M170 – ENTRE DANS TA CHAMBRE …

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  « Lorsque vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites, qui aiment à prier debout dans les synagogues et aux coins des rues, pour être vus des hommes. Je vous le dis en vérité, ils reçoivent leur récompense. Mais quand tu pries, entre dans ta chambre, ferme ta porte, et prie ton Père qui est là dans le lieu secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra… » Matt 6:5-6.

  S’il est une activité spirituelle des plus cachées, des plus méconnues, même des plus ardues, c’est bien celle de la prière. Cependant, la prière n’en est pas moins aussi importante que la prédication et le témoignage, auxquels elle assure l’efficacité, par la foi, dans la Puissance de l’Esprit-Saint. Dans la vie du racheté, l’esprit de prière entretient cette disposition intérieure, qui lui permet de connaître et d’accepter la Volonté de Dieu, qu’elle soit agréable ou non à la « chair ». La vie de prière dans le lieu secret exige autant d’humilité que de foi. En effet, alors que les frères de Jésus, qui ne croyaient pas encore en Lui, lui dirent : « Pars d’ici, va en Judée, afin que tes disciples voient aussi les œuvres que tu fais. Personne n’agit en secret, lorsqu’il désire paraître ; si tu fais ces choses, montre-toi toi-même au monde… » Jean 7:3-4. Jésus nous dit, au contraire : « Quand tu pries, entre dans ta chambre, ferme ta porte, et prie ton Père qui est là dans le lieu secret… ». Ce lieu caché, vers lequel Jésus Lui-même se retirait chaque jour, seul, à l’écart dans le désert ou sur la montagne. Aussi pouvait-Il dire, au retour de ces moments cachés devant la face de Dieu : « En vérité, en vérité, je vous le dis, le Fils ne peut rien faire de lui-même, il ne fait que ce qu’il voit faire au Père ; et tout ce que le Père fait, le Fils aussi le fait pareillement… » Jean 5:19. Chaque journée de Jésus était vécue suivant la Direction de l’Esprit, Il connaissait ou attirait les personnes à rencontrer, les événements qui devaient se produire, ceci,  tout en marchant et en prêchant, et se tenait tout simplement à l’écoute de ce que Dieu lui disait, et Le laissant agir au-travers de Lui. Tout était préparé d’avance, soit reçu, soit prévu, « même l’imprévu » de la part de Son Père céleste. Ainsi, tout ce qui était dans le cœur et dans la vie des hommes, l’était déjà dans l’Esprit de Jésus.

  Pourquoi donc la nécessité chez Jésus de se mettre à l’écart pour prier ? La veille d’un certain soir, la multitude écoutait les Paroles de sa bouche, les malades étaient guéris, les démons étaient chassés, mais, « dès que le jour parut, dit l’Écriture, Jésus sortit et alla dans un lieu désert. Une foule de gens se mirent à sa recherche, et arrivèrent jusqu’à lui ; ils voulaient le retenir, afin qu’il ne les quittât point. Mais il leur dit : Il faut aussi que j’annonce aux autres villes la bonne nouvelle du Royaume de Dieu ; car c’est pour cela que j’ai été envoyé… » Luc 4:42-43. En une autre circonstance, après avoir nourri environ cinq mille personnes, en multipliant cinq pains et deux poissons, Jésus, « sachant qu’ils allaient venir l’enlever pour le faire roi, se retira de nouveau sur la montagne, lui seul… » Jean 6:15. La nécessité de résister à l’enthousiasme de ses amis, aussi bien qu’à la jalousie de ses adversaires, conduisit Jésus à ne pas répondre aux sollicitations des premiers, et à ne pas craindre les menaces des seconds. La Sagesse qui garda Jésus dans l’humilité, la soumission et la confiance fut, en tant que Fils de l’homme, le fruit de Sa constante communion dans la prière avec Son Père. Jésus exerça un ministère public : la prédication, et un ministère caché : la prière.

  Pour le racheté qui veut suivre Jésus dans la prière, il n’est donc qu’une seule disposition intérieure, celle « d’entrer dans sa chambre », c’est-à-dire, s’abstenir de toute occupation, distraction ou sollicitation de ce monde, et « fermer sa porte » à tout bruit, à toute voix, à toute pensée, à ce qui est étranger à l’Esprit de Dieu. Car il ne serait rien de plus irrévérencieux que de prier Dieu, tout en faisant autre chose en même temps. Or qu’advient-il de l’âme qui prie suivant les exhortations du Seigneur ? S’agissant des réalités du royaume des ténèbres, le racheté, qui a résolu de se tenir dans la prière, fera vite l’expérience de l’existence et des ruses de Satan ; et cela d’une façon aussi réelle que l’est sa foi en Son Sauveur. Car si la prière, accompagnée d’actions de grâces, réjouit pleinement le cœur de Dieu, elle produit, à l’inverse, une grande colère de Satan et une non moins grande terreur chez les démons qui tremblent à l’invocation de l’Autorité du Nom de Jésus, qui leur rappelle que le jugement a été prononcé sur eux.

