M160 – L’HOMME SPIRITUEL …

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  « L’homme animal ne reçoit pas les choses de l’Esprit de Dieu, car elles sont une folie pour lui, et il ne peut les connaître, parce que c’est spirituellement qu’on en juge. L’homme spirituel, au contraire, juge de tout, et il n’est lui-même jugé par personne. Car qui a connu la pensée du Seigneur, pour l’instruire ? Or nous, nous avons la pensée de Christ… ! »  I Cor 2:14-16.`

  Il est toujours remarquable de constater la différence entre la réceptivité de « l’homme spirituel », et celle de « l’homme charnel », comparable jusqu’à un certain point à celle de « l’homme animal » (littéralement : l’homme psychique). Le croyant spirituel « comprend » les Choses de l’Esprit, tandis que le croyant charnel les « ressent », plutôt qu’il ne les comprend, car son âme se plaît davantage à la « chaleur » de la Présence de Dieu qu’à Sa « Lumière », que seul l’homme spirituel recherche. L’homme, dont l’âme n’est pas entièrement soumise à Dieu, porte en lui-même son propre obstacle qui est son « moi » mondain ou religieux, lequel cherchera toujours à s’interposer, tel un voile entre son propre esprit et l’Esprit de Dieu, et empêchant l’Esprit de pouvoir opérer en lui une authentique « nouvelle naissance » Jean 3:7, ou de « rendre témoignage à son esprit qu’il est enfant de Dieu… » Rom 8:16.

  L’Écriture nous apprend que « ce qui est spirituel n’est pas le premier, c’est ce qui est animal ; ce qui est spirituel vient ensuite… » I Cor 15:46. Bien qu’il soit ici question de la résurrection des morts, cette réalité spirituelle se vérifie durant la vie du racheté. La première réaction devant les événements est bien souvent « animale », c’est-à-dire, spontanément humaine, « psychique », plutôt que spirituelle. Mais l’homme spirituel se reconnaît, non seulement à ses actions, mais plus encore à ses « réactions » dans telle ou telle situation cruciale, car elles ne lui laissent pas le temps d’y accommoder son visage ou ses paroles, et en face d’un événement inattendu le cœur se montre à nu.

  Nous sommes exhortés « à aspirer aux dons spirituels… » I Cor 12:31. Cependant la spiritualité ne se mesure pas au nombre des dons spirituels reçus ou manifestés. En effet, l’homme spirituel n’a pas besoin d’être inspiré pour être spirituel, et, inversement, l’homme charnel s’abuserait lui-même en pensant que le seul fait d’être inspiré suffit à le rendre spirituel. En fait, l’on peut être spirituel sans être nécessairement inspiré et l’on peut être inspiré sans être nécessairement spirituel. Car l’état de l’homme spirituel est un état permanent qui va en s’approfondissant, tandis que l’homme qui est inspiré ne l’est que par intermittence, selon que Dieu juge nécessaire de se manifester par lui à autrui. Cette âme a donc besoin, non pas de plus de dons spirituels, mais d’une complète crucifixion, afin de produire le Fruit venant du même Esprit de Dieu, car les dons spirituels ne sont pas à confondre avec le fruit spirituel,  tels que « l’amour, la patience, la douceur, la maîtrise de soi, et autres… » Gal 5:22.

  Le croyant spirituel est souvent mal compris de ses frères et sœurs en la foi, car il arrive qu’il ne puisse pas toujours partager leurs projets et leurs sujets d’enthousiasme. En effet, l’homme spirituel est semblable à ce que dit le prophète Balaam, bien qu’il ne le vécût pas lui-même jusqu’au bout : « Parole de Balaam, fils de Beor, parole de l’homme qui a l’œil ouvert, parole de celui qui entend les paroles de Dieu, de celui qui connaît les desseins du Très-Haut, de celui qui voit la vision du Tout-Puissant, de celui qui se prosterne et dont les yeux s’ouvrent… » Nombres 24:15-16. En effet, l’homme spirituel voit « ce qui ne se voit pas », ce qui est caché, insoupçonné à beaucoup, il « voit » la sorte d’esprit qui inspire telle ou telle décision, ou le vrai mobile qui anime une personne, ou encore l’aboutissement négatif d’une œuvre projetée par une volonté d’homme. Il perçoit donc l’Esprit de Dieu à l’œuvre, mais aussi l’esprit du Malin et celui de la chair, mais cela seulement selon que Dieu le juge nécessaire en vue de l’intercession dans la foi et dans l’humilité.

