M171 – POINT DE FORCE POUR L’ENFANTEMENT …

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  « Lorsque le roi Ézéchias eut entendu cela, il déchira ses vêtements, se couvrit d’un sac, et alla dans la maison de l’Éternel. Il envoya Eliakim, chef de la maison du roi, Schebna, le secrétaire, et les plus anciens des sacrificateurs, couverts de sacs, vers Ésaïe, le prophète, fils d’Amots. Et ils lui dirent : Ainsi parle Ézéchias : Ce jour est un jour d’angoisse, de châtiment et d’opprobre ; car les enfants sont près de sortir du sein maternel, et il n’y a point de force pour l’enfantement. Peut-être l’Éternel, ton Dieu, a-t-il entendu toutes les paroles de Rabschaké, que le roi d’Assyrie, son maitre, a envoyé pour insulter le Dieu vivant, et peut-être l’Éternel, ton Dieu, exercera-t-il ses châtiments à cause des paroles qu’il a entendues. Fais donc monter une prière pour le reste qui subsiste encore… »  II Rois 19:1-4.

  Jérusalem, assiégée par l’armée du roi d’Assyrie, connut des jours qui lui semblaient être les derniers de son existence. L’espérance comme la vie s’amenuisaient. Cependant, Dieu délivra une fois encore les habitants de Jérusalem : II Rois 19:35-36. Mais ceux-ci vécurent, en leur temps, une époque cruciale qui préfigurait celle, plus générale, de notre temps, non seulement dans le monde, mais également parmi le peuple de Dieu. « … Point de force pour l’enfantement… » Combien d’attentes, d’aspirations, d’espoirs qui ne se réalisent pas, parce que l’on prend ses propres désirs pour des promesses que Dieu n’a jamais faites. Tout ce que Dieu fait est parfait et durable pour l’éternité. Mais lorsque l’« homme charnel » prend le « relais », pensant avoir compris l’Œuvre de Dieu, et l’accomplir par lui-même, soit elle n’aboutit pas, soit il en résulte le contraire de ce qui était attendu.

  Le fait que « les enfants sont près de sortir du sein maternel… » montre déjà que Dieu, dans les situations les plus difficiles et les plus troublées, ne cesse de manifester la Vie de Sa Parole. Mais le fait « qu’il n’y ait point de force pour l’enfantement… » provient de multiples obstacles intérieurs et extérieurs, nous privant de la force de vaincre ce qui nous empêche spirituellement de grandir. Il en résulte que beaucoup d’âmes restent en deçà du but et au-dessous de la position spirituelle de victoire, auxquels Dieu les a appelées, et cela parce qu’elles ne discernent pas les œuvres qu’il leur a préparées. L’adversaire tente alors de les étourdir d’activités, d’expériences dites spirituelles, ou de les accabler par un sentiment d’impuissance à la vue de tout ce qu’il y aurait à faire. Aussi le penchant de ces âmes est-il de toujours continuer par la chair ce qui a été commencé par l’Esprit.

  Le manque de Lumière et de Force pour connaître et accomplir la Volonté de Dieu provient aussi d’une absence de nourriture spirituelle. L’Éternel, par le prophète Ézéchiel, dit aux pasteurs d’Israël : « Voici, je jugerai entre brebis et brebis, entre béliers et boucs. Est-ce trop peu pour vous de paître dans le bon pâturage, pour que vous fouliez de vos pieds le reste de votre pâturage ? De boire une eau limpide, pour que vous troubliez le reste avec vos pieds ? Et mes brebis doivent paître ce que vos pieds ont foulé, et boire ce que vos pieds ont troublé… » Ézé 34:17-19. Outre leur vie de prière et leur lecture de la Parole, beaucoup de croyants ne sont pas nourris d’une prédication inspirée de la part de ceux, dont ils s’attendent normalement à recevoir le « Pain du ciel ». Des raisonnements humains, des points de doctrines, des commentaires ont pris la place de la Parole révélée par l’Esprit, laquelle seule nourrit la foi, qui alors « enfante » suivant la Volonté de Dieu. C’était déjà le reproche de Jésus aux pharisiens, en disant : « … Vous anéantissez fort bien le commandement de Dieu, pour garder votre tradition… » Marc 7:9, rappelant en cela le cri du prophète Habakuk : « … La loi n’a point de vie, la justice n’a point de force… » Hab 1:4. La foi place le racheté dans une position intérieure de victoire, et la force qui le rend victorieux est communiquée par la Parole enseignée et reçue sous l’Onction de l’Esprit. Un discours apporté par l’esprit et les moyens du monde ne peut contenir la Puissance de la Vie divine, tandis que seule la Parole qui vient du cœur de Dieu pénètre dans le cœur de l’homme, car elle contient la Puissance de Vie, qui vivifie dans l’âme la Vérité qu’elle annonce.

