M189 – UN HOMME QUI S’APPELAIT JOB …

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      « Il y avait dans le pays d’Uts un homme qui s’appelait Job. Et cet homme était intègre et droit ; il craignait Dieu, et se détournait du ma… ! »  Job 1:1.

  Dans la souffrance, comme devant la mort, il n’est ni le temps, ni la force, ni la pensée de « paraître ». C’est le moment où s’exprime la vérité de chacun de nous, la mise à nu de ce qui habite au plus profond de soi. Aussi n’est-il pas possible de sonder toute la profondeur et l’intensité des paroles de Job ; l’intelligence n’en peut saisir que les contours. Seule une personne qui a subi la perte d’un être cher, ou la perte de sa propre santé, en ayant touché aux portes de la mort, peut les comprendre. Autant de lectures du livre de Job, autant de compréhensions différentes ; cependant, l’homme spirituel se gardera de toute conclusion hâtive et simpliste consistant à trouver, à tout prix, une relation de cause à effet qui expliquerait les causes ou les raisons des épreuves.

  L’on a cru découvrir la nature rebelle de Job, exprimée par ses paroles, disant : « Me voici prêt à plaider ma cause ; je sais que j’ai raison. Quelqu’un disputera-t-il contre moi ? Alors je me tais, et je veux mourir… » Job 13:18-19, et : « Innocent ! Je le suis ; mais je ne tiens pas à la vie, je méprise mon existence. Qu’importe après tout ? Car, j’ose le dire, il détruit l’innocent comme le coupable… » Job 9:21-22, ou encore : « Qu’il plaise à Dieu de m’écraser, qu’il étende sa main et qu’il m’achève ! Il me restera du moins une consolation, une joie dans les maux dont il m’accable : Jamais je n’ai transgressé les ordres du Saint… » Job 6:9-10. Ces paroles, présomptueuses et déchirantes à la fois, frappent nos oreilles, comme elles ont frappé les oreilles de Dieu, à cette différence près que Dieu n’y applique pas le jugement que nous, nous portons sur elles. En effet, l’Écriture, rapportant le comportement de Job, dit, par deux fois : « En tout cela, Job ne pécha point et n’attribua rien d’injuste à Dieu… » Job 1:22 et 2:10. Ces mêmes paroles, à nos yeux répréhensibles, Dieu les reçoit comme un cri d’agonie venant d’un cœur, certes imparfait, mais authentique dans sa souffrance. Car si les arguments de Job n’expriment pas toujours la Pensée de Dieu, sa douleur, elle, est vraie au cœur de Dieu. « Fidélité » ne signifie pas « Perfection ». En effet, l’on peut ne pas être juste, à cause des limitations de la compréhension, tout en étant authentique dans l’expression des choses que l’on éprouve. La leçon spirituelle d’honnêteté et de franchise, que nous retirons de ces paroles, est que Job ose dire tout haut, ce que nous, nous pensons tout bas ; nous nous taisons par pure hypocrisie, de peur de ne pas paraître spirituels aux yeux d’autrui. Mais Dieu, qui seul juge et console, aime celui qui, ni ne lui ment, ni ne se ment à soi-même.

  La méditation des paroles de Job ne peut être fructueuse que dans une profonde humilité et en l’absence de tous préjugés. Nos expériences personnelles ne doivent en aucun cas influencer dans un sens ou dans un autre notre compréhension ou notre enseignement de la Parole de Dieu. Ainsi, l’épreuve de Job provient, non pas parce qu’il aurait péché, ou parce qu’il se serait confié dans ses biens plutôt qu’en Celui qui les lui a accordés, ou encore parce qu’il se serait glorifié de sa propre justice plutôt qu’en celle par laquelle Dieu l’a justifié, non pas, mais tout simplement parce qu’il était juste ! Et c’est à ce titre que Dieu permit à Satan de le réclamer pour le « cribler comme le froment » (on ne crible pas l’ivraie) : Luc 22:31, ce à quoi chaque racheté est destiné, tout en étant par là même le sujet précieux de la prière efficace du Seigneur même. Job est la figure de tous ceux qui, parce « qu’ils veulent vivre pieusement en Jésus-Christ seront persécutés… » II Tim 3:12. Dieu Lui-même dit au diable au sujet de Job : « As-tu remarqué mon serviteur Job ? Il n’y a personne comme lui sur la terre. Il demeure ferme dans son intégrité, et tu m’excites à le perdre sans motif… » Job 2:3. En effet, aucune « cause » répréhensible n’est à l’origine de la persécution contre lui. Quand donc l’homme pieux est persécuté, ce n’est pas parce qu’il aurait perdu la piété, au contraire, c’est parce qu’il aspire à l’exercer davantage, ainsi que le rapporte l’Écriture : « Que celui qui est injuste soit encore injuste, que celui qui est souillé se souille encore ; et que le juste pratique encore la justice, et que celui qui est saint se sanctifie encore… » Apo 22:11.

