M174 – C’EST ICI LE TEMPLE …

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  « Ainsi parle l’Éternel des armées, le Dieu d’Israël : Réformez vos voies et vos œuvres, et je vous laisserai demeurer dans ce lieu. Ne vous livrez pas à des espérances trompeuses, en disant : C’est ici le temple de l’Éternel, le temple de l’Éternel, le temple de l’Éternel… » Jér 7:3-4.

  Le tabernacle, puis le temple dont le culte était « image et ombre des choses célestes… » Héb 8:5, servirent de « lieu de rencontre » entre Dieu et Son peuple. Le temple, tout en étant le lieu où étaient offerts les sacrifices, fut aussi rendu nécessaire à cause de la faiblesse humaine. En effet, sans cette représentation visible des choses invisibles, le peuple n’aurait jamais été assez fidèle pour demeurer attaché à l’Éternel. Ce support tangible lui était nécessaire pour obéir, servir, prier et adorer Dieu. Cependant, cela même qui sert à aider spirituellement peut aussi nuire au spirituel. Car tout ce qui est visible, institué, et donc répétitif, peut rapidement devenir un rite, une habitude, voire une formalité. Tout en vivant à leur guise, la plupart des Israélites pensaient que le simple fait de tourner les regards vers le temple, d’assister aux offices, d’apporter leur contribution d’une manière ou d’une autre suffisait, à leurs yeux, à satisfaire Dieu, sans que, pour autant, leur cœur en fût changé. Attitude révélant l’aveuglement progressif d’une conscience qui se perd, d’une vie spirituelle qui se meurt.

  Dans une situation qui le dépasse, ou dans laquelle sa conscience est reprise, l’homme cherchera toujours un lieu, soit pour se protéger, soit pour se décharger d’un souci ou d’une faute. C’était là aussi une des raisons de l’existence du temple. Par les sacrifices d’expiations et d’actions de grâces, Dieu accordait le pardon au peuple et recevait de lui l’adoration ; mais le temple n’était pas Dieu, et Dieu n’était pas le temple. Cependant le temple prit peu à peu la place de Dieu Lui-même dans les esprits. Le chemin du temple était plus aisé d’accès, et le temple lui-même moins exigeant que Dieu.  Ainsi, le « sacrifice agréable » à Dieu, qui, dit l’Écriture, est « un esprit brisé et un cœur contrit… » Ps 51:19, céda la place à des formules et à des habitudes de prières résumées en ces mots : « C’est ici le temple… le temple… le temple… ». Ce fut d’ailleurs à cet état d’esprit et à cette pratique que Jésus faisait allusion, lorsqu’il dit à ses disciples : « En priant, ne multipliez pas de vaines paroles, comme les païens, qui s’imaginent qu’à force de paroles ils seront exaucés… » Matt 6:7. La prière de « l’esprit brisé », le cri du « cœur contrit » se trouvent remplacés par des paroles répétées qui masquent un vide intérieur, accompagnées de manifestations émotionnelles n’ayant que l’apparence de la vie spirituelle.

  L’Écriture nous rapporte le comportement significatif d’un homme du nom de Mica. Cet homme, tout en étant « religieux », avait dérobé à sa mère mille et cent sicles d’argent ; et lorsqu’il les lui rendit, sa mère lui dit : « Je consacre de ma main cet argent à l’Éternel, afin d’en faire pour mon fils une image taillée et une image en fonte ; et c’est ainsi que je te le rendrai… » Juges 17:3. Peu après, Mica consacra un lévite qui lui servit de prêtre, « maintenant, dit-il, je sais que l’Éternel me fera du bien, puisque j’ai ce lévite pour prêtre… » Juges 17:12-13. Or, un peu plus tard, six cents hommes de la tribu de Dan prirent de la maison de Mica, l’image taillée, l’image en fonte, l’éphod et les téraphim, et même le prêtre qui accepta avec joie de se joindre à eux. Ces hommes étaient trop nombreux pour que Mica pût leur résister, et celui-ci n’eut plus que ces paroles : « Mes dieux que j’avais faits, vous les avez enlevés avec le prêtre et vous êtes partis : que me reste-t-il ? Comment pouvez-vous me dire : Qu’as-tu… ? » Juges 18:24. La religion de Mica consistait en des représentations extérieures qui ne correspondaient à aucune réalité intérieure, et à rechercher davantage les bienfaits de Dieu que Dieu Lui-même.

