M169 – UN LANGAGE SPIRITUEL …

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  « Or nous, nous n’avons pas reçu l’esprit du monde, mais l’Esprit qui vient de Dieu, afin que nous connaissions les choses que Dieu nous a données par sa grâce. Et nous en parlons, non avec des discours qu’enseigne la sagesse humaine, mais avec ceux qu’enseigne l’Esprit, employant un langage spirituel pour les choses spirituelles… » I Cor 2:12-13.

  Lorsque Jésus de Nazareth apparut à Saul de Tarse sur le chemin de Damas « dans une lumière venant du ciel, dont l’éclat surpassait celui du soleil… » Act 26:13, celui qui allait devenir l’apôtre Paul fut changé, à partir de ce moment-là, et dans sa personne et dans ses paroles. Au roi Agrippa, devant lequel il parla pour sa défense, l’apôtre dira : « Je n’ai point résisté à la vision céleste… » Act 26:19. Un tel homme, ayant vécu une telle rencontre avec le Seigneur, ne pouvait qu’écrire en ces termes aux Galates : « Je vous déclare, frères, que l’Évangile qui a été annoncé par moi n’est pas de l’homme ; car je ne l’ai ni reçu ni appris d’un homme, mais par une révélation de Jésus-Christ… » Gal 1:11-12. Ainsi, non seulement sa vie, mais aussi son langage reçurent et exprimèrent, désormais, non plus dogmatiquement, mais spirituellement les paroles révélées de Jésus en lui, et au travers de lui aux églises.

  L’apôtre, au sujet des choses d’en haut, a donc soin de distinguer la compréhension spirituelle de la compréhension humaine : « Dieu, écrit-il, nous les a révélées par l’Esprit. Car l’Esprit sonde tout, même les profondeurs de Dieu. Lequel des hommes, en effet, connaît les choses de l’homme, si ce n’est l’esprit de l’homme qui est en lui ? De même, personne ne connaît les choses de Dieu, si ce n’est l’Esprit de Dieu… » I Cor 2:10-11. Or, si l’Esprit de Dieu peut sonder les choses de l’esprit de l’homme et les lui révéler, l’esprit de l’homme ne peut en aucun cas connaître les choses de l’Esprit de Dieu, si ce n’est par l’Esprit de Dieu, qui l’a régénéré et qui habite en lui. La Révélation de l’Esprit qui nous a été accordée est d’ailleurs un sujet de louange de la part de Jésus, disant : « Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et de ce que tu les as révélées aux enfants. Oui, Père, je te loue de ce que tu l’as voulu ainsi. Toutes choses m’ont été données par mon Père, et personne ne connaît le Fils, si ce n’est le Père ; personne non plus ne connaît le Père, si ce n’est le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler… » Matt 11:25-27.

  Ainsi que le dit l’Écriture, les « discours » selon l’esprit de ce monde sont enseignés par la sagesse humaine, tandis que les « discours » spirituels sont enseignés par l’Esprit de Dieu, employant pour les « choses spirituelles » un « langage spirituel » inspiré du même Esprit. Car Jésus dit : « personne ne met du vin nouveau dans de vieilles outres ; autrement, le vin fait rompre les outres, et le vin et les outres sont perdus ; mais il faut mettre le vin nouveau dans des outres neuves… » Marc 2:22. L’on ne saurait, en effet, « mêler » la prédication de Jésus avec l’enseignement des pharisiens. La Révélation de l’Esprit apportée dans les outres de la tradition est un mélange qui aboutit, tôt ou tard, à un éclatement et à la confusion de ceux qui enseignent et de ceux qui entendent. L’apôtre lui-même écrit aux Corinthiens : « Pour moi, frères, lorsque je suis allé chez vous, ce n’est pas avec une supériorité de langage ou de sagesse que je suis allé vous annoncer le témoignage de Dieu… et ma parole et ma prédication ne reposaient pas sur les discours persuasifs de la sagesse, mais sur une démonstration d’esprit et de puissance, afin que votre foi fût fondée, non sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu… » I Cor 2:1, 4-5. Car si l’on ne peut employer qu’un langage spirituel pour enseigner les choses spirituelles, il est malheureusement possible d’employer un langage charnel ou inspiré d’un esprit séducteur pour enseigner la Parole de Dieu, mais en l’altérant, tout en altérant ceux qui la reçoivent. Paul, versé dans la littérature juive et grecque n’a, en aucun cas, utilisé les moyens persuasifs de cette sagesse pour communiquer la Parole du Salut et les Mystères de Christ. Il en vint même à « regarder toutes ces choses comme une perte, comme de la boue à cause de l’excellence de la connaissance de Jésus-Christ, son Seigneur… » Phil 3:8.

