M191 – CELUI QUI EST NOBLE …

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  « Les armes du fourbe sont pernicieuses ; il forme de coupables desseins, pour perdre les malheureux par des paroles mensongères, même quand la cause du pauvre est juste. Mais celui qui est noble forme de nobles desseins, et il persévère dans ses nobles desseins… »  Ésaïe 32:7-8.      

  L’apôtre Paul, s’adressant aux croyants de Corinthe, écrit : « Considérez, frères, que parmi vous qui avez été appelés il n’y a ni beaucoup de sages selon la chair, ni beaucoup de puissants, ni beaucoup de nobles… » I Cor 1:26. Par ces paroles, Paul désignait ceux qui étaient nobles de naissance ; mais, de même qu’il y a des nobles par le titre, sans en avoir l’esprit, il y a aussi des esprits nobles, sans en avoir le titre. C’est ici le caractère spirituel, qui résulte d’une authentique croissance spirituelle provenant de la méditation de la Parole de Dieu. Cette disposition intérieure de l’âme est celle du racheté qui a fait siennes ces exhortations de l’Écriture : « Ayez les mêmes sentiments les uns envers les autres. N’aspirez pas à ce qui est élevé, mais laissez-vous attirer par ce qui est humble. Ne soyez pas sages à vos propres yeux… » Rom 12:16. Le noble selon Dieu ne cherche pas ce que l’homme considère comme étant « élevé », mais il se laisse attirer par ce qui est « invisiblement » grand aux yeux de Dieu, et c’est là ce qui fait la grandeur de sa noblesse d’âme. La noblesse dans l’Esprit, c’est cette maturité spirituelle qui s’acquiert davantage par le brisement que par le temps vécu dans la foi depuis la conversion. En effet, suivant sa soumission à la Volonté de Dieu, un croyant parvient en quelques années à une profondeur et à un discernement spirituels, auxquels tel autre croyant ne parviendra pas au cours de toute sa vie.

  Paul et Silas prêchèrent l’Évangile dans la ville de Thessalonique, dans laquelle les Juifs jaloux, prenant avec eux des méchants hommes de la populace, répandirent l’agitation. Les frères en la foi, les ayant donc fait partir pour la ville de Bérée, Paul et Silas entrèrent dans la synagogue : « Ces Juifs, dit l’Écriture, avaient des sentiments plus nobles que ceux de Thessalonique ; ils reçurent la parole avec beaucoup d’empressement, et ils examinaient chaque jour les Écritures, pour voir si ce qu’on leur disait était exact… » Act 17:11. Le fait de constater que les Juifs de Bérée étaient plus nobles que ceux de Thessalonique suffit à démontrer que la Grâce miséricordieuse de Dieu s’adresse à chacun, sans distinction, et est reçue dans les cœurs des âmes les plus diverses. La noblesse de caractère de ces Juifs se distingue par le fait qu’ils recevaient avec empressement la prédication de Paul et de Silas, en en vérifiant l’exactitude dans les Écritures. Ces Béréens, empressés d’examiner ce qu’ils entendaient de la Parole de Dieu, manifestaient par là l’état d’esprit que possède toute âme, la recevant avec ferveur d’esprit et discernement. Nous apprenons cette leçon de sagesse qu’il n’est pas de vrai empressement sans approfondissement spirituel. Car un empressement sans approfondissement, c’est l’esprit de précipitation ouvrant la voie à l’esprit de séduction.

  Ainsi, de même que les Béréens examinaient la prédication de Paul à la lumière des vérités tirées des Écritures, de même l’âme noble, tel « le scribe instruit de ce qui regarde le Royaume des cieux, est semblable à un maître de maison qui tire de son trésor des choses nouvelles et des choses anciennes… » Matt 13:52. Le racheté fait de son cœur le trésor de la Parole reçue par la foi, devenant par là même cet « … homme bon qui tire de bonnes choses du bon trésor de son cœur… », contrairement au « … méchant qui tire de mauvaises choses de son mauvais trésor… » Luc 6:45. C’est ainsi que l’homme noble distingue la communion fraternelle de la familiarité qui, bien souvent, s’altère en façon cavalière ou en critiques. Il sait compatir aux faiblesses et aux peines de ses frères et sœurs, pour les aider à s’affranchir de leurs liens, iI sait conseiller sans s’imposer comme « guide », corriger sans abaisser, émettre une critique sans juger. C’est ici la noblesse du racheté compatissant, qui a accepté de se charger des problèmes des autres, sans être lui-même un problème pour les autres.

