M180 – AMER A TES ENTRAILLES …

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  « Et la voix, que j’avais entendue du ciel, me parla de nouveau, et dit : Va, prends le petit livre ouvert dans la main de l’ange qui se tient debout sur la mer et sur la terre. Et j’allai vers l’ange, en lui disant de me donner le petit livre. Et il me dit : Prends-le, et avale-le ; il sera amer à tes entrailles, mais dans ta bouche il sera doux comme du miel. Je pris le petit livre de la main de l’ange, et je l’avalai ; il fut dans ma bouche doux comme du miel, mais quand je l’eus avalé, mes entrailles furent remplies d’amertume. Puis on me dit : Il faut que tu prophétises de nouveau sur beaucoup de peuples, de nations, de langues, et de rois… » Apo 10:8-11.

  Que la Parole de Dieu soit comparée au miel ou à toute autre nourriture substantielle, c’est ce que l’Écriture atteste en plusieurs endroits. Jérémie s’écrie : « J’ai recueilli tes paroles, et je les ai dévorées ; tes paroles ont fait la joie et l’allégresse de mon cœur… » Jér 15:16. L’Éternel, s’adressant à Ézéchiel, dit : « Fils de l’homme, mange ce que tu trouves, mange ce rouleau, et va, parle à la maison d’Israël ! J’ouvris la bouche, et il me fit manger ce rouleau. Il me dit : Fils de l’homme, nourris ton ventre et remplis tes entrailles de ce rouleau que je te donne. Je le mangeai, et il fut dans ma bouche doux comme du miel… » Ezé 3:1-3. Jésus, notre Seigneur, dit au sujet de Lui-même : « Je suis le pain vivant qui est descendu du ciel. Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement ; et le pain que je donnerai, c’est ma chair, que je donnerai pour la vie du monde… » Jean 6:51. Il est à relever ici que Jésus parle, non pas au sujet de la Sainte-Cène à venir, ceci étant une interprétation ultérieure erronée de la tradition des hommes, mais du Pain de Vie de la Parole, dont les rachetés se nourrissent : Jean 6:31-33. Cette incompréhension des Paroles de Jésus fut déjà un sujet de discussion entre les Juifs, lesquels, disputant entre eux, disaient de Jésus : « Comment peut-il nous donner sa chair à manger… ? » Jean 6:52. Ce à quoi, concluant Son discours, Jésus répondit : « C’est l’Esprit qui vivifie ; la chair ne sert de rien. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et vie… » Jean 6:63.

  Jésus nous révèle ce en quoi consiste l’acte spirituel de « manger », disant : « Comme le Père qui est vivant m’a envoyé, et que je vis par le Père, ainsi celui qui me mange vivra par moi. C’est ici le pain qui est descendu du ciel. Il n’en est pas comme de vos pères qui ont mangé la manne et qui sont morts ; celui qui mange ce pain vivra éternellement… » Jean 6:58. Jésus dit que nous vivrons par Lui, en Le « mangeant », comme Lui-même vit par le Père, mais le Fils, pour vivre, a-t-il mangé Son Père ? Jésus a-t-il consommé Dieu ? Nullement ! Et Jésus nous donne la réponse par Sa propre Parole, disant dans Sa prière au sujet de Ses disciples : « … afin que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et comme moi je suis en toi, afin qu’eux aussi soient un en nous, pour que le monde croie que tu m’as envoyé… » Jean 17:21. C’est donc dans ce sens spirituel que Jésus nous a appris comment spirituellement « manger » à l’intérieur de nous, et cela par l’intimité de la Présence de Christ en nous et de nous en Lui, et, des deux, en étant « un » dans le Père céleste : Jean 17:22. Ce qui signifie pour nous en tant que rachetés, faire nôtre la Parole de Dieu, c’est-à-dire, que cette Parole fasse spirituellement corps avec « l’homme intérieur » en nous. Car « manger » la Parole, c’est consommer et accomplir la Volonté de Dieu, à l’exemple de Jésus, disant aux disciples : « Ma nourriture est de faire la Volonté de celui qui m’a envoyé, et d’accomplir son œuvre… » Jean 4:34.

