M161 – CEUX QUI APPELLENT LE MAL BIEN …

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  « Malheur à ceux qui appellent le mal bien, et le bien mal, qui changent les ténèbres en lumière, et la lumière en ténèbres, qui changent l’amertume en douceur, et la douceur en amertume ! Malheur à ceux qui sont sages à leurs yeux, et qui se croient intelligents… »  Esaïe 5:20-21.

  Le mal restera toujours le mal, et le bien restera toujours le bien. Cependant : « Parce que l’iniquité se sera accrue, dit Jésus, la charité du plus grand nombre se refroidira… » Matt 24:12. Il y a donc un accroissement du mal au point que le bien en est affecté. Le diable, en effet, glisse dans les esprits la même insinuation qu’il exprima à Ève au sujet de « l’arbre de la connaissance du bien et du mal », dont il était défendu de manger : « Dieu a-t-il réellement dit : Vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin… ? » Gen 3:1. Ce qui peut aussi signifier : Et si le bien et le mal était constitutif de toutes choses ? Nous voyons la ruse de Satan qui essaie, soit de nier, soit de mêler le bien et le mal en plaçant une « passerelle » entre l’un et l’autre, dans le but de les confondre dans l’esprit de l’homme. Il tente de voiler le discernement spirituel qui, seul, identifie la nature bonne ou mauvaise de chaque chose, en estompant la limite entre le bien et le mal et entre le mal et le bien. Ainsi, la confusion vient dans l’esprit de l’homme, lorsque le sens spirituel de ce qui est juste lui a été ravi par le doute introduit par le diable, et entretenu par le raisonnement humain. Il n’est donc pas étonnant que des personnes, ainsi désorientées, puissent être du nombre de « ceux qui appellent le mal bien et le bien mal… », raisonnement pouvant aboutir à cet état d’aveuglement du peuple d’Israël, disant : « Quiconque fait le mal est bon aux yeux de l’Éternel, et c’est en lui qu’il prend plaisir… », ce qui ne les empêcha pas de dire : « Où est le Dieu de la justice… ? » Mal 2:17.

  Ce comportement aberrant vient de ce que les hommes « ont changé la Vérité de Dieu en mensonge, dit l’Écriture, et ont adoré et servi la créature (c’est-à-dire, eux-mêmes) au lieu du Créateur… » Rom 1:25. Et l’une des conséquences physiques les plus inavouables, est que « leurs femmes ont changé l’usage naturel en celui qui est contre nature ; et de même les hommes, abandonnant l’usage naturel de la femme, se sont enflammés dans leurs désirs les uns pour les autres, commettant hommes avec hommes des choses infâmes, et recevant en eux-mêmes le salaire que méritait leur égarement… » Rom 1:26-27. Nous touchons là à cet aspect extrême de la perversion, qui a pour nom : « inversion » ; inversion des rôles, inversion des valeurs, inversion des genres et des sens. C’est l’esprit de rébellion qui pousse l’homme à changer, croit-il, en mieux, mais pour le rendre pire, ce que Dieu a créé comme étant « bon », et même « très bon » Gen 1:12, 31. « Se vantant d’être sages, dit l’Écriture, ils sont devenus fous ; et ils ont changé la gloire du Dieu incorruptible en images représentant l’homme corruptible, des oiseaux, des quadrupèdes, et des reptiles… » Rom 1:22-23. Ainsi, en changeant la Gloire de Dieu en sa propre image, l’homme s’est fait, et est devenu, sa propre image de « Dieu », mais cette image est, et sera toujours de plus en plus éloignée de l’Original Divin, qui est l’Image du Fils, l’Agneau sans tache.

  La puissance d’égarement, qui fait que l’homme adore la créature plutôt que le Créateur et qui change la Vérité en mensonge affecte toutes choses. Elle est la manifestation du « prince de ce monde » qui cherche à fausser la compréhension du croyant. C’est dans ce sens que Jude écrit, avertissant ceux qui ont été appelés en Dieu, « qu’il s’est glissé parmi vous certains hommes, dont la condamnation est écrite depuis longtemps, des impies, qui changent la grâce de notre Dieu en dissolution, et qui renient notre seul maître et Seigneur Jésus-Christ… » Jude 1:4. Ces paroles annoncent ce qui s’est produit jusqu’à nos jours, tantôt d’une manière cachée, tantôt d’une manière ouverte. Des vérités sont présentées, mais le sens est interprété selon la psychologie. Il n’est plus question de péchés, mais de pulsions ; il n’est plus question de vices, mais de frustrations ; l’on n’est plus coupable, mais victime ; l’on n’est plus perdu, mais malheureux, et l’estime de soi a horreur du renoncement à soi-même par la Croix.

