M185 – JUSQU’À CE QUE J’EUSSE PÉNÉTRÉ …

Format PDF

     «  Ainsi sont les méchants : toujours heureux, ils accroissent leurs richesses. C’est donc en vain que j’ai purifié mon cœur, et que j’ai lavé mes mains dans l’innocence : chaque jour je suis frappé, tous les matins mon châtiment est là. Si je disais : Je veux parler comme eux, voici, je trahirai la race de tes enfants. Quand j’ai réfléchi là-dessus pour m’éclairer, la difficulté fut grande à mes yeux, jusqu’à ce que j’eusse pénétré dans les sanctuaires de Dieu, et que j’eusse pris garde au sort final des méchants… ! » Ps 73:12-17.

  Asaph, tout au long de ce Psaume, ne craint pas de mettre à nu les interrogations qui agitent son âme : « Oui, Dieu est bon pour Israël, s’écrie-t-il, pour ceux qui ont le cœur pur. Toutefois, mon pied allait fléchir, mes pas étaient sur le point de glisser ; car je portais envie aux insensés, en voyant le bonheur des méchants. Rien ne les tourmente jusqu’à leur mort, et leur corps est chargé d’embonpoint ; ils n’ont aucune part aux souffrances humaines, ils ne sont point frappés comme le reste des hommes… » Ps 73:1-5. En regardant autour de lui et ce qui le concerne, le Psalmiste ne put s’empêcher de faire des comparaisons entre lui et ceux qui l’entourent. En effet, selon les dispositions de l’âme et les conditions de son existence, les conclusions peuvent être soit positives soit négatives. Ainsi, l’homme spirituel, malgré les épreuves, sera toujours reconnaissant, et cela à cause de sa sobriété même dans le Seigneur. Alors que l’homme charnel s’étonnera toujours de ne pas être privilégié par rapport aux autres, car son intelligence, charnelle elle aussi, perçoit même la richesse spirituelle comme devant aboutir à une prospérité matérielle, dont il se sent évidemment frustré. Toutefois, l’homme spirituel est aussi sujet à cette tentation, car, bien qu’affermi spirituellement, il y est plus sensible que l’homme charnel dont la conscience, à lui, ne le trouble pas.

  Ne sommes-nous pas nous-mêmes semblables à Asaph ? N’avons-nous jamais porté envie aux insensés, en voyant « le bonheur des méchants… » ? Et cela, non seulement par rapport aux gens de ce monde, mais encore aux croyants charnels qui recherchent les choses de ce monde, comme si le « siècle présent » était aussi important que le « siècle à venir ». Le premier trait, entre autres, qu’Asaph relève chez les méchants est que « l’orgueil leur sert de collier… » Ps 73:6. En effet, « en ne se voyant pas frappés comme le reste des hommes… », ces hommes sont animés de l’orgueil de se croire approuvés d’en haut, alors qu’ils s’abusent eux-mêmes en se confiant dans ce qui est passager et périssable. En fait, le trouble et les interrogations du Psalmiste sont ceux de tout être pensant devant les problèmes, dont les solutions nous échappent dans le temps présent concernant la souffrance, la maladie et la mort qui frappent, ou la violence, la séduction et l’impudicité qui se répandent en tous lieux. Cependant, en cédant devant la pression de ces courants contraires, le racheté sait qu’il s’opposerait à Dieu et… à lui-même, c’est-à-dire, qu’il se comporterait à l’inverse de la nouvelle créature qu’il est devenu en Dieu, ainsi que l’exprime Asaph : « Si je disais : Je veux parler comme eux (les méchants), voici, je trahirais la race (spirituelle) de tes enfants… ». Certaines circonstances difficiles pourraient y inciter le racheté, mais l’Esprit de la Grâce, qui a fait de lui un enfant de Dieu, est plus fort que ses propres faiblesses, et, à contre-courant des pensées de sa chair, il persévère dans la Voie de l’Esprit.

  « Quand j’ai réfléchi là-dessus pour m’éclairer, dit le Psalmiste, la difficulté fut grande à mes yeux… ».  Le besoin de comprendre est légitime, mais il ne résout pas tous les problèmes, en effet, le fait de réfléchir multiplie souvent les interrogations, et au lieu de simplifier les choses, la difficulté s’accroît. Cependant, il est de la Sagesse de Dieu que nous réfléchissions sur les choses de la vie, ainsi que le dit le sage : « J’ai appliqué mon cœur à rechercher et à sonder par la sagesse tout ce qui se fait sous les cieux : c’est là une occupation pénible, à laquelle Dieu soumet les fils de l’homme… » Ecc 1:13. L’on peut comprendre ici cette conclusion du sage, disant : « J’ai appliqué mon cœur à connaître la sagesse, et à connaître la sottise et la folie ; j’ai compris que cela aussi est la poursuite du vent. Car avec beaucoup de sagesse, on a beaucoup de chagrin, et celui qui augmente sa science, augmente sa douleur… » Ecc 1:17-18. Combien d’âmes courent de réunion en réunion, de mission en mission, de prédicateur en prédicateur en quête de connaissances nouvelles, de manifestations ou de prophéties pour se retrouver en face des mêmes difficultés qu’au départ. Ce fut donc, mais en toute autre circonstance, ce qu’éprouva

