M176 – DONNEZ-LEUR VOUS-MÊMES À MANGER …

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  « Comme le jour commençait à baisser, les douze s’approchèrent, et lui dirent : Renvoie la foule, afin qu’elle aille dans les villages et dans les campagnes des environs, pour se loger et pour trouver des vivres ; car nous sommes ici dans un lieu désert. Jésus leur dit : Donnez-leur vous-mêmes à manger. Mais ils répondirent : Nous n’avons que cinq pains et deux poissons, à moins que nous n’allions nous-mêmes acheter des vivres pour tout ce peuple. Or, il y avait environ cinq mille hommes. Jésus dit à ses disciples : Faites-les asseoir par rangées de cinquante. Ils firent ainsi, ils les firent tous asseoir. Jésus prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux vers le ciel, il les bénit. Puis, il les rompit, et les donna à ses disciples, afin qu’ils les distribuassent à la foule. Tous mangèrent et furent rassasiés, et l’on emporta douze paniers pleins des morceaux qui restaient… »  Luc 9:12-17.

  La foule affamée du Pain du ciel, la Parole de Dieu, commençait aussi à l’être du pain terrestre, et Jésus dit simplement : « Donnez-leur vous-mêmes à manger… » Les disciples, qui cherchaient des solutions aux alentours, étaient loin de penser qu’ils seraient eux-mêmes les instruments, par lesquels cette foule serait nourrie et rassasiée. L’ordre de Jésus ne rendait que plus évident le peu de pain qui étaient à leur disposition, et les disciples le lui firent remarquer : « Nous n’avons que cinq pains et deux poissons, à moins que nous n’allions nous-mêmes acheter des vivres… » (mais avec quel argent ?). Ainsi, sur la Parole de Jésus, les disciples « firent asseoir la foule par rangées de cinquante… » Pourquoi pas moins de cinquante, pourquoi pas plus de cinquante ? Le Seigneur a des raisons qui lui sont propres, voulant ainsi, par certains indices, tester notre obéissance et notre confiance en Lui. Dans cette situation qui les dépassait, les disciples agirent-ils plus par obéissance que par la foi… ? Cependant, nous savons que la foi conduit toujours à l’obéissance, parce que par l’obéissance dans les actes, la « foi est rendue parfaite… » Jac 2:22. Il est des situations où l’Intervention divine met fin à nos interrogations, comme aussi à nos explications humaines. 

  Ce miracle de la multiplication des pains, qui eut lieu deux fois au cours du Ministère de Jésus : Matt 14:15-21 et 15:32-38, nous apprend une vérité fondamentale dans notre vie spirituelle, en vue de l’efficacité de celle-ci. Et cette vérité nous révèle que le « peu » que nous avons, et que nous sommes à nos yeux, suffit à accomplir l’œuvre qui nous est confiée. Il nous est, en effet, nécessaire de demeurer dans la faiblesse, d’éprouver des limitations constantes, celles-ci ayant pour but salutaire de nous tenir dans la prière, nous rendant ainsi dépendant de Dieu seul. Nous découvrons alors que ce qui nous manque, Dieu Lui-même le complète. Car nous réalisons, à l’inverse, que, plus une mission, ou une œuvre quelle qu’elle soit prend de l’importance visible, et moins les résultats sont spirituels. Aussi est-il nécessaire de connaître un certain manque de moyens terrestres, manque qui élève notre foi vers les seules Richesses d’en haut, et épure la prédication de la Parole qui ne dépend, alors, que de l’Onction de l’Esprit qui vivifie.

  L’efficacité spirituelle ne dépend donc pas de l’importance ou de l’augmentation de nos propres moyens. L’apôtre Paul écrit, en effet : « Ce n’est pas à dire que nous soyons par nous-mêmes capables de concevoir quelque chose comme venant de nous-mêmes. Notre capacité, au contraire, vient de Dieu… » II Cor 3:5. La capacité spirituelle est reçue dans la prière d’autant plus fervente et persévérante que le manque de moyens est grand. C’est dans ce sens que le « peu » est une bénédiction, en ce qu’il nous invite à un total abandon par la foi en Christ, « dispensateurs des vrais biens ». La Parabole du Semeur confirme la vérité de cette constatation. Au sujet du quatrième terrain, Jésus dit, en effet : « Une autre partie (de la semence) tomba dans la bonne terre : elle donna du fruit qui montait et croissait, et elle rapporta trente, soixante et cent pour un. Puis il dit : Que celui qui a des oreilles pour entendre entende… » Marc 4:8-9 et 20. Il est dit ici que déjà un seul grain de la semence de la Parole de Dieu rapporte trente, soixante et cent pour « un ».  C’est là la manifestation spirituelle de la multiplication. Les soixante grains ont-ils été produits par les trente grains ? Les cents grains se sont-ils multipliés à partir de soixante grains ? Non point ! Il est écrit que ce n’est qu’un seul « grain » qui produisit trente, soixante et cent pour un. Cela ne dépend pas du nombre de semences, ni de l’abondance de connaissances, mais d’un cœur régénéré, qui reçoit la Semence de la Parole de Vie dans la foi et qui, en conséquence, produit le Fruit de l’Esprit, d’abord en lui et au travers de lui.