  Ainsi, qu’il soit debout, assis ou à genoux, celui qui prie devient l’objet des attaques les plus diverses de la part de l’adversaire. Nos pensées, en effet, deviennent le terrain de combat entre l’Esprit de Dieu et l’esprit de Satan. A peine nous mettons-nous en prière, qu’une foule de pensées errantes et incohérentes affluent et s’entrecroisent ; des personnes, des événements, des souvenirs anciens et récents resurgissent et se bousculent dans notre esprit. Nous éprouvons des difficultés à commencer ou à terminer certains sujets de prière avec la même attention. Nous nous surprenons à prononcer telles paroles, tout en pensant à autre chose en même temps. Fatigue, assoupissement, découragement, sentiment d’impuissance nous assaillent. Tout ceci n’est pas anormal chez le croyant qui intercède, parce qu’il a accepté de porter les fardeaux de ses frères et sœurs en la foi, et parce qu’il affronte le diable, dont le premier but est de toujours commencer par éteindre l’esprit de la prière. Mais le racheté a alors recours à la seule Force qui rend sa prière efficace : le Sang de l’Agneau de Dieu qui l’a purifié et le protège. Nous savons que ce n’est pas par notre propre puissance ni par notre piété que nous sommes capables de quoi que ce soit, mais par la Puissance du Seigneur, lequel, en nous exauçant, agit au travers de nous en ceux qu’Il a mis Lui-même à nos cœurs. Le combat dans la prière nous révèle combien sont grandes, et la Puissance de Dieu et notre faiblesse. Ces deux réalités contraires ont ceci de bon, que notre faiblesse ne peut que donner un accès sans obstacles à la Puissance de Dieu en nous, et que la Puissance de Dieu ne s’accomplit, précisément, que dans notre faiblesse, qui démontre l’absence de toute résistance de nos cœurs entre Ses Mains.

  La prière de l’église est vitale au même titre que l’enseignement dont elle a besoin. Mais si chacun parmi ceux qui se réunissent, n’est pas déjà lui-même un homme ou une femme de prière, l’ensemble du groupe sera, spirituellement, ce qu’est l’état de chacun, c’est-à-dire, faible. Le Seigneur est au milieu de ceux qui Le prient et qui « s’accordent » Matt 18:19-20, comme Il l’est aussi dans le « lieu secret » avec l’âme qui Le prie. L’un n’est pas sans l’autre, mais dans ce domaine l’individuel précède le collectif. Dans la prière en groupe, chacun est soutenu par la prière de l’autre, d’où une saine stimulation, tandis que, individuellement, le combat est beaucoup plus rude, car il n’y a pas d’appui de la part d’autrui, et le fardeau, porté seul, est plus lourd que porté à plusieurs. Mais ce n’est que par la persévérance de la foi que s’épure et que s’éclaire notre compréhension spirituelle de la Volonté de Dieu, et que s’opère une maturation spirituelle qui imprime en nous les traits du caractère de l’Agneau, et qui donc nous communique, non seulement l’Esprit de Jésus, mais aussi « l’Etat d’Esprit » de Jésus.

  Celui qui prie, une fois « entré dans sa chambre », est, en quelque sorte, le premier à être exaucé, par ce fruit de la prière qui est la vie spirituelle même qui émane de l’intercesseur, et qui accompagne sa vie et ses paroles. Une vie de prière cachée est le service le plus « rebutant » aux yeux du croyant charnel, toujours impatient et sensible à l’approbation des hommes. En vérité, le combat dans la prière se déroule derrière une « porte fermée », il doit rester ignoré des hommes, et c’est à cette condition que l’intercesseur est vu de Dieu, soutenu par les anges et craint des démons. C’est un service qui réclame la mort de notre « moi », et qui dure toute la vie. Et la joie céleste que l’on en retire est que, autant cette « invisibilité » est parfaite et connue de Dieu seul, autant les exaucements sont efficaces et durables dans les cœurs.

  Etant donné la rareté de ceux qui acceptent cette exigence, nous touchons ici à ce qui fait la tristesse de Dieu, à ce qui, de tout temps, est un « problème » pour Dieu à cause de nous, et qui est exprimé par ces paroles du prophète Ézéchiel : « Je cherche parmi eux un homme qui élève un mur, qui se tienne à la brèche devant moi en faveur du pays, afin que je ne le détruise pas ; mais je n’en trouve point… » Ezé 22:30, et de même par le prophète Ésaïe : « L’Éternel voit qu’il n’y a pas un homme, il s’étonne de ce que personne n’intercède ; alors son bras lui vient en aide, et sa justice lui sert d’appui… » Esa 59:15-16. L’Éternel « s’étonne… », cherche-t-Il toujours aujourd’hui ? Ferai-je encore attendre longtemps mon Seigneur ?