M178 – QU’UN CŒUR ET QU’UNE ÂME …

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  « La multitude de ceux qui avaient cru n’était qu’un cœur et qu’une âme. Nul ne disait que ses biens lui appartinssent en propre, mais tout était commun entre eux. Les apôtres rendaient avec beaucoup de force témoignage de la résurrection du Seigneur Jésus. Et une grande grâce reposait sur eux tous… »  Act 4:32-33.

  Quand Dieu agit, tout commencement spirituel est parfait. Les âmes sont portées, inspirées, dirigées par l’Esprit, telle fut l’Église primitive lors de ses premiers pas. Les croyants n’étaient « qu’un cœur et qu’une âme », tous ensemble, dans un même lieu, dans la prière et partageant leurs biens. Chose remarquable, quand l’on sait qu’ils étaient alors une « multitude ». Cette situation, cependant, n’était pas appelée à se perpétuer. En effet, la première atteinte à cette unité de l’Esprit fut, non pas les menaces des prêtres, la prison et la flagellation des apôtres ou encore la lapidation d’Étienne survenue plus tard et la persécution qui s’en suivit, non pas, mais simplement des « murmures… ». L’Écriture rapporte « qu’en ce temps-là, le nombre des disciples augmentant, les Hellénistes murmurèrent contre les Hébreux, parce que leurs veuves étaient négligées dans la distribution qui se faisait chaque jour… » Act 6:1. Les Hellénistes étaient des Juifs ayant vécu hors d’Israël dans des pays où était parlé la langue grecque. Il est frappant de constater que, malgré la Puissance de Dieu qui opérait des signes et des prodiges par les mains des apôtres et les enseignements inspirés de ceux-ci, les âmes se fussent encore achoppées dans un domaine au combien terrestre. La Sagesse de Dieu ne semble, pas avoir été reçue dans les mêmes proportions que les manifestations de Sa Puissance, pour ne pas avoir su discerner le manque d’équité et faire encore une distinction entre les Juifs venus de l’étranger et ceux qui vivaient en Israël. D’où l’on apprend qu’il ne suffit que de quelques inégalités pour briser la communion fraternelle. « Un peu de folie, dit le sage, l’emporte sur la sagesse et sur la gloire…. » Ecc 10:1. La seule conséquence positive de cet événement fut l’institution des diacres par les apôtres, lesquels, sans être dès lors accaparés, purent « s’appliquer à la prière et au ministère de la Parole… » Act 6:4. Puissions-nous veiller à ne pas laisser la chair ni le diable se glisser dans nos agapes fraternelles pour en troubler l’unité d’esprit.

  Paul, Barnabas et Jean, s’étant embarqués à Paphos, se rendirent à Perge en Pamphylie, là, dit l’Écriture, « Jean (non pas l’apôtre) se sépara d’eux et retourna à Jérusalem… » d’où ils étaient partis : Actes 13:13. Quelques temps après, au retour de leur voyage, Paul dit à Barnabas : « Retournons visiter les frères dans toutes les villes où nous avons annoncé la Parole du Seigneur, pour voir en quel état ils sont. Barnabas voulait emmener aussi Jean, surnommé Marc ; mais Paul jugea plus convenable de ne pas prendre avec eux celui qui les avait quittés depuis la Pamphylie, et qui ne les avait pas accompagnés dans leur œuvre. Ce dissentiment fut assez vif pour être cause qu’ils se séparèrent l’un de l’autre. Et Barnabas, prenant Marc avec lui, s’embarqua pour l’île de Chypre. Paul fit choix de Silas, et partit, recommandé par les frères à la grâce du Seigneur… » Act 15:36-40. Des raisons profondes éclairent ce différent qui opposa ces deux hommes de grande qualité spirituelle. Le choix de Barnabas, d’être accompagné par Jean surnommé Marc, s’explique-t-il par le fait que Marc était précisément son « cousin » ? Col 4:10. Cette affection légitime, mais humaine, a-t-elle donc prévalu sur la collaboration spirituelle avec Paul ? Toujours est-il qu’il n’est rien de tel pour briser la communion fraternelle ou l’Œuvre de Dieu, que d’y mêler l’esprit de famille.

  Ce problème spirituel trouve déjà son origine à Antioche, où résidaient des prophètes et des docteurs de la Parole. En effet : « pendant qu’ils servaient le Seigneur dans leur ministère et qu’ils jeûnaient, dit l’Écriture, le Saint-Esprit dit : Mettez-moi à part Barnabas et Saul (appelé plus tard Paul) pour l’œuvre à laquelle je les ai appelés… » Act 13:2. Le Saint-Esprit appela nommément Barnabas et Saul, et ne mentionna aucun autre nom. Mais Barnabas et Saul prirent Jean avec eux, afin de « l’avoir pour aide » Act 13:5. Ce choix ne fut pas celui de l’Esprit de Dieu, ce qui eut pour résultat de troubler et de rompre leur relation pour un temps. Tout ce que nous décidons de nous-mêmes nous place en dehors de la Volonté de Dieu et d’une relation vraie avec autrui. Nous n’échappons pas aux conséquences des décisions humaines que nous avons prises dans nos vies, mais il est consolant de retrouver la communion avec Dieu en lui confiant, non seulement nos voies, mais avant tout notre vie même, pour découvrir alors « dans notre cœur des chemins tout tracés… », mais par Dieu : Ps 84:6.