  Pourquoi le juste est-il persécuté ? Parce qu’il est haï par ceux qui sont injustes. Et pourquoi est-il haï par les injustes de ce monde ? Parce que le monde n’aime pas ce qui ne lui ressemble pas. Et pourquoi le juste ne ressemble-t-il pas au monde ? Parce qu’il n’est plus de ce monde. Jésus dit, en effet : « Si le monde vous hait, sachez qu’il m’a haï avant vous. Si vous étiez du monde, le monde aimerait ce qui est à lui ; mais parce que vous n’êtes pas du monde, et que je vous ai choisis du milieu du monde, à cause de cela, le monde vous hait… » Jean 15:18-19. Job ne fut pas compris de ses trois amis, parce qu’ils avaient des arguments selon l’esprit de ce monde pour expliquer sa situation douloureuse. Ils ne comprenaient pas que Job vivait, par son épreuve permise par Dieu, une dimension spirituelle que seule une révélation de Dieu peut éclairer, et non pas des explications humaines pour « défendre » Dieu, au point que Job dut même leur répondre : « Direz-vous en faveur de Dieu ce qui est injuste, et pour le soutenir alléguerez-vous des faussetés ? Voulez-vous avoir égard à sa personne ? Voulez-vous plaider pour Dieu… ? » Job 13:7-8. Ainsi, l’homme spirituel éprouvé, tout en n’étant pas du monde, n’a cependant pas « disparu » de ce monde dans lequel il se trouve en tant que témoin de la Parole de Dieu, mais il est « caché », et caché où ? « Vous êtes morts, écrit l’apôtre Paul, et votre vie est cachée avec Christ en Dieu. Quand Christ votre vie paraîtra, alors vous paraîtrez aussi avec lui dans la gloire… » Col 3:3-4. Etre « mort », c’est être « caché »; être caché, ce n’est pas ne plus exister en ce monde, c’est ne pas être semblable à lui.

  Job s’adressa à l’Éternel, l’Éternel l’entendit, dit l’Écriture, et lui « répondit du milieu de la tempête… » Job 38:1, 40:1. C’est donc au plus fort de l’épreuve que l’Éternel se révéla à Job. Mais la réponse de l’Éternel paraît étrange, il y est question de la terre et de la mer, du ciel et des planètes, des intempéries et des animaux de toutes sortes, entre autres, de l’hippopotame et du crocodile : Job 40:10, 20. À ce Job, tantôt révolté, tantôt désespéré, préférant être jugé selon la Justice de Dieu plutôt que d’après l’injustice de l’homme, quel secours et quelle consolation la description d’un hippopotame et d’un crocodile peut-elle bien lui apporter ? Quant à nous, en effet, que peut donc nous apprendre un hippopotame ou un crocodile sur nos problèmes ou sur nos épreuves. C’est pourtant là une d’entre les nombreuses réponses de Dieu à son serviteur éprouvé, et c’est ici qu’il est besoin de la révélation du Saint-Esprit. Car le rapport, par exemple, entre le crocodile et Dieu ne consiste évidemment pas dans la nature de l’animal, mais en l’une de ses caractéristiques, en disant : « Nul n’est assez hardi pour l’exciter… Qui donc me résisterait en face… ? » Job 41:1, et qui poursuit : « Sous son ventre sont des pointes aiguës : On dirait une herse qu’il étend sur le limon. Il fait bouillir le fond de la mer comme une chaudière, il l’agite comme un vase rempli de parfum. Il laisse après lui un sentier lumineux ; l’abîme prend l’aspect de la chevelure d’un vieillard… » Job 41:21-23.

  En attirant notre attention sur cet animal qui nous paraît effrayant, Dieu donne une réponse apparemment inappropriée aux préoccupations de Job. Mais, nous découvrons au fond de « l’abîme » où l’épreuve l’a jeté, que les flots de souffrances se transforment en « parfums », en un « sentier lumineux », en la « blancheur de la vieillesse », c’est-à-dire, en cette sagesse qui discerne les « buts » du Dessein de Dieu… Ce qui nous paraissait, à première vue, une réponse étrangère aux malheurs de Job, comme à nos propres préoccupations, nous fait donc intimement mieux comprendre le cheminement de notre vocation céleste. Les « pointes aiguës » du crocodile présentent l’aspect douloureux de l’épreuve, mais Dieu Lui-même est dans la « trace » que laisse la « herse » qui nous éprouve. Trace dans laquelle la Présence divine soutient la vie de ceux qui, précisément, suivent les « traces » de l’Agneau divin, qui nous conduisent à Sa ressemblance.

  Comment donc s’opère cette ressemblance ? « Je reconnais que tu peux tout, répondit Job à l’Éternel, et que rien ne s’oppose à tes pensées. – Quel est celui qui a la folie d’obscurcir mes desseins ? – Oui, j’ai parlé, sans les comprendre, de merveilles qui me dépassent et que je ne conçois pas. – Ecoute-moi, et je te parlerai ; je t’interrogerai, et tu m’instruiras. – Mon oreille avait entendu parler de toi ; mais maintenant, mon œil t’a vu. C’est pourquoi je me condamne et je me repens sur la poussière et sur la cendre … » Job 42:2-6. Chaque phase de notre ressemblance à Dieu consiste à passer spirituellement de ce que l’on entend à ce que l’on voit, c’est-à-dire, de l’écoute de la Parole à la vision intérieure de la transformation qu’elle opère en nous. Mais entre l’ « oreille » spirituelle et l’« œil » spirituel, il y a toujours une « épreuve », l’épreuve affranchissante de notre foi au travers de laquelle la Parole de Dieu imprime en nous les traits du « Céleste », Jésus, dont nous portons, pour toujours, « l’Image ».