  Il est édifiant d’apprendre à connaître la vie sanctifiée des apôtres, dont la prédication suffisait à faire parvenir les véritables croyants « à l’état d’homme fait, à la mesure de la stature parfaite de Christ… » Eph 4:13. D’entre eux, l’apôtre Paul écrit aux Corinthiens : « … Quand vous auriez dix mille maîtres en Christ, vous n’avez cependant pas plusieurs pères, puisque c’est moi qui vous ai engendrés en Jésus-Christ par l’Évangile… » I Cor 4:15. Et c’est tendu vers ce même but, qu’il écrit encore aux Colossiens : « C’est lui (Christ), que nous annonçons, exhortant tout homme, et instruisant tout homme en toute sagesse, afin de présenter à Dieu tout homme, devenu parfait en Christ. C’est à quoi je travaille, en combattant avec sa force, qui agit puissamment en moi… » Col 1:28-29. Cette puissance dont parle l’apôtre consista à accepter la force de souffrir pour les élus, et ce combat était si intense que Paul ne pouvait le soutenir qu’en s’impliquant totalement au point d’écrire aux Galates : « Mes enfants, pour qui j’éprouve de nouveau les douleurs de l’enfantement, jusqu’à ce que Christ soit formé en vous, je voudrais être maintenant auprès de vous, et changer de langage, car je suis dans l’inquiétude à votre sujet… » Gal 4:19-20. Ce désir de l’apôtre de « changer de langage » ne consista évidemment pas à « changer » sa prédication, mais exprimait la confiance que son inquiétude du moment sera dissipée par la certitude que ce que la « Prédication de la croix » a « engendré », « enfantera », tôt ou tard, un fruit éternel dans les vies.

  Ainsi, la Parole apportée dans les douleurs de l’enfantement spirituel, par les serviteurs de Dieu fidèles, opère le même « enfantement » chez ceux qui la reçoivent. L’apôtre écrit aux Thessaloniciens : « C’est pourquoi nous rendons continuellement grâces à Dieu de ce qu’en recevant la Parole de Dieu, que nous vous avons fait entendre, vous l’avez reçue, non comme la parole des hommes, mais, ainsi qu’elle l’est véritablement, comme la Parole de Dieu, qui agit en vous qui croyez… » I Thess 2:13. C’est donc parce qu’elle est divine et que nous la reconnaissons comme telle, que nous la recevons, non par la foi « naturelle » qui vient de nous, mais par la foi « spirituelle » qui provient de l’écoute de la Parole que nous croyons. Et cette Parole, une fois au-dedans de nous, n’est pas une connaissance de plus, inerte ou que le temps efface, mais elle est, ainsi que l’écrit l’apôtre, une Parole qui « agit en nous » qui croyons. Elle est en travail au-dedans de nous dans le seul but de nous rendre semblables au Fils de Dieu. Car si « nous avons pour fin la vie éternelle… », dit l’Écriture, nous sommes aussi appelés, dans notre marche vers ce but, à « avoir pour fruit la sainteté… » Rom 6:22. Dieu nous appelle chaque jour à Le laisser graver dans nos cœurs Sa Parole, c’est-à-dire, le caractère de Son saint Fils, lequel, alors seulement, peut nous rendre capables, ici-bas « de marcher aussi comme il a marché lui-même… » I Jean 2:6. En fait, la sanctification consiste, non pas à « résister » à soi-même, mais plutôt à « ne plus résister » au Seigneur.

  Jésus dit, parlant du Semeur jetant la semence, qui est la Parole de Dieu : « Ce qui est tombé parmi les épines, ce sont ceux qui, ayant entendu la Parole, s’en vont, et la laisse étouffer par les soucis, les richesses et les plaisirs de la vie, et ils ne portent point de fruit qui vienne à maturité… » Luc 8:14. Il pourrait sembler que les « soucis » soient moins blâmables que la recherche des « richesses » et des « plaisirs de la vie ». Mais tel n’est pas le cas, car si ce qui nous paraît « légitime » perd notre vie spirituelle de la même manière que ce qui est « illicite », le résultat est le même, l’un comme l’autre s’avèrent pareillement nuisibles. « Comme la pluie et la neige descendent des cieux, dit Dieu, et n’y retournent pas sans avoir arrosé, fécondé la terre, et fait germer les plantes, sans avoir donné de la semence au semeur, et du pain à celui qui mange, ainsi en est-il de ma parole, qui sort de ma bouche : elle ne retourne point à moi sans effet, sans avoir exécuté ma volonté et accompli mes desseins… » Ésaïe 55:10-11.

  Il est à remarquer dans ces deux passages de la Parole, que la Semence divine a donné la vie, la Parole a germé et a poussé. Mais, en ce qui concerne ici, non pas l’incroyant, mais le racheté, la semence, qui ne vient pas à maturité ne signifie pas nécessairement que ce croyant ait éliminé ou annulé la « Parole vivante et permanente de Dieu… » I Pier 1:23. Loin de là ! En effet, la « Parole entendue » demeure au plus profond de « l’homme intérieur », jusqu’au jour où elle s’accomplira dans cette âme qui alors reconnaîtra soit sa révolte, soit la souffrance qui lui avait effacé le chemin de la prière, soit toute autre chose qui obscurcissait jusqu’alors son cœur. Il n’est pas de vie spirituelle sans douleurs d’enfantement ni crises de croissance, car celles-ci attestent le travail de « Christ se formant en nous », elles accompagnent l’Œuvre de la Parole de Dieu en nous en vue de « l’homme parfait » que nous sommes appelés à devenir.