  « Les bergers ont été stupides, ils n’ont pas cherché l’Éternel ; c’est pour cela qu’ils n’ont point prospéré, et que tous leurs troupeaux se dispersent… » Jér 10:21. Ce cri du prophète Jérémie s’adresse aux pasteurs insensés qui négligent les âmes et prennent la place des pasteurs fidèles qui, eux, en prennent soin. Ces bergers sont stupides parce qu’ils ne connaissent pas l’Éternel, et, par conséquent, ne connaissent pas la faim et la soif des brebis, ni ne discernent la nature spirituelle de la nourriture dont elles ont besoin. Ils ne les nourrissent pas de la Parole inspirée par l’Esprit de Dieu. En effet, ce qui aussi divise le corps des croyants, c’est un conducteur qui le domine, parce qu’il est aveugle ; et un conducteur aveugle dominera toujours les brebis, parce qu’il s’éclaire de ses propres pensées, qu’il leur impose. Un pasteur dominateur dans l’église fait naître une tension qui, soit produit une dislocation interne, soit aboutit à la dispersion du troupeau.

  Aux croyants de Corinthe, l’apôtre Paul écrit : « Je vous exhorte, frères, par le nom de notre Seigneur Jésus-Christ, à tenir tous un même langage, et à ne pas avoir de divisions parmi vous, mais à être parfaitement unis dans un même esprit et dans un même sentiment. Car, mes frères, j’ai appris à votre sujet, par les gens de Chloé, qu’il y a des disputes au milieu de vous. Je veux dire que chacun de vous parle ainsi : Moi, je suis de Paul ! et moi, d’Apollos ! et moi, de Céphas ! et moi, de Christ ! Christ est-il divisé ? Paul a-t-il été crucifié pour vous, ou est-ce au nom de Paul que vous avez été baptisé… ? » I Cor 1:10-13. Le penchant à la division est si naturel au cœur de l’homme, que même les apôtres ne purent empêcher que des croyants ne s’attachent à leur personne ; et pourtant ce ne fut pas à cause d’un manque d’exhortations de la part de ces ministres de l’Évangile. Ainsi, tout véritable homme de Dieu se reconnaît en ce qu’il repousse avec force toute admiration et adulation envers sa propre personne. Car il sait qu’en l’acceptant, il s’interpose entre Dieu et les âmes et attire sur lui la Gloire qui ne revient qu’à Dieu seul, ce qui, en conséquence, annule le fruit même de la prédication de la Parole de Dieu dans les cœurs.

  Au sujet du « prix » à remporter et de la « perfection » à atteindre, Paul écrit aux Philippiens : « Nous tous donc qui sommes parfaits, ayons cette même pensée ; et si vous êtes en quelque point d’un autre avis, Dieu vous éclairera aussi là-dessus. Seulement, au point où nous sommes parvenus, marchons d’un même pas… » Phil 3:15-16. Il ressort de ces paroles qu’il n’est pas contradictoire d’être, en même temps, et « parfaits » et en quelque point « d’un autre avis ». Mais, dira-t-on, comment marcher « d’un même pas », tout en étant « d’un autre avis » ? C’est là une réalité spirituelle qui heurte notre compréhension naturelle, limitée, de la Perfection divine, selon laquelle il est possible, tout en étant spirituel de part et d’autre, d’avoir des avis différents sans que ceux-ci n’altèrent en rien les sentiments des uns à l’égard des autres. Les « Richesses  incompréhensibles  de  Christ »  ne consistent-elles pas précisément en cette « sagesse »,  non pas uniforme,  mais « infiniment variée de Dieu… » ? Eph 3:8, 11. Cette Diversité divine reçue par le même Esprit ne peut être possible qu’entre enfants de Dieu, authentiquement régénérés. Car, en tant que régénérés, nous regardons au Tronc de la Parole, d’où partent et auquel se rattachent les rameaux fructueux de la Vérité, c’est-à-dire, Christ. Christ avec qui nous sommes devenus « une même plante », et en qui nous pouvons par Son Amour en nous, et par nous envers autrui, faire que nos différences ne deviennent jamais divergences.

  Un cœur, une âme, un même langage, un même esprit, tout ceci est, à la fois, suscité et nourri de cette recherche et de cette affection « aux choses d’en haut, où Christ est assis à la droite de Dieu… » Col 3:1-2, résumées en cette aspiration vers le Seigneur qui consiste, avant tout, à « aimer Son Avènement… » II Tim 4:8. Car « quiconque a cette espérance en lui (Jésus) se purifie, comme lui-même est pur… »            I Jean 3:3. « Pur », c’est-à-dire, non pas exempt de faiblesses et d’épreuves de la vie, mais libre de tout attachement à l’esprit de ce monde, afin d’être uni à Celui vers qui seul convergent toutes nos aspirations spirituelles. « Si donc, écrit Paul, il y a quelque consolation en Christ, s’il y a quelque soulagement dans la charité, s’il y a quelque union d’esprit, s’il y a quelque compassion et quelque miséricorde, rendez ma joie parfaite, ayant un même sentiment, un même amour, une même âme, une même pensée… » Phil 2:1-2. Les croyants, qu’une même pensée unit, se révèlent être ceux qui portent leur croix, qui les a affranchis de l’ « esprit de parti » et de la « vaine gloire ».