriture, disant : « Je détruirai la sagesse des sages et j’anéantirai l’intelligence des intelligents… ». C’est ici l’œuvre de la croix par la prédication de la Parole et son œuvre intérieure de crucifixion et de résurrection dans la vie du racheté. Œuvre divine que l’intelligence et la sagesse ne cherchaient pas, et surtout à laquelle elles ne s’attendaient pas. Cependant, il n’est pas écrit que Dieu détruirait les « sages » et les « intelligents », mais que, par la prédication de la croix, Il détruirait l’« intelligence » et la « sagesse » humaines, qui détournent et privent les hommes du Salut auquel Dieu les appelle : Matt 11:25.

  « Puisque le monde, avec sa sagesse, dit l’Écriture, n’a point connu Dieu dans la sagesse de Dieu, il a plu à Dieu de sauver les croyants par la folie de la prédication… » I Cor 1:21. Le monde a sa propre sagesse, et la prédication de la croix ne consiste pas en une sagesse plus grande ou plus profonde, car une sagesse plus élevée que celle des hommes n’en demeurerait pas moins une sagesse selon ce monde que seuls quelques initiés pourraient comprendre. Ainsi, la prédication de la croix n’est pas une sagesse supérieure à celle du monde, mais une sagesse d’une autre nature, c’est-à-dire, divine, comparable à aucune autre. L’apôtre Paul écrit aux Éphésiens, qu’à lui « le moindre de tous les apôtres, cette grâce a été accordée d’annoncer aux païens les richesses incompréhensibles de Christ… » Eph 3:8. L’apôtre qui, par l’Esprit, veillait à rendre la Parole compréhensible à ceux qui l’écoutaient, n’a pas dit qu’il annonçait les Richesses « incohérentes », mais « incompréhensibles » de Christ ! Incompréhensibles, dans ce sens qu’elles ne deviennent spirituellement compréhensibles que par la Révélation de l’Esprit d’en haut, ouvrant notre esprit à Sa Parole.

  Avec l’Aide de Dieu, nous saisissons ce que la crucifixion de Jésus apporta à la Parole prêchée,  l’Écriture déclare, en effet : « Nous avons, au moyen du sang de Jésus, une libre entrée dans le sanctuaire par la route nouvelle et vivante qu’il a inaugurée pour nous au travers du voile, c’est-à-dire, de sa chair… » Héb 10:19-20. Cette entrée dans le ciel, par la route nouvelle au travers du voile de la chair percée de Jésus, la prédication de la croix la rend effective déjà en nous par le Saint-Esprit. Car l’accès par la Parole de Dieu s’opère par l’Esprit, qui seul pénètre au-delà du voile « intérieur » de notre cœur, en « crucifiant notre chair avec ses passions et ses désirs… » Gal 5:24, ainsi que l’écrit l’apôtre : « Jusqu’à ce jour, quand on lit Moïse, un voile est jeté sur leurs cœurs ; mais lorsque les cœurs se convertissent au Seigneur, le voile est ôté… » II Cor 3:15-16.

  « Golgotha… », là où Jésus fut crucifié. Il est à relever que les Évangiles expriment tous ce mot hébreu qui signifie : le « crâne » Matt 27:33. Ceci est plus qu’une coïncidence, c’est une Intention divine. Qu’est-ce qui résiste le plus à l’Esprit de Dieu, si ce n’est nos propres pensées ? Or le Sang de Jésus, qui a jailli de la croix dressée sur le « lieu du crâne », purifia nos cœurs. Une croix plantée dans un crâne, ceci est plus qu’un symbole, car il n’est aucun autre pouvoir que la Puissance divine, qui puisse convaincre de folie les pensées des hommes, et les « rendre sages à salut par la foi en Jésus-Christ.