  L’homme noble possède le caractère de l’Agneau de Dieu, parce qu’il agit selon l’Esprit et la Pensée de Celui en qui il croit. Il ne croit ni ne court après n’importe qui ou n’importe quoi, que cela soit, ou se dise être un serviteur de Dieu, un message, un lieu, une doctrine ou une expérience particulière. Un tel racheté soupire, non pas après des « nouveautés », mais plutôt après le « renouvellement » de son intelligence par le Saint-Esprit. Il accepte tout ce qui est « nouveau » quand ceci tire son origine de ce qui est « ancien », du fondement de l’Évangile de Christ. « Bien-aimés, écrit l’apôtre Jean, n’ajoutez pas foi à tout esprit ; mais éprouvez les esprits, pour savoir s’ils sont de Dieu, car plusieurs faux prophètes sont venus dans le monde… » I Jean 4:l. Ce discernement des Choses divines ne peut habiter qu’un cœur pur, étant devenu de la même nature spirituelle que l’Esprit-Saint, par lequel il a été sanctifié. Ce en quoi consiste cette pureté est magnifiquement exprimé par les paroles de Paul, s’adressant aux croyants de Philippes : « Au reste, frères, que tout ce qui est vrai, tout ce qui est honorable, tout ce qui est juste, tout ce qui est pur, tout ce qui est aimable, tout ce qui mérite l’approbation, ce qui est vertueux et digne de louanges, soit l’objet de vos pensées… » Phil 4:8. La somme de toutes ces vertus constitue la noblesse spirituelle que la Parole de Dieu imprime en nous, et cette noblesse exprime l’authenticité intérieure d’un cœur, dans lequel habitent les Pensées et les Sentiments qui étaient en Jésus-Christ.

  Ainsi, celui qui est noble forme de « nobles desseins », et, quoique tout s’oppose ici-bas aux résolutions prises selon Dieu, l’homme noble, néanmoins, persévère dans ses nobles desseins. Les nobles desseins se distinguent donc des « coupables desseins » du sournois qui a besoin de mentir pour les dissimuler. Il est frappant, en effet, de constater combien l’Écriture blâme le fourbe, le menteur, nous rappelant que c’est là la nature même du diable, ainsi que le dit Jésus : « Il a été meurtrier dès le commencement, et il ne se tient pas dans la vérité, parce qu’il n’y a pas de vérité en lui. Lorsqu’il profère le mensonge, il parle de son propre fond ; car il est menteur et le père du mensonge… » Jean 8:44. Ceci explique pourquoi le mensonge est nommé comme étant le premier péché qui disparaît lors de la « nouvelle naissance ». « Ne mentez pas les uns aux autres, dit l’Écriture, vous étant dépouillés du vieil homme et de ses œuvres, et ayant revêtu l’homme nouveau, qui se renouvelle, dans la connaissance, selon l’image de celui qui l’a créée… » Col 3:9-10. « C’est pourquoi, dit-elle encore, renoncez au mensonge, et que chacun de vous parle selon la vérité à son prochain ; car nous sommes membres les uns des autres… » Eph 4:25. Le mensonge, hélas, n’a pas disparu, même parmi les croyants. Ce sont souvent des petits ou des « pieux » mensonges, des demi-mensonges ou des demi-vérités, ce qui revient au même, ou alors en faisant, ou en laissant croire une personne d’une manière erronée, sans rectifier sa pensée sur la vérité d’une situation. Ceci ne saurait être le comportement d’une noble âme, dont les nobles desseins, comme les paroles, ne sauraient être changeants ou trompeurs, confirmant par-là les paroles du sage, disant : « Les paroles distinguées ne conviennent pas à un insensé ; combien moins à un noble les paroles mensongères… » Prov 17:7.

  Paul, s’adressant à Timothée, écrit : « C’est, en effet, une grande source de gain que la piété avec le contentement ; car nous n’avons rien apporté dans le monde, et il est évident que nous n’en pouvons rien emporter ; si donc nous avons la nourriture et le vêtement, cela nous suffira… » I Tim 6:6-8. La noblesse de caractère du racheté consiste en cette vertu qui accompagne la piété, et qui est le « contentement ». Il ne s’agit pas ici du « bonheur » qu’apporteraient les biens terrestres ou de cette « satisfaction de soi » que le « moi » recherche à tout prix. Le terme « contentement » est la traduction du mot grec : autarcie, signifiant ce qui se suffit à soi-même, et qui n’a pas besoin de l’extérieur pour satisfaire ses besoins. En effet, pour les besoins de sa vie spirituelle, le racheté ne dépend de personne d’autre que de Dieu. Ce n’est pas qu’il serait exempt des difficultés et des maux auxquels tous ont part, au contraire, mais c’est précisément parce qu’il lui faut aussi les surmonter que le noble plonge les racines de sa foi dans le Christ vivant, qui soutient sa vie. Et c’est parce qu’il connaît, en même temps, la fragilité humaine et la vocation céleste, et pour lui-même et pour ses frères et sœurs en la foi, qu’il sait « se réjouir avec ceux qui se réjouissent ; et pleurer avec ceux qui pleurent… » Rom 12:15, car toutes choses sont vécues par lui dans la perspective de l’éternité. C’est pourquoi l’espérance de la Vie éternelle nous appelle à « persévérer dans des nobles desseins… », nous rappelant ces paroles de l’Écriture : « Si donc quelqu’un se conserve pur, en s’abstenant de ces choses, il sera un vase d’honneur, sanctifié, utile à son maître, propre à toute bonne œuvre… » II Tim 2:21.