M188 – DES DISCOURS PERSUASIFS …

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        «  Pour moi, frères, lorsque je suis allé chez vous, ce n’est pas avec une supériorité de langage ou de sagesse que je suis allé vous annoncer le témoignage de Dieu. Car je n’ai pas eu la pensée de savoir parmi vous autre chose que Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié. Moi-même j’étais auprès de vous dans un état de faiblesse, de crainte et de grand tremblement ; et ma parole et ma prédication ne reposaient pas sur les discours persuasifs de la sagesse, mais sur une démonstration d’Esprit et de puissance, afin que votre foi fût fondée, non sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu… ! » I Cor 2:1-5.

  Par la persuasion seule l’on peut être amené à croire ce qui est vrai et aussi bien ce qui est faux. L’apôtre Paul écrit aux croyants de Thessalonique : « Nous savons, frères bien-aimés de Dieu, que vous avez été élus ; notre Évangile ne vous ayant pas été prêché en paroles seulement, mais avec puissance, avec l’Esprit-Saint, et avec une pleine persuasion… » I Thess 1:4-5. Il y a une persuasion humaine, comme il y a une persuasion spirituelle. Les principaux sacrificateurs et les anciens des Juifs, en effet, lors du procès de Jésus « persuadèrent la foule de demander Barabbas, et de faire périr Jésus… » Matt 27:20. L’Évangile, à l’inverse, par l’Esprit de Dieu, persuade, convainc de péché et du besoin de la repentance en vue du salut. Tout dépend donc de l’esprit qui persuade.

  Il y a lieu de se pencher un instant sur le discours, par lequel les Juifs de Jérusalem accusèrent Paul devant le gouverneur Félix, procurateur de la Judée. Ce fut un orateur, du nom de Tertulle, qui porta l’accusation contre l’apôtre, en ces termes : « Très excellent Félix, tu nous fais jouir d’une paix profonde, et cette nation a obtenu de salutaires réformes par tes soins prévoyants ; c’est ce que nous reconnaissons en tout et partout avec une entière gratitude. Mais, pour ne pas te retenir davantage, je te prie d’écouter, dans ta bonté, ce que nous avons à dire en peu de mots. Nous avons trouvé cet homme, qui est une peste, qui excite des divisions parmi tous les Juifs du monde, qui est le chef de la secte des Nazaréens, et qui même a tenté de profaner le temple. Et nous l’avons arrêté. Nous avons voulu le juger selon notre loi ; mais le tribun Lysias étant survenu, l’a arraché de nos mains avec une grande violence, en ordonnant à ces accusateurs de venir devant toi. Tu pourras toi-même, en l’interrogeant, apprendre de lui tout ce dont nous l’accusons. Les Juifs se joignirent à lui, soutenant que les choses étaient ainsi… » Act 24:3-9. Ce bref discours est un petit chef-d’œuvre de concision et d’éloquence humaine, mais aussi de servilité et de flatterie auxquelles la vanité de Félix ne fut point insensible, puisque, dans le désir de plaire aux Juifs, il retint Paul en prison pendant deux ans, jusqu’à l’arrivée de son successeur, Porcius Festus :  Act 24:27.

  Tout ceci dans le but de faire remarquer que ce sont le souverain sacrificateur et les anciens des Juifs, qui firent venir à Césarée cet orateur, afin d’employer ses services pour accuser Paul et défendre leur cause. D’ailleurs, en tant qu’orateur, et quelles que fussent ses convictions personnelles, ce Tertulle aurait aussi bien pu offrir son talent pour défendre l’apôtre Paul que pour l’accuser, mais cela n’eût pas été la façon d’agir des premiers croyants. Ce furent donc là des gens religieux qui utilisèrent l’art et la sagesse de l’homme pour défendre leur religion. Ceci est révélateur de notre temps où nous voyons, en effet, la même tentation d’utiliser les méthodes, les moyens et l’art de ce monde pour évangéliser les incroyants comme pour édifier les croyants. Mais ces nouveautés n’apportent qu’une parole mélangée, une nourriture inconsistante, des réveils artificiels, mais en aucun cas la vie spirituelle et la plénitude affranchissante de la Parole de Dieu. Combien de « Tertulle » aujourd’hui, c’est-à-dire, combien d’orateurs, de prédicateurs qui se sont mis à son école. Alors que la seule école, la seule solution, le seul recours n’est ni un retour en arrière ni une fuite en avant, mais consiste à demeurer en Christ, à s’attacher à Sa Parole reçue par la révélation de l’Esprit, dans une vie de prière qui jamais ne se relâche.

