M168 – EST-CE D’UNE MANIÈRE DÉSINTÉRESSÉE …

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  « L’Éternel dit à Satan : As-tu remarqué mon serviteur Job ? Il n’y a personne comme lui sur la terre ; c’est un homme intègre et droit, craignant Dieu, et se détournant du mal. Et Satan répondit à l’Éternel : Est-ce d’une manière désintéressée que Job craint Dieu ? Ne l’as-tu pas protégé, lui, sa maison, et tout ce qui est à lui ? Tu as béni l’œuvre de ses mains, et ses troupeaux couvrent le pays. Mais étends ta main, touche à tout ce qui lui appartient, et je suis sûr qu’il te maudit en face… » Job 1:8-10.

  Il est un vœu de Jacob et une prière de Jaebets qui sembleraient apporter une réponse affirmative à l’insinuation de Satan à l’encontre de Job. Jacob dit, en effet : « Si Dieu est avec moi et me garde pendant ce voyage que je fais, s’il me donne du pain à manger et des habits pour me vêtir, et si je retourne en paix dans la maison de mon père, alors l’Éternel sera mon Dieu ; cette pierre que j’ai dressée pour monument, sera la maison de Dieu ; et je te donnerai la dîme de tout ce que tu me donneras… » Gen 28:20-22. Ce vœu fut prononcé après que Jacob eut vu en songe l’échelle, sur laquelle les anges montaient et descendaient et au-dessus de laquelle se tenait l’Éternel qui promit de lui donner la terre où il était couché, et à sa postérité après lui ; terre qui sera appelée de son nouveau nom : Israël. Cette prière, qui semble intéressée, ne l’est pas, parce que Jacob s’engagea en même temps à donner la dîme de tout ce que Dieu lui donnerait. Sa prière, bien qu’exprimée en ces termes, fut donc pure aux yeux de Dieu. Jacob eût été intéressé si, en effet, calculant la dîme qu’il se promettait de donner, il avait eu dans la pensée de demander à Dieu de lui « assurer » d’avance les quatre-vingt-dix pour cent qu’elle lui laissait. Mais une dîme ou une offrande, un effort, du temps, tout service enfin quel qu’il soit « n’oblige » pas Dieu à notre égard. « Qui lui a donné le premier, dit l’Écriture, pour qu’il (l’homme) ait à recevoir en retour ? C’est de lui, par lui, et pour lui que sont toutes choses. A lui la gloire dans tous les siècles ! Amen… ! » Rom 11:35-36.

  Pour ce qui est de Jaebets qui « était plus considéré que ses frères, dit l’Écriture, sa mère lui donna le nom de Jaebets, en disant : C’est parce que je l’ai enfanté avec douleur. Jaebets invoqua le Dieu d’Israël, en disant : Si tu me bénis et que tu étendes mes limites, si ta main est avec moi, et si tu me préserves du malheur, en sorte que je ne sois pas dans la souffrance !… Et Dieu accorda ce qu’il avait demandé… » I Chro 4:9-10. Cette prière également pourrait être celle d’un homme parfaitement égocentrique, et cependant Dieu ne la lui reprocha pas, au contraire, Il lui accorda ce qu’il avait demandé. Une chose est frappante dans le cas de Jaebets, c’est que, sans transition, l’on passe de l’enfantement de sa mère… à son invocation à Dieu. Dieu seul sait, en effet, quelle fut la vie de Jaebets et pour quelle raison celui-ci était plus considéré que ses frères, et ceci laisse pressentir une relation profonde entre la douleur de la mère et la prière du fils, qui en éclaire le contenu. Il s’attache, parfois, un destin particulier à ceux qui ont débuté dans la vie avec la souffrance d’où qu’elle vienne, et ce destin n’est souvent connu que de Dieu seul. C’est, assurément, une communion particulière que vécut Jaebets avec Dieu, pour que sa prière, irrecevable venant de la bouche d’une autre personne, soit, venant de la sienne, agréée de Dieu.

  De même que Satan dit à Ève, concernant l’Éternel : « Dieu a-t-il réellement dit : Vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin… ? »  Gen 3:1. De même Satan dit à Dieu au sujet de Job : « Est-ce d’une manière désintéressée que Job craint Dieu… ? » Job 1:9. Cette subtile mise en doute de l’intégrité de Job (lequel d’ailleurs n’était pas exempt de faiblesses) révèle bien la nature rusée et accusatrice de Satan. Il ne pouvait, en effet, attaquer de front la vie spirituelle de ce juste, et des paroles calomnieuses eussent été trop grossières, tandis qu’une insinuation, un simple soupçon… ! Le diable sait que l’orgueil et la cupidité, en quelque domaine que ce soit, sont les vices les plus enracinés dans le cœur des hommes. A cela s’ajoute encore la notion de plus en plus exigeante de « ce qui est dû », pour finalement aboutir au principe égoïste du « donnant, donnant » ; et cela jusque dans les choses spirituelles, alors que, dans le seul but d’en faire ressortir la folie, l’Éternel dit par la bouche d’Élihu : « De qui suis-je le débiteur ? Je le paierai. Sous le ciel tout m’appartient… » Job 41:2.

