M165 – SOYEZ MES IMITATEURS …

Format PDF

  « Ce n’est pas pour vous faire honte que j’écris ces choses ; mais je vous avertis comme mes enfants bien-aimés. Car, quand vous auriez dix mille maîtres en Christ, vous n’avez cependant pas plusieurs pères, puisque c’est moi qui vous ai engendrés en Jésus-Christ par l’Évangile. Je vous en conjure donc, soyez mes imitateurs… » I Cor 4:14-16. 

  L’apôtre Paul pouvait se présenter comme un exemple aux Corinthiens, d’autant plus qu’il leur avait, dès le commencement, apporté l’Évangile. A ce titre, les « enfants » ne pouvaient que ressembler à leur « père spirituel ». « Soyez mes imitateurs… », une telle exhortation de la part de l’apôtre ne pouvait être que celle d’un homme brisé, sanctifié, supportant tout ; d’un homme qui a pu écrire aux Galates : « Mes enfants, pour qui j’éprouve de nouveau les douleurs de l’enfantement, jusqu’à ce que Christ soit formé en vous, je voudrais être maintenant près de vous, et changer de langage, car je suis dans l’inquiétude à votre sujet… » Gal 4:19-20. La croix de Christ crucifia le « moi » de Paul, afin qu’il fût préoccupé, non pas de lui-même, mais des âmes qu’il devait enfanter, porter dans la prière et nourrir de la Parole de Vie, au point que, écrit-il encore : « Pour moi, je dépenserai très volontiers, et je me dépenserai moi-même pour vos âmes, dussé-je, en vous aimant davantage, être moins aimés de vous… » II Cor 12:15. Ces paroles suffisent à montrer le prix qu’avait à son cœur chacune des âmes dont il avait la charge. Une telle sollicitude ne pouvait que faire de l’apôtre un instrument propre à réfléchir la Lumière de l’Amour et de la Sainteté Divine sur la face et dans le fond des cœurs.

  Jésus-Christ est notre seul Sauveur et Seigneur, comme aussi notre seul et unique Exemple « afin que nous suivions ses traces… », dit l’Écriture : I Pier 2:21. En effet, parlant de Lui-même, Jésus dit : « Si le grain de blé qui est tombé en terre ne meurt, il reste seul ; mais, s’il meurt, il porte beaucoup de   fruit… » Jean 12:24. Le Fruit que Jésus porte est, comme Lui-même, éternel. De même chaque racheté qui témoigne de Jésus, ou qui prêche Sa Parole porte un fruit éternellement durable. Ici s’exprime la loi des semences qui remonte à la Création, au sujet de laquelle Dieu dit : « Que la terre produise de la verdure, de l’herbe portant de la semence, des arbres fruitiers donnant du fruit selon leur espèce et ayant en eux leur semence sur la terre… » Gen 1:11. Jésus, se référant à ceci, dit au sujet de la vie de ceux qui se réclament de Lui : « Cueille-t-on des raisins sur des épines, ou des figues sur des chardons ? Tout bon arbre porte de bons fruits, mais le mauvais arbre porte de mauvais fruits. Un bon arbre ne peut porter de mauvais fruits, ni un mauvais arbre porter de bons fruits… » Matt 7:16-18. Notre vie et nos paroles ne peuvent apporter à autrui que ce que Jésus a mis en nous et que nous sommes devenus en Lui. La Parole de Dieu œuvre durant toute la vie d’une âme, et les fruits, parfois, ne se révèlent pas nécessairement dans l’immédiat, mais dans la suite des temps. En effet, les épreuves, les déceptions, les « vents contraires » mêmes n’empêcheront jamais ce qui a été spirituellement déposé dans un cœur de subsister, ou de réapparaître tôt ou tard, même si celui, ou celle, qui en a été l’instrument de la part de Dieu n’est plus, ou a été méconnu.

  Les hommes spirituels, par le témoignage de leur vie, ou par leurs prédications « produisent » des croyants spirituels, c’est-à-dire, « selon leur espèce », tandis que ceux qui sont charnels, qu’ils soient légalistes ou, au contraire, mondains, « produisent » eux aussi, des croyants charnels, soit sectaires, soit légers comme eux. Chacun d’entre nous produit selon son espèce. Il serait une erreur, cependant, de penser que cela soit systématique dans les faits. En effet, l’homme spirituel, bien que produisant selon son espèce, peut aussi être un instrument, par lequel Dieu révélera celui de l’espèce contraire, c’est-à-dire, le croyant charnel qui est ce « fardeau sanctificateur » que Dieu place auprès de l’homme spirituel pour l’exercer au discernement et à la patience. A l’inverse, le croyant charnel peut être, malgré lui, le moyen par lequel Dieu suscitera un croyant qui se révélera spirituel, et qui dépassera le charnel, lequel, alors, ne le comprendra plus. C’est ce qui explique que des croyants spirituels peuvent être proches de croyants charnels, dans le but d’apprendre à les supporter, et que, d’autre part, des croyants charnels, ouvrant les yeux sur leurs propres faiblesses, appellent, alors, à l’aide des croyants spirituels, desquels ils ne voulaient rien savoir, ni recevoir jusqu’alors.