  S’il y eut une personne qui avait une culture et une connaissance suffisantes pour pouvoir apporter l’Évangile par « des discours persuasifs de la sagesse », ce fut bien l’apôtre Paul, mais il n’en fit point usage, n’a-t-il pas écrit : « Où est le sage ? Où est le scribe ? Où est le disputeur de ce siècle ? Dieu n’a-t-il pas convaincu de folie la sagesse du monde ? Car puisque le monde, avec sa sagesse, n’a point connu Dieu dans la sagesse de Dieu, il a plu à Dieu de sauver les croyants par la folie de la prédication… » I Cor 1:20-21. En effet, si une bonne instruction et de claires explications suffisaient pour comprendre le salut et recevoir la vie éternelle, alors tout homme normalement intelligent et de bonne volonté serait à même de devenir croyant, mais ce serait une acceptation intellectuelle, et non spirituelle. En l’absence de l’Esprit de Dieu, qui seul convainc de péché, de telles âmes auraient une connaissance nouvelle au sujet de Dieu, mais sans la « nouvelle naissance » venant de Dieu. Elles connaîtraient la Vérité, mais sans lui appartenir, elles croiraient, mais sans que leurs vies en soient changées. Car les « discours persuasifs » sollicitent l’intelligence humaine, laquelle fait obstacle à la compréhension spirituelle de la Parole révélée, qui seule communique la Vie divine et nous régénère.

Toute prédication, qui n’est pas la « prédication de la croix », est vaine ; ainsi que le précise l’apôtre, nous rappelant que lui-même annonçait « l’Évangile, et cela sans la sagesse du langage, afin que la croix de Christ ne soit pas rendue vaine… » I Cor 1:17. Car la « prédication de la croix » est le véritable langage de l’Esprit. En toutes choses, il y a le mot et la pensée, et le mot est toujours le « serviteur » de la pensée, parce qu’il exprime la pensée, et non pas prévaut sur elle. Il en est de même dans le domaine spirituel. Veillons à ne pas « séparer » la Parole de l’Esprit, ni l’Esprit de la Parole. La Parole exprime la Pensée de Dieu, la Pensée divine révèle la Parole, et l’Onction de l’Esprit rend la prédication éclairante, vivante et puissante, ainsi que l’écrit Paul : « … nous n’avons pas reçu l’Esprit du monde, mais l’Esprit qui vient de Dieu, afin que nous connaissions les choses que Dieu nous a données par sa grâce. Et nous en parlons, non avec des discours qu’enseigne la sagesse humaine, mais avec ceux qu’enseigne l’Esprit, employant un langage spirituel pour les choses spirituelles… » I Cor 2:12-13. Les choses spirituelles ne peuvent donc être prêchées et reçues que par un langage de la même nature spirituelle, tandis que la prédication selon la sagesse humaine encourt ce reproche du Seigneur : « Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est éloigné de moi. C’est en vain qu’ils m’honorent, en enseignant des préceptes qui sont des commandements d’hommes… » Matt 15:8-9. Toute Vérité, séparée de l’Esprit, dont elle exprime la Pensée, se coupe de la Source divine qui seule la rend vivante et vivifiante. En quoi consistent donc les préceptes ? Ce sont des vérités, mais apportées avec un langage selon l’homme, qui les dépossède de l’Esprit de vie, en les réduisant à des dogmes et à des interprétations humaines. C’est ce qui arrive lorsque la « lettre » de la Parole prend le pas sur « l’Esprit » de la Parole, pour en faire des doctrines figées, aussi bien légalistes que mystiques.

  « Pour moi, frères, écrit l’apôtre Paul aux Corinthiens, lorsque je suis allé chez vous, ce n’est pas avec une supériorité de langage ou de sagesse que je suis allé vous annoncer le témoignage de Dieu. Car je n’ai pas eu la pensée de savoir parmi vous autre chose que Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié… » I Cor 2:1-2. En quoi consiste donc l’efficacité de la « prédication de la croix » dans la Parole prêchée et reçue dans les cœurs ? Lorsque Christ fut crucifié, dit l’Écriture, « le voile du temple se déchira en deux, depuis le haut jusqu’en bas… » Matt 27:51, et Il entra dans le Lieu très saint, dans le ciel même, comme « souverain sacrificateur des biens à venir », ayant « obtenu pour nous une rédemption éternelle… » Héb 9:11-12. Ce fut une manifestation visible des choses invisibles et éternelles, la Croix dévoilant à nos yeux spirituels les Mystères cachés de Dieu, et révélés par l’Esprit-Saint

  De même que « le voile, la chair de Jésus, fut donc déchiré… » Héb 10:20, de même le voile qui obscurcissait notre intelligence fut « ôté » lui aussi, car c’est « en Christ qu’il disparaît… » II Cor 3:14-16. C’est en cela que la Crucifixion de Christ inspire la « prédication de la croix » selon l’Esprit, contrairement à la prédication de la loi selon la lettre. La Parole par le Saint-Esprit est reçue premièrement dans notre esprit, et c’est seulement ensuite que notre intelligence comprend ce qui a été spirituellement reçu. Les « discours seulement « persuasifs » suscitent une adhésion qui n’implique pas un changement intérieur, seule la Parole reçue par l’Esprit de Dieu opère notre transformation intérieure à La Ressemblance du Seigneur Jésus.