  Jésus dit : « Demandez, et l’on vous donnera ; cherchez, et vous trouverez ; frappez, et l’on vous ouvrira. Car quiconque demande reçoit, celui qui cherche trouve, et l’on ouvre à celui qui frappe… » Matt 7:7-8. En agissant suivant ces paroles, il va de soi que l’on s’attende à être exaucé en réponse à la prière, mais l’on peut s’y attendre d’une bonne ou d’une mauvaise manière. En effet dans la pratique de la vie spirituelle, Jacques constata et écrivit : « Vous convoitez, et vous ne possédez pas ; vous êtes meurtriers et envieux, et vous ne pouvez pas obtenir ; vous avez des querelles et des luttes, et vous ne possédez pas, parce que vous ne demandez pas. Vous demandez, et vous ne recevez pas, parce que vous demandez mal, dans le but de satisfaire vos passions… » Jac 4:2-3. La recherche de la satisfaction des passions découle de l’esprit charnel, lequel ne peut qu’inspirer à « demander mal », car le « moi » intéressé, c’est-à-dire, non crucifié, altérera toujours la prière.

  En quoi consiste donc l’état d’esprit désintéressé ? En voici le secret : « Quand tu fais l’aumône, dit Jésus, que ta main gauche ne sache pas ce que fait ta droite, afin que ton aumône se fasse en secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra … ». « Quand tu pries, entre dans ta chambre, ferme ta porte, et prie ton Père qui est là dans le lieu secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra… ». « Quand tu jeûnes, dit encore Jésus, parfume ta tête et lave ton visage, afin de ne pas montrer aux hommes que tu jeûnes, mais à ton Père qui est là dans le lieu secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra… » Matt 6:3, 6, 17-18. D’où l’on voit que, non seulement à ceux qui nous entourent, ces choses doivent rester « cachées », mais, nous-mêmes, nous devons aussi les oublier, ce qui est là la véritable manière d’agir « en » Christ. Cette attitude d’agir dans le secret révèle un cœur désintéressé de la gloire des hommes ; de là, seul, un tel cœur est d’autant plus à même de ne recevoir que ce que Dieu donne et qui ne glorifie que Lui.

  Par ces exhortations, Jésus ponctue chaque fois : « … et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra… », mais à quel moment ? Un jour, Jésus, étant à table, dit à celui qui l’avait invité : « Lorsque tu donnes à dîner ou à souper, n’invite pas tes amis, ni tes frères, ni tes parents, ni des voisins riches, de peur qu’ils ne t’invitent à leur tour et qu’on ne te rende la pareille. Mais lorsque tu fais un festin, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles. Et tu seras heureux de ce qu’ils ne peuvent te rendre la pareille ; car elle te sera rendue à la résurrection des justes… » Luc 14:12-14. C’est ici le « verset d’or » du désintéressement, qui nous apprend que la récompense se reçoit, non pas sur la terre, mais dans les cieux. Les exaucements des prières sont dans cette vie présente, mais les récompenses nous sont réservées dans la vie éternelle. Elles résultent, non seulement de la manière dont nous invitons à un repas, mais aussi d’une quantité de comportements, de gestes et de paroles qui resserrent le « lien de la paix » de la communion fraternelle. C’est ici la récompense de tout serviteur de Dieu désintéressé qui sait nourrir de la Parole les rachetés du Seigneur, sans dominer sur eux ni profiter d’eux. C’est aussi la récompense de tout racheté, appelé à pourvoir d’une manière ou d’une autre, sans exiger nécessairement un droit de regard sur l’œuvre qui en bénéficie ; car la confiance et le discernement habitent l’âme désintéressée. Mais l’âme intéressée est celle en qui la joie et l’aspiration aux « choses d’en haut » se sont éteintes. Car cette âme se préoccupe, non plus du « Royaume des cieux », mais des « choses terrestres », dont certaines, sans être nécessairement répréhensibles au départ, le deviennent par la suite, parce que, de projets ponctuels qu’elles étaient, celles-ci sont devenues le but même de sa vie.

  Le Seigneur peut révéler à une âme, en combien de choses celle-ci peut se comporter d’une manière intéressée dans sa vie spirituelle, sans qu’elle en soit consciente. Y-a-t-il un seul croyant qui ait obéi à Dieu, sans exiger, un jour ou l’autre, une bénédiction ou une récompense en retour ? Parmi toutes les âmes qui servent le Seigneur d’une manière ou d’une autre, combien d’entre elles considèrent Dieu comme leur étant « redevable », s’estimant en droit de recevoir la santé, la guérison, la délivrance, ou tout autre exaucement ? L’on sert le Seigneur d’une manière moins désintéressée qu’on ne le croit, et c’est ce qui explique le pourquoi de tant d’impatience, de déception, de découragement, d’apitoiement sur soi-même pouvant aboutir à une révolte non avouée. Aussi, seul l’Amour de Jésus, qui sanctifie le nôtre pour Lui, est à même d’épurer tous les mobiles du zèle de nos cœurs devant Lui. Car ce n’est pas à nous de nous introspecter, mais à l’Esprit de Dieu de nous révéler et de créer en nous cette vraie et pure disposition, qui ne recherche que la Gloire du Seigneur que nous servons.