M192 – QUE VOUS NE SOYEZ SÉDUITS …

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   « Comme quelques-uns parlaient des belles pierres et des offrandes qui faisaient l’ornement du temple, Jésus dit : Les jours viendront où, de ce que vous voyez, il ne restera pas pierre sur pierre qui ne soit renversée. Ils lui demandèrent : Maître, quand donc cela arrivera-t-il, et à quel signe connaîtra-t-on que ces choses vont arriver ? Jésus répondit : Prenez garde que vous ne soyez séduits. Car plusieurs viendront sous mon nom, disant : C’est moi, et le temps approche. Ne les suivez pas… » Luc 21:5-8.

  Est-il une espérance plus grande que celle du Retour de Jésus-Christ ? Tout racheté vit et vibre de ces Paroles mêmes du Seigneur, disant : « Celui qui atteste ces choses dit : Oui, je viens bientôt. Amen ! Viens, Seigneur Jésus… » Apo 22:20. L’attente de cette promesse est exprimée par cette question des disciples, adressée à Jésus : « Dis-nous, quand cela arrivera-t-il, et quel sera le signe de ton avènement et de la fin du monde… ? » Matt 24:3. Une telle question est légitime. Cependant, lorsque cette attente, de spirituelle qu’elle était, devient charnelle, c’est-à-dire, lorsque l’impatience prend la place de la persévérance, c’est alors la porte ouverte au Séducteur, lequel suscite des faux prophètes, des fausses doctrines, des faux réveils et des signes mensongers, semant la confusion dans les esprits et détournant  les cœurs de se nourrir des « saines paroles de notre Seigneur Jésus-Christ… » I Tim 6:3.

  Jésus donc dit : « Plusieurs viendront sous mon nom, disant : C’est moi, et le temps approche. Ne les suivez pas… ». « Le temps approche… », ces paroles nous révèlent que les tentatives de séduction sont toujours en rapport avec l’imminence des événements prophétiques, soit de l’Avènement du Seigneur, soit de l’accomplissement de telle ou telle prophétie des temps de la fin. Ceci est le cas, en effet, lorsque des personnes disent avoir reçu un message en vue de préparer et d’unir les vrais croyants, à la rencontre du Seigneur. Or, il se trouve que ces messages, non seulement n’unissent pas les croyants, mais les divisent davantage. Puis le zèle de ces personnes se change en intolérance, ramenant la glorieuse proclamation de la venue de l’Époux divin à des opinions humaines, selon lesquelles un seul messager, ou une seule doctrine, ou l’appartenance à un seul groupe apportant l’unique message, préparerait en vue de l’accomplissement des Desseins de Dieu.

  Que l’attente d’un événement à venir soit le terrain propice où le Séducteur agit en tordant la vérité qui l’annonce, ceci est connu et exposé dès le commencement de l’Église. En effet, l’apôtre Paul écrit aux Thessaloniciens : « Pour ce qui concerne l’avènement de notre Seigneur Jésus-Christ et notre réunion avec lui, nous vous prions, frères, de ne pas vous laisser facilement ébranler dans votre bon sens, et de ne pas vous laisser troubler, soit par quelque aspiration, soit par quelque parole, soit par quelque lettre qu’on dirait venir de nous, comme si le jour du Seigneur était déjà là… » II Thess 2:1-2. Tout événement capital ou crucial est vécu, soit en s’y préparant spirituellement, soit humainement en agissant selon ses propres idées. La nécessité de cette exhortation à « ne pas se laisser ébranler » ni « troubler » indique donc que tout croyant est susceptible de perdre son « bon sens », s’il ne fait de la Parole de Dieu le seul « Rocher » sur lequel se fonde sa foi.

  « Prenez garde que vous ne soyez séduits… ». Par ces paroles, Jésus fait appel à l’intelligence éclairée par le Saint-Esprit. Ceci révèle que l’inspiration divine, par laquelle la Parole est reçue, loin d’ignorer ou de contrer notre intelligence, la renouvelle par l’Esprit de Dieu. L’apôtre Paul écrit : « Nous renversons les raisonnements et toute hauteur qui s’élève contre la connaissance de Dieu, et nous amenons toute pensée captive à l’obéissance de Christ… » II Cor 10:5. Les « armes puissantes » de la Parole de Dieu, loin de détruire nos pensées, les rendent « captives », c’est-à-dire, en réalité, renouvelées et éclairées de la « Pensée de Christ », parce que notre intelligence, dont elles découlent, participe elle aussi de la régénération en nous par l’Esprit-Saint. Ainsi, l’impératif de Jésus : « Prenez garde… » indique notre part de responsabilité qui, loin d’infirmer la Protection divine, en est, au contraire, un élément constitutif. Car une protection qui obligerait à faire le bien serait, non pas un abri contre le mal, mais une prison qui ferait de la pratique du bien même un asservissement plutôt qu’une joie ; et cette protection « imposée » rendrait le discernement inutile, alors que le discernement spirituel est constitutif de la maturité de l’homme spirituel.