  L’apôtre Paul écrit, encore le concernant : « Ce n’est pas pour baptiser que Christ m’a envoyé, c’est pour annoncer l’Évangile, et cela sans la sagesse du langage, afin que la croix de Christ ne soit pas rendue vaine. Car la prédication de la croix est une folie pour ceux qui périssent ; mais pour nous qui sommes sauvés, elle est une puissance de Dieu … » I Cor 1:17-18. La croix de Christ, c’est la victoire sur le monde, le diable, le péché et la mort. C’est la victoire jusque dans la vie éternelle, et l’éternité en manifestera les fruits impérissables. Et, cependant, cette croix, la « prédication de la croix » peut être rendue vaine. Elle ne l’est évidemment pas en elle-même, mais elle l’est pour ceux qui se privent de tout ce que Dieu, par elle, nous a accordé en Son Fils bien-aimé. Mais par qui, ou par quoi la croix de Christ peut-elle donc être rendue vaine ? Par le diable ? Par le monde ? Par toutes les forces du mal ? Par les persécutions ? Par la pression des incrédules réunis ? Non pas, mais, d’abord, par certains mêmes d’entre les croyants, qui, précisément à l’inverse des apôtres, annoncent l’Évangile avec la « sagesse de ce monde », c’est-à-dire, avec les moyens du monde, lesquels, par leur nature passagère, annulent par là même l’efficacité durable de la prédication pour ceux qui l’écoutent.

  Jésus dit de Lui-même : « Je n’ai point parlé de moi-même ; mais le Père, qui m’a envoyé, m’a prescrit lui-même ce que je dois dire et annoncer. Et je sais que son commandement est la vie éternelle. C’est pourquoi les choses que je dis, je les dis comme le Père me les a dites… » Jean 12:49-50. Ces Paroles : « comme le Père me les a dites… », révèlent l’intimité de la communion du Fils à l’écoute de Son Père céleste. Car, non seulement Jésus annonce les Paroles que le Père lui a prescrites, mais Il les dit exactement de la même manière que Son Père les lui a dites, c’est-à-dire, non pas avec ses mots à lui, mais avec les mots prononcés de la bouche même de Dieu. Les Paroles de Jésus, non pas contiennent, mais expriment les Pensées mêmes de Dieu, lesquelles révèlent la connaissance et la communication de la Vie éternelle, rendue effective par la Résurrection du Fils.

  Prêcher ou parler sans l’inspiration de l’Esprit est souvent le fait de personnes convaincues et sûres d’elles-mêmes. Or, nous savons que la nature d’une âme s’exprime aussi par ses paroles, qui en révèlent le vrai fond. Jésus, citant du Psalmiste les paroles qui le concernent, dit : « Tu n’as voulu ni sacrifice ni offrande, mais tu m’as formé un corps ; tu n’as agréé ni holocaustes ni sacrifices pour le péché. Alors j’ai dit : Voici, je viens (dans le rouleau du livre il est question de moi), pour faire, ô Dieu, ta volonté… » Héb 10:5-7. Ainsi, plus que les holocaustes, plus que les sacrifices expiatoires (Jésus le sera Lui-même pour nous), le « sacrifice », auquel se livra le « Fils de l’homme » en tant que « Serviteur de l’Éternel », fut, non seulement d’ouvrir Son oreille, mais aussi de livrer Son corps suivant la Parole de Dieu, Son Père. Parole, qui fut comprise par Jésus, et accomplie par Sa vie livrée, elle aussi, à la Volonté de Dieu.

  Par ces paroles, Jésus nous apprend que l’écoute, épurée de toute idée préconçue, est un des traits de la sanctification du racheté. En effet, l’attention et la sanctification sont toujours associées. « L’homme est tel que sont les pensées de son âme, dit le sage… » Prov 23:7. En vérité, le croyant qui a de la peine à comprendre les choses spirituelles et à les exprimer par un langage spirituel souffre souvent, non pas d’une difficulté à comprendre ou à s’exprimer, mais plutôt d’un problème de sanctification dans sa vie. L’Éternel ne dit-Il pas à Jérémie le prophète, qui traversait des moments d’abattement et de doute : « Si tu te rattaches à moi, je te répondrai, et tu te tiendras devant-moi ; si tu sépares ce qui est précieux de ce qui est vil, tu seras comme ma bouche. C’est à eux de revenir à toi, mais ce n’est à toi de retourner vers eux… » Jér 15:19.

  La Sainteté de Dieu elle-même est dans Sa Parole. Nous saurons parler quand notre chair saura se taire ; car l’impatience, qui est toujours l’indice d’une propre volonté, soit n’aperçoit pas ce que Dieu dit, soit l’altère, soit en rajoute. « L’amour de la Vérité », dans la foi et par l’Esprit, révèle notre identification à la nature même du « Rocher » qui est Christ, lequel nous rend, dès lors, capables de fortifier, de corriger comme de consoler autrui. Puisse cette parole du prophète Esaïe être chaque jour notre prière, avant de communiquer toute parole venant de la Grâce : « Le Seigneur, l’Éternel m’a donné une langue exercée, pour que je sache soutenir par la parole celui qui est abattu ; il éveille, chaque matin, il éveille mon oreille, pour que j’écoute comme écoutent des disciples. Le Seigneur, l’Éternel, m’a ouvert l’oreille, et je n’ai pas résisté… » Es 50:4-5. Tant de choses, les soucis aussi bien que certains plaisirs peuvent faire obstacle aux choses spirituelles à recevoir comme à donner, car, précisément, c’est de « l’abondance du cœur que la bouche parle… » Matt 12:34.