  Toute parole prophétique est un fardeau pour celui qui l’apporte, car il la reçoit, non seulement dans son esprit et dans son cœur, mais dans le tréfonds de son être même, en veillant à ne pas diminuer la puissance ou à atténuer le sens de la parole prophétique, et donc son efficacité. Il en est de même de toute prédication, de toute parole apportée sous l’Onction de l’Esprit : ce qui s’opère en celui qui prêche s’opère également en ceux qui l’écoutent. A l’écoute, la Parole est douce comme du miel, mais son action affranchissante en nous peut être « amère ». Jean dit, en effet, au sujet du « petit livre » : « Il fut dans ma bouche doux comme du miel, mais quand je l’eus avalé, mes entrailles furent remplies d’amertume… ». Tout prophète « porte » en lui le message qu’il apporte, il en est pénétré, il le vit, il en souffre, et c’est alors qu’il peut le délivrer, et qu’il est efficace. Les anciens prophètes, dans des cas particuliers, non seulement exprimaient par leur bouche, mais illustraient par leur personne le message qu’ils devaient transmettre. Pour certifier la déportation des jeunes hommes et des vieillards de l’Égypte et de l’Éthiopie par les Assyriens, l’Éternel fit marcher « nu et déchaussé », comme un captif, le prophète Ésaïe sous leurs yeux : Es 20:1-6. De même, le prophète Ézéchiel dut se coucher sur le « côté gauche » pendant trois cent quatre-vingt-dix jours d’après le nombre de jours des années des iniquités d’Israël, puis quarante jours sur le « côté droit » d’après le nombre des années des iniquités de Juda : Ezé 4:4-6. Il est des prédications, des prophéties, qui, pour ceux qui les apportent, ont le poids d’un « Gethsémané », où Christ souffrit la mort de la croix, afin d’accomplir la Volonté du Père. C’est ici le creuset, par lequel passe et repasse le prédicateur inspiré, le témoin fidèle, ainsi que l’intercesseur que rien ne décourage.

  Il y a donc le miel de la Parole, c’est-à-dire, la joie de l’entendre, la délectation spirituelle de « goûter le don céleste et la bonne Parole de Dieu… » Héb 6:4-5, ainsi que l’amertume de la Parole, c’est-à-dire, l’assimilation de celle-ci, la transformation et la sanctification qu’elle opère en nous. Il est des croyants qui ne voudraient que la douceur du miel sans l’amertume, c’est-à-dire, sans les « aspérités » de l’Évangile, alors que c’est justement aux creux de celles-ci que pousse, grandit ce qui est tenace et durable spirituellement. Il ne manque pas, il est vrai, de faux docteurs, de fausses doctrines, d’expériences illusoires qui détournent les âmes du « Roc de la Parole », lesquelles, finalement, tombent dans une telle déception et découragement, qu’elles auront besoin de toute la Grâce de Dieu pour s’en relever. Il n’est donc pas de miel spirituel qui ne soit suivi de cette amertume purificatrice, qui épure et donne accès en nous à la douceur de l’Esprit de l’Agneau. Cette amertume détruit ce qui est mauvais en nous, afin qu’il ne reste que le « miel du Rocher ».

  Que ce soit en vue de porter du fruit ou dans la nécessité d’être corrigé, la Manière d’agir de Dieu en nous est parfois douloureuse, mais, par la suite, nous découvrons que cela est inscrit dans Son Plan d’Amour à notre égard. Notre Père céleste est glorifié quand le « sarment », que chacun de nous est, porte du fruit ; toutefois, pour en porter davantage, ce même Père, qui est « le Vigneron », l’émonde, afin qu’il porte encore plus de fruit : Jean 15:2. La multiplication est une bénédiction, mais cette bénédiction passe par l’émondage ; car porter du fruit en toutes choses est toujours le résultat d’une souffrance, mais d’une souffrance rendue fructueuse dans l’acceptation de celle-ci par la foi. Quant à la sanctification, à laquelle nous sommes appelés, l’apôtre Paul écrit : « Nos pères nous châtiaient (nous corrigeaient) pour peu de jours, comme ils le trouvaient bon ; mais Dieu nous châtie pour notre bien, afin que nous participions à sa sainteté. Il est vrai que tout châtiment semble d’abord un sujet de tristesse, et non de joie ; mais il produit plus tard pour ceux qui ont été ainsi exercés un fruit paisible de justice… » Héb 12:10-11.

  La tristesse causée par l’accusateur de nos âmes jette dans l’abattement, tandis que la tristesse causée par la correction de notre Père céleste, au contraire, nous conduit à la joie d’avoir part à Sa sainteté, c’est-à-dire, à Sa Nature même par Son Esprit qui nous a régénérés. « Si nous nous jugions nous-mêmes, dit l’Écriture, nous ne serions point jugés… » I Cor 11:31. Or, qui est suffisamment spirituel pour se laisser éclairer sur un défaut ou convaincre d’un péché, sans avoir besoin d’être repris par autrui, par les exhortations de la Paroles de Dieu ? « Mais quand nous sommes jugés, dit l’Écriture, nous sommes châtiés (corrigés) par le Seigneur, afin que nous ne soyons pas condamnés avec le monde… » I Cor 11:32. Plutôt qu’à la condamnation qui conduit à la « seconde mort », tout racheté se soumettra à la correction du Seigneur qui conduit à la Vie, car il s’agit là de la préparation même à l’entrée du Royaume éternel. Aussi est-ce sans hésitation, ni résistance, mais avec empressement que nous goûtons au miel de la Parole ; sachant que « l’arrière-goût » est cette « amertume », mais qui, spirituellement féconde, accompagne tout travail de l’Esprit de la Parole au-dedans de nous. Or seul ce qui est éternel est durable, et ce qui est durable, comble et ne déçoit jamais.