  Qu’un seul grain puisse à ce point se multiplier ne signifie pas qu’il faille semer peu. L’Ecriture dit que « celui sème peu moissonnera peu, et celui qui sème abondamment moissonnera abondamment… »       II Cor 9:6, mais la capacité de le faire vient de Dieu qui se révèle également comme étant « Celui qui fournit de la semence au semeur, et du pain pour sa nourriture… » II Cor 9:10. Ce n’est donc pas nous qui nous procurons de la semence, mais Dieu ; quant à nous, nous n’avons besoin que d’être disponibles entre Ses Mains. « Qu’est-ce donc qu’Apollos, et qu’est-ce que Paul ? écrit l’apôtre aux Corinthiens. Des serviteurs, par le moyen desquels vous avez cru, selon que le Seigneur l’a donné à chacun. J’ai planté, Apollos a arrosé, mais Dieu a fait croître, en sorte que ce n’est pas celui qui plante qui est quelque chose, ni celui qui arrose, mais Dieu qui fait croître… » I Cor 3:5-7. La force de ces Paroles affermit notre foi, en ce que Dieu, qui est le « Maître de la moisson », non seulement nous appelle à moissonner, mais encore nous donne Lui-même de quoi semer en vue de la moisson. La Puissance divine suffit au racheté, non seulement à subsister lui-même, mais également à contribuer à la subsistance d’autrui, par le moyen de la nourriture spirituelle qu’il dispense de la part de Dieu. Nous ne sommes pas fidèles à Dieu que pour nous-mêmes. Notre vie spirituelle a une incidence sur la communion fraternelle ; nos frères et sœurs, au près comme au loin, bénéficient spirituellement de notre persévérance, de notre constance et de nos victoires mêmes dans l’épreuve. D’où notre encouragement d’autant plus grand à veiller et à prier « dans notre salut commun… » Jude 1:3, en vue du Royaume éternel.

  Dieu ne nous fait pas connaître tout ce que Sa Grâce opère par notre témoignage ou par notre prédication, cela afin d’empêcher l’orgueil d’apparaître ou d’être alimenté. Ainsi, lorsque Jésus prit « les cinq pains et les deux poissons, il leva les yeux vers le ciel, et les bénit. Puis, il les rompit et les donna aux disciples qui les distribuèrent à la foule… » Le « peu » que Jésus nous demande subit encore un traitement particulier de sa part ; en effet, au lieu de conserver ce « peu » intact, Jésus en plus le rompt. Il nous est révélé par là qu’entre la bénédiction et la multiplication a lieu une fraction telle que les pains l’ont subie, c’est-à-dire, un brisement intérieur des Mains même de Jésus. Certes « c’est la bénédiction de l’Éternel qui enrichit, dit le sage, et il ne la fait suivre d’aucun chagrin… » Prov 10:22. Aussi, beaucoup pensent que la bénédiction conduit immédiatement à l’accomplissement de celle-ci, alors que, souvent, un événement contraire survient entre l’une et l’autre, et cela dans le but d’épurer, de disposer notre cœur à faire bon usage de la bénédiction reçue. Dieu, dans Son insondable Sagesse, doit souvent briser ce qu’il bénit pour le multiplier.

  Ainsi, l’une des Voies de Dieu est de nous maintenir dans la faiblesse, jusqu’à ce que nous acceptions, enfin, l’état dont nous nous plaignions jusqu’alors. Et cela à l’exemple de Paul qui, après avoir prié trois fois le Seigneur de le délivrer de son écharde, et, recevant pour réponse : « Ma Grâce te suffit, car ma puissance s’accomplit dans la faiblesse… » déclara enfin : « C’est pourquoi je me plais dans les faiblesses, dans les outrages, dans les calamités, dans les persécutions, dans les détresses pour Christ ; car, quand je suis faible, c’est alors que je suis fort… » II Cor 12:8-10. En effet, quand la Puissance agit dans la faiblesse, la faiblesse n’est aucunement annulée, au contraire, celle-ci accompagne l’Action de Dieu, qui agit d’autant plus puissamment que la présence même de la faiblesse demeure. Le But divin de cette œuvre intérieure n’est pas compris par tous, ainsi que le rapporte Paul au sujet de lui-même et de ses compagnons d’œuvre, de la part des adversaires : « Étant regardés (par eux), écrit-il, comme mourants, et voici nous vivons ; comme châtiés, quoique non mis à mort ; comme attristés, et nous sommes toujours joyeux ; comme pauvres, et nous en enrichissons plusieurs ; comme n’ayant rien, et nous possédons toutes choses… » II Cor 6:9-10.

  A la lecture d’un tel témoignage vécu, c’est désormais, avec une reconnaissance toute particulière que nous apprécierons nos « cinq pains et nos deux poissons ». Aussi est-ce avec une foi nouvelle en l’ordre de Jésus : « Donnez-leur vous-mêmes à manger… ! », que nous reconnaissons que la Volonté divine s’opère par la force que Dieu nous communique, afin de l’accomplir dans les situations les plus difficiles de la vie.