Asaph, qui « s’aigrissait et se sentait percé dans les entrailles… » Ps 73:21, et cela, dit-il « … jusqu’à ce que j’eusse pénétré dans les sanctuaires de Dieu, et que j’eusse pris garde au sort final des méchants… » Ps 73:17. Pareillement, et à l’exemple du Psalmiste, nous nous débattons jusqu’à ce que, convaincus de l’inutilité de nos efforts, nous pénétrions, à notre tour, dans les sanctuaires de Dieu, c’est-à-dire, jusqu’à ce que nous nous tournions, non plus vers nous-mêmes ni même vers autrui, mais vers Dieu seul.

  Ainsi, ce n’est que lorsque l’âme a épuisé toutes les tentatives de comprendre, qu’elle se résout à pénétrer dans les sanctuaires, et c’est là que Dieu l’attend. Pour nous, nés de nouveau, pénétrer dans les sanctuaires signifie entrer, non pas dans un lieu de prière, mais dans l’Esprit de prière, c’est-à-dire, dans la Présence de Dieu, dans Sa Volonté, dans Sa Pensée. Le fait que l’Écriture parle au pluriel de l’Unique Sanctuaire ordonné par l’Éternel exprime, par-là, les divers états et manifestations de la piété du racheté envers Son Seigneur. Ou se trouve donc ce sanctuaire ? L’Écriture le révèle : « Christ n’est pas entré dans un sanctuaire fait de main d’homme, en imitation du véritable, mais il est entré dans le ciel même, afin de comparaître maintenant pour nous devant la face de Dieu… » Héb 9:24. C’est par Sa Résurrection que Christ est entré dans le Sanctuaire céleste, où nous-mêmes le sommes, en esprit, par l’Esprit de Dieu, qui « nous a ressuscités ensemble, et nous a fait asseoir ensemble dans les lieux célestes en Jésus-Christ… » Eph 2:6. Pénétrer dans le Sanctuaire, c’est entrer dans le ciel, non pour fuir le monde, mais, au contraire, afin de présenter à Dieu toute personne et toute situation de ce monde que Dieu a placées sur nos cœurs.

  Dieu, de Son Sanctuaire céleste, vers lequel montent nos prières, nous répond de diverses manières. Il peut dire : oui ! Il peut dire : non ! Ou encore : attends ! C’est en premier lieu par Sa Parole que Dieu répond, d’où, non le devoir, mais le besoin et la joie de lire et de méditer les Écritures. L’exaucement peut être reçu par un Don de l’Esprit, ou entendu intérieurement par la Pensée de l’Esprit. Ce peut être aussi une réponse sans parole, c’est-à-dire, la Présence de l’Esprit du Seigneur se manifestant, soit comme une approbation intérieure, soit comme une désapprobation suivant que notre prière a été, ou non, selon la Volonté de Dieu. Ainsi, en entrant dans la prière, nous entrons dans la Présence de l’Esprit, et la Présence de Sa Sainteté épure nos mobiles et nos prières, conformément à la Volonté de Dieu qui les inspire.

  En même temps que nos prières, nous sommes nous-mêmes spirituellement transportés dans le Sanctuaire céleste, c’est-à-dire, dans la Présence de Celui qui nous écoute. Et les exaucements, de par leur origine céleste, annoncent déjà dans le temps présent l’accomplissement du Plan éternel de Dieu. Car, avant d’obtenir quoi que ce soit, nous sommes déjà nous-mêmes les premiers exaucements de nos prières. Car le fait d’aspirer aux choses d’en haut façonne en nous la disposition appropriée, dans laquelle s’opère en nous la croissance et notre transformation spirituelle. Ainsi, quand bien même les situations pour lesquelles nous prions demeureraient encore inchangées, notre intimité avec Dieu déjà nous change. La maturité spirituelle nous aide alors à dissiper nos interrogations au sujet des buts que Dieu seul connaît et a fixés pour nous, elle nous donne la force d’accepter les événements douloureux qui nous y conduisent. Ainsi, toute interrogation, toute souffrance est salutaire, en ce qu’elle nous appelle à entrer dans le sanctuaire de la prière, là où Dieu nous communique, non seulement plus de connaissance, mais plus de confiance encore en Lui, là où Son Amour éteint nos révoltes et change nos « pourquoi » en consolation.

  « Quel autre ai-je au ciel que toi ? Et sur la terre je ne prends plaisir qu’en toi, ma chair et mon cœur peuvent se consumer : Dieu sera toujours le rocher de mon cœur et mon partage… » Ps 73:25. Est-il d’autres paroles que celles du Psalmiste, qui puissent le mieux exprimer ce qui nous est révélé dans le Sanctuaire de Dieu, où, au moment fixé, tout s’éclaire.