  Ceci nous apprend qu’il existe une conception superstitieuse et matérielle des choses spirituelles. En effet, ce même comportement de Mica se retrouve chez l’âme qui s’attache à des doctrines ou à des manifestations dites spirituelles, regardées par elle comme étant les signes de détenir la Vérité, attirant sur elle la protection divine. Ceci n’est pas de la foi, mais de la superstition qui est l’altération de la foi. La preuve de ceci est évidente, l’existence ou la manifestation de ces choses viennent-elles à manquer, et voici que cette âme se retrouve confuse, éperdue, prise de doute. Elle prend alors conscience qu’elle se reposait sur des vérités, non intérieurement reçues, mais restées extérieures à elle, soit incomprises, soit faussement interprétées par elle-même. Ceci étant, une telle âme ne peut que faire siennes ces paroles de Mica : « Que me reste-t-il… ? » 

  Jésus dit à Son Père, au sujet de Judas qui le livra : « Lorsque j’étais avec eux dans le monde, je les gardais en ton nom. J’ai gardé ceux que tu m’as donnés, et aucun d’eux ne s’est perdu, sinon le fils de perdition, afin que l’Écriture fût accomplie… » Jean 17:12. Judas, ayant vu que Jésus avait été condamné, « se repentit, et rapporta les trente pièces d’argent aux principaux sacrificateurs et aux anciens, en disant : J’ai péché en livrant le sang innocent. Ils répondirent : Que nous importe ? Cela te regarde. Judas jeta les pièces d’argent dans le temple, se retira, et alla se pendre… » Matt 27:3-5. Judas jeta les pièces d’argent dans le temple ; il se tourna lui aussi vers le temple, ce qui ne l’empêcha pas de se donner la mort. En trahissant le Fils de l’homme, Judas fut un cas unique dans l’histoire des hommes, aussi, personne ne peut-il être comparé à lui pour un acte semblable. Cependant, cette réaction, ce geste de Judas décrit bien l’âme humaine en certaines circonstances, et peut aussi être celui de tout croyant, qui ne discerne pas les choses de l’Esprit de Dieu. En effet, une prière, une aide, une offrande, une résolution, toutes ces choses peuvent être prises ou faites, non par amour pour Dieu, mais pour se « racheter » d’une pensée, d’un sentiment de culpabilité, d’une parole ou d’un acte répréhensibles, mais ceci sans se donner pleinement, sans réel changement intérieur. Cette façon d’agir contrôlée a pour conséquence de maintenir l’âme dans des liens spirituels, alors que seule une vie livrée à Jésus est une vie libérée.

  Beaucoup de croyants, en reconnaissance d’un bienfait reçu, se vouent à leur « temple ». Ce temple peut être une église, ou tout autre lieu de rassemblement qui, à leurs yeux, est l’unique lieu, ou milieu, dans lequel et par lequel Dieu agit. Combien d’âmes, se disant libérées, sont pareillement devenues esclaves de leur « libérateur » ; leur chaîne ayant simplement changé de nature, en passant d’un lien charnel à un lien « religieux ». Que ce soit par crainte ou par admiration, elles s’assujettissent à une autorité humaine, à un « dominateur » religieux qui leur ravit la liberté. Cette Liberté intérieure, que Seul Jésus-Christ apporte, est cette Plénitude spirituelle qui convainc de folie tout attachement idolâtre au monde comme à ce qui est religieux.

  Combien comprenons-nous mieux alors Jésus qui, parlant de Lui-même, dit aux Pharisiens : « Je vous le dis, il y a ici quelque chose de plus grand que le temple. Si vous saviez ce que signifie : Je prends plaisir à la miséricorde, et non aux sacrifices, vous n’auriez pas condamné des innocents… » Matt 12:6-7. Jésus est ce « quelque chose » de plus grand, que tout ce à quoi l’on peut être attaché ici-bas, même en se persuadant que « c’est ici le temple, le temple, le temple… », attitude qui nous rappelle celle de ces personnes dont Jésus dit : « Ceux qui me disent : Seigneur, Seigneur ! N’entreront pas tous dans le Royaume des cieux, mais celui-là seul qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux… » Matt 7:21. Non certes, l’on ne peut aller à Jésus pour recevoir des absolutions répétées, et continuer à faire sa propre volonté. A l’égard de ceux qui useraient de la Grâce de la même manière que les Juifs de jadis usaient du temple, l’on comprend alors le sens spirituel et prophétique des Paroles de Jésus, disant aux Juifs de son temps : « Détruisez ce temple, et en trois jours je le relèverai… » Jean 2:19. En réalité, Jésus parlait du « temple de Son Corps » qui devait être crucifié et que Dieu ressusciterait le troisième jour. Pour chacun d’entre nous, étant devenu par la « nouvelle naissance » le « temple du Saint-Esprit qui est en nous… » I Cor 6:19, ces Paroles de Jésus contiennent aussi la promesse de « détruire » toute relation et compréhension fausses dans notre cœur et dans notre esprit, en renouvelant, par l’Esprit-Saint, notre intelligence des Choses d’en haut et notre communion avec Dieu.