  Quel est donc la cause de la perte du bon sens spirituel ? Par quel chemin, à l’intérieur de son esprit, l’homme en vient-il à comprendre les choses différemment, ou même à l’envers ? Par exemple, tel aura une compréhension littérale ou légaliste de ce qui est spirituel, tel autre, au contraire, spiritualisera ce qui est du domaine concret et pratique de l’obéissance. Cette inversion des sens se rencontre au sujet des choses spirituelles, non point que les Vérités de Dieu s’altèrent, loin de là, mais par la faute de ceux qui les comprennent mal, les appliquant à des fins personnelles ou dans des circonstances qui leur sont contraires. Jésus dit : « Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé… » Marc 16:16, mais la tradition, elle, baptise d’abord, dans la perspective que, automatiquement ou « magiquement », la foi suivra par la suite. Aux soixante-dix disciples qui revinrent avec joie, disant : « Seigneur, les démons mêmes nous sont soumis en ton nom… » Luc 10:17, Jésus répondit, entre autres : « Ne vous réjouissez, pas de ce que les esprits vous sont soumis ; mais réjouissez-vous de ce que vos noms sont écrits dans les cieux… » Luc 10:20. D’autre part, il n’est jamais écrit que nous recevons le « Corps de Christ » et le « Sang de Christ » lors de la Sainte-Cène, ce qui équivaudrait à une re-crucifixion non sanglante de Christ. L’Écriture nous enseigne uniquement à « discerner » le Corps de Christ, et non pas à le manger et le boire, car c’est dans ce cas une conception, non pas biblique, mais magique. La « coupe » et le « vin » sont tous deux, non pas l’absorption physique, mais la « communion » spirituelle au Sang et au Corps de notre Seigneur : I Cor 10:16 et 11:28-29.

  II en est de même en ce qui concerne beaucoup d’autres domaines de la vie spirituelle. Pour ne pas perdre de temps, en effet, l’on voudrait recevoir aussitôt après avoir prié ; recourir à la louange sans avoir à intercéder ; être vainqueur sans avoir à combattre ; être adulte avant de se nourrir, de façon continue, de la Parole de Dieu ; être puissant avant d’être éclairé sur ses propres faiblesses ; enfin, être parfait sans souffrir. Et ceci, par la raison que les choses de Dieu sont mal comprises, et donc mal vécues ; et cela à cause de l’impatience qui habite celui dont le « moi » n’est pas brisé. Car l’impatience est toujours un signe d’insoumission à Dieu, de là l’incompréhension de la Pensée et de la Direction de l’Esprit : « Vous demandez, et vous ne recevez pas, dit l’Ecriture, parce que vous demandez mal, dans le but de satisfaire vos passions… » Jac 4:3.

  Ce penchant naturel à l’inversion des choses et de leur sens montre la nécessité d’une communion vivante avec le Seigneur. Car une juste compréhension des choses de Dieu vient de la Pensée de Son Esprit, et cette faculté spirituelle découle elle-même de la Vie de l’Esprit, par laquelle nous sommes en communion avec Dieu. Ainsi, ce n’est pas notre connaissance ni notre intelligence, mais la Vie qui donne le Sens des Choses divines. Le manque de compréhension selon l’Esprit résulte, non pas d’un manque d’intelligence, mais d’une perte de la vie spirituelle, et ceci laisse la place libre à l’âme (au psychisme) qui, prenant le relais, recherche à sa manière les choses de l’Esprit. Or, quand l’âme, inspirée par elle-même plutôt que par Dieu, aspire et se mêle à ce qui est spirituel, l’on comprend parfaitement la confusion qui peut en résulter. Car la compréhension par l’âme des Choses de l’Esprit ne peut être que contraire à la compréhension selon Dieu.

  Il en est de cela comme il en était de « l’huile sainte », destinée, dans la Loi, à l’onction des choses saintes : « Quiconque en composera une semblable, ou en mettra sur un étranger, dit l’Écriture, sera retranché de son peuple… » Exode 30:33. Tout mélange, en effet, des Choses de l’Esprit avec ce qui est « étranger » à Dieu, c’est-à-dire, l’esprit du monde et le « moi » non brisé ne peuvent qu’aboutir à la mort spirituelle. Il en était de même du « saint parfum », et dont il est aussi écrit que « quiconque en fera un de semblable pour le sentir, sera retranché de son peuple… » Exode 30:37-38. Ce désir de « sentir » soi-même ce parfum, plutôt que de le réserver à L’Éternel, montre les conséquences spirituelles altérées que l’on sait.

  C’est afin de nous garder de toute interprétation personnelle et dommageable, que Dieu épure nos prières, notre amour pour Lui et l’espace de notre cœur à Sa Vie en nous. Heureux celui qui reçoit les Paroles de Dieu révélées, et celles au sens encore caché, les regardant comme des Mystères qui éclairent sa foi, plutôt que de tenter de les comprendre par ses propres lumières.