  « Pour toi, écrit l’apôtre Paul à Timothée, tu as suivi de près mon enseignement, ma conduite, mes résolutions, ma foi, ma douceur, ma charité, ma constance, mes persécutions, mes souffrances… » II Tim 3:10-11. Toutes ces vertus viennent du Seigneur, mais c’est aussi un signe d’humilité que de recevoir ce dont nous avons besoin de la part de quelqu’un, qui vit dans la Présence de Dieu. Il est des âmes dont la proximité est spirituellement bénéfique, et leurs paroles n’en sont que plus efficaces. Nous l’apprenons déjà dans les Écritures au sujet du peuple d’Israël : « Lorsque l’Éternel leur suscitait des juges, l’Éternel était avec le juge, et il les délivrait de la main de leurs ennemis pendant toute la vie du juge… Mais à la mort du juge, ils se corrompaient de nouveau plus que leurs pères, en allant après d’autres dieux pour les servir et se prosterner devant eux… » Juges 2:18-19. D’où l’on voit que beaucoup de choses dépendent du témoignage puissant d’un seul homme, par lequel Dieu agit. Israël, et l’Église connurent une succession d’hommes fidèles, au cours de leur histoire respective, par lesquels Dieu suscita des retours à la Parole et des réveils spirituels. La foi, l’onction de l’Esprit, le désintéressement qui animèrent de tels hommes de Dieu, l’apôtre Paul, en ce qui le concerne, l’exprima parfaitement par ces paroles adressées aux Colossiens : « C’est lui, Jésus, que nous annonçons, exhortant tout homme, et instruisant tout homme en toute sagesse, afin de présenter à Dieu tout homme, devenu parfait en Christ. C’est à quoi je travaille, en combattant avec sa force, qui agit puissamment en moi… » Col 1:28-29. Une vocation remplie avec une telle conscience ne pouvait que produire un enseignement et un exemple imprimant dans les cœurs les traits divins du Caractère du Fils de Dieu.

  Quand Paul exhorte à être ses « imitateurs », il se présente, non seulement comme un exemple à imiter, mais aussi comme un « imitateur » lui-même, ainsi qu’il le précise : « Soyez mes imitateurs, comme je le suis moi-même de Christ… » I Cor 11:1. Il est évident que ces paroles ne s’adressent qu’à ceux qui sont « nés de nouveau », car c’est seulement en « étant devenus une même plante avec Christ… » Rom 6:5, que nous pouvons devenir véritablement des « imitateurs de Dieu » à notre tour : Eph 5:1, sinon nous serions, non pas des imitateurs, mais des « mimes » sans l’efficacité de la Parole. Or nous ne sommes pas appelés à « mimer » ni à contrefaire Christ. Le mime, l’imitateur mondain agit d’après ce qu’il a pu observer et entendre de la personne en question, mais cette personne demeurera toujours à « l’extérieur » de lui. Tandis que le racheté qui « imite » le Seigneur est animé par ce qui vit, et qui provient de Jésus Lui-même, qui habite en lui par l’Esprit-Saint. Il ne s’agit donc pas de contrefaçon, mais d’identification à Christ, et de cette identification procède la véritable « imitation de Jésus-Christ », qui est la manifestation de Sa Vie exprimée en nous.

  Ainsi, un croyant qui « imite » un véritable homme de Dieu exprime donc uniquement ce qui est de Dieu en celui-ci, selon les paroles mêmes de l’apôtre écrivant aux Philippiens : « Ce que vous avez appris, reçu et entendu de moi, et ce que vous avez vu en moi, pratiquez-le. Et le Dieu de paix sera avec vous… » Phil 4:9. C’est donc dans cette même pensée que l’Écriture nous exhorte à « imiter ceux qui, par la foi et la persévérance, héritent des promesses… » Héb 6:12, laquelle nous dit encore : « Souvenez-vous de vos conducteurs qui vous ont annoncé la Parole de Dieu ; considérez quelle a été la fin de leur vie, et imitez leur foi… » Héb 13:7. Il est à remarquer que nous sommes exhortés à imiter, non pas les « œuvres », mais la « foi » de ceux qui, d’hier et d’aujourd’hui, héritent des promesses. Nous n’avons pas été appelés à frapper un rocher pour en faire jaillir de l’eau comme le fit Moïse : Exode 17:6, ni à faire descendre le feu du ciel sur la terre comme le fit Élie : I Rois 18:24, mais seulement à « imiter leur foi » Cette foi, dit l’Écriture, qui « a été transmise aux saints une fois pour toutes… », et pour laquelle « nous sommes exhortés à combattre… » Jude 1:3. Cette même foi, Dieu l’utilisera selon le Dessein qu’Il a réservé à chacun de nous.

  Combien de croyants ont connu la déception et le doute en ayant, sans l’ordre de l’Éternel, voulu agir d’après l’appel, le ministère ou les dons spirituels de serviteurs de Dieu, en imitant leurs œuvres, au lieu de prendre simplement leur foi pour exemple. Tandis que d’autres, à l’inverse, déplorant l’absence, à leurs yeux, de témoins dignes de Moïse, d’Élie, de Pierre ou de Paul, n’acceptent plus, dès lors, la parole ou le témoignage de personne. En définitive, seule l’âme « qui ne soupçonne point le mal… » I Cor 13:5, saura toujours trouver, au moins, une chose spirituelle à imiter dans les croyants, que Dieu Lui-même aura placés auprès de lui.