  Au temps de la séduction, il se manifeste toujours l’émergence de personnalités particulières, attirant l’attention des croyants. L’apôtre s’adressant aux anciens de l’Église d’Éphèse dit : « Je sais qu’il s’introduira parmi vous, après mon départ, des loups cruels qui n’épargneront pas le troupeau, et qu’il s’élèvera du milieu de vous des hommes qui enseigneront des choses pernicieuses, pour entraîner les disciples après eux… » Act 20:29-30. Le Séducteur trouvera toujours tel prédicateur ou autre, convaincu de son importance et de la vérité dont il se croit seul dépositaire et l’annonciateur. Évidemment, mis à part de rares exceptions, cette personne ne se présentera pas, en disant : Je suis le Christ ! Le Séducteur est plus habile que cela en milieu chrétien, en effet, Jésus dit : « Plusieurs viendront sous mon nom, disant : C’est moi… » Or, le fait de dire, ou de se dire : C’est moi ! Est révélateur du « moi », précisément. En effet, avant toute erreur doctrinale ou de comportement, la séduction naît de ce désir irrépressible du « moi », qui est de vouloir dominer ses frères et sœurs en la foi par une originalité, par laquelle il se distingue d’eux. Il ne reste plus alors au Séducteur qu’à manifester cette particularité au moyen d’une ou de plusieurs vérités, isolées les unes des autres et, en tordant les Ecritures, leur donner un sens différent et les présenter comme étant une nouvelle révélation. Le Séducteur aime ce qui est « original », mais il hait ce qui est « originel ».

  En annonçant que des faux christs et des faux prophètes feront des prodiges et des miracles « au point de séduire, s’il était possible, même les élus… » Matt 24:24, Jésus nous apprend que les croyants spirituels, aussi bien que les croyants charnels, sont concernés par la fascination de la séduction. En quoi peuvent-ils donc être tentés par elle ? Il est nécessaire ici de rappeler que la séduction agit en des temps d’inertie spirituelle comme en des temps d’effervescence spirituelle, et en l’absence de la « prédication de la croix ». Dans une telle confusion, le croyant spirituel soupire donc après ce qui est substantiel, profond et durable, mais il ne le trouve point. Le Séducteur suscite alors des messages faussement prometteurs, des expériences imitant la Présence de Dieu, des prophéties trompeuses. Aussi, dans sa recherche sincère de l’authentique, pour ne pas dire de « l’absolu », l’homme spirituel serait tenté de se laisser attirer par ce qui semblerait être une réponse à ses aspirations profondes. D’où le danger d’être « ébranlé et troublé » par ces révélations mensongères et de perdre ce qu’il avait encore spirituellement jusqu’alors. Mais les élus échappent à ce danger, car, à cause d’eux, dit l’Écriture « ces jours seront abrégés… » Matt 24:22. Ceci signifie que la pression sur nos cœurs de ces temps de ténèbres et de fausses lumières, se trouve quelque peu diminuée par l’effet de la Grâce. La séduction prône soit le chemin de la facilité, soit les efforts méritoires, et ce n’est que lorsque l’on cherche à s’y soustraire qu’elle se révèle comme mettant sur nous un joug  ou nous enveloppe à notre insu… Mais le Seigneur secourt Ses enfants qui expérimentent alors ces paroles du Psalmiste, disant : « Le sceptre de la méchanceté ne restera pas sur le lot des justes, afin que les justes ne tendent pas la main vers l’iniquité… » Ps 125:3.

  Le problème est donc toujours ce « moi » qui, refusant d’être crucifié, ouvre la porte au Séducteur, au point de recevoir inconsciemment ses pensées, ainsi que l’écrit l’apôtre Jacques : « Mettez en pratique la parole et ne vous bornez pas à l’écouter, en vous trompant vous-mêmes par de faux raisonnements … » Jac 1:22. Et l’apôtre Jean de le confirmer : « Si nous disons que nous n’avons pas de péché, nous nous séduisons nous-mêmes, et la vérité n’est pas en nous… » I Jean 1:8. Gardons-nous donc des fausses excuses que le diable inspire, pour ne pas aller au fond des problèmes qui, ainsi, ne sont jamais réglés, parce que rejetant toujours la faute ailleurs que sur soi. C’est par de tels mensonges que le Séducteur maintient dans la défaite l’âme qui, sans cesse, accuse les autres ou les circonstances de ses faiblesses. D’entre les arguments de mauvaise foi par lesquels l’on se séduit soi-même, qui n’a donc jamais, un jour, exprimé ou pensé cette parole : « Je n’y puis rien ! Le diable m’a piégé… » ? Mais cette réceptivité à la séduction n’indiquerait-elle pas, en partie, la présence en soi d’une propre assurance ?