  Il en résulte ce paradoxe, que l’homme charnel considère souvent celui qui est conduit par l’Esprit comme étant « instable », parce qu’il n’a pas de programme établi. Mais l’homme spirituel, qui n’est ni un légaliste ni un mystique, est simplement équilibré, non pas selon la sagesse humaine, mais de cet équilibre qui consiste à être sobre, éclairé, vivant et ouvert à la Direction de l’Esprit, ayant la « pensée de Christ ». Il ne se fixe pas sa propre ligne de conduite, à laquelle il se lierait au point d’être assujetti à lui-même, mais il veille, afin d’être réceptif à la Pensée du Seigneur pour agir, en tenant compte des situations toujours nouvelles qui se présentent à lui. Et cela à l’exemple de Jésus qui, montant à Jérusalem sur un ânon, s’avança comme « un roi … plein de douceur », mais qui, une fois entré dans le temple et ayant fait un fouet avec des cordes, en « chassa tous ceux qui vendaient, et qui achetaient, avec leurs bœufs, leurs brebis, leurs pigeons et leur argent… » Jean 2:13-16.

  Alternance de douceur divine et de sainte colère, tout ceci révèle la réceptivité de Jésus, exprimant aux « réactions » de Dieu, Son Père, et dont les conséquences bénies furent que « des aveugles et des boiteux s’approchèrent de lui dans le temple. Et il les guérit… » Matt 21:14. Et ceux-ci ne le furent, non pas avant, mais seulement après que le temple a été purifié. En ceci s’éclairent les Paroles de Jésus à Nicodème, en ce qui concerne la vie dans l’Esprit, disant : « Le vent souffle où il veut, et tu en entends le bruit ; mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va. Il en est ainsi de tout homme qui est né de l’Esprit… » Jean 3:8. L’Esprit, par lequel nous acceptons de « ne pas savoir où nous allons », est le même Esprit qui nous fait entendre le « bruit du vent », c’est-à-dire, la Voix de l’Esprit, la Parole révélée de la part de Dieu, qui nous conduits à agir d’une façon appropriée aux circonstances qui se suivent et ne se ressemblent jamais.

  Il est connu que l’homme charnel se croit spirituel, alors que l’homme spirituel, bien souvent, se voit charnel. Il en résulte que l’homme charnel ne comprend pas du tout l’homme spirituel, tandis que celui-ci comprend parfaitement que le charnel ne puisse pas le comprendre. Ceci explique la souffrance de l’homme spirituel dans ses prières en faveur de l’homme charnel, lequel ne perçoit même pas la sollicitude dont il est l’objet, pour la raison qu’il ne souffre que par rapport à lui-même, ou à cause de ce qui le contrarie, ce qui revient au même. Car pour l’homme charnel, celui qui est charnel, c’est toujours l’autre. C’est par rapport à cela que « l’homme spirituel, au contraire, juge (discerne) de tout, et que lui-même n’est jugé (examiné) par personne… ». Tout en sachant qu’il n’empêchera jamais les accusations de l’adversaire, le croyant spirituel est appelé à vivre de sorte qu’il ne puisse, dans la mesure du possible, attirer sur lui la réprobation des croyants charnels, ni à avoir besoin de se justifier devant les croyants spirituels. Dans ce dernier cas, il n’y a guère pour lui de raison d’être « jugé » ou critiqué par eux, puisque, joyeusement, ils sont exhortés à « se soumettre les uns aux autres dans la crainte de Christ… » Eph 5:21.

  Lors de la fête de Jérusalem, rapporte l’Évangile, plusieurs crurent en Son Nom en voyant les miracles qu’Il faisait, mais « Jésus ne se fiait point à eux, parce qu’il les connaissait tous, et parce qu’il n’avait pas besoin qu’on lui rendît témoignage d’aucun homme ; car il savait lui-même ce qui était dans l’homme… » Jean 2:23-25. Jésus « savait » ce qui était dans l’homme, c’est en cela que Jésus jugeait, mais sans condamner, et c’est ce à quoi l’Esprit nous appelle, afin de discerner les faiblesses et les besoins des cœurs. Cette compassion manifeste la Nature de Jésus chez celui qui porte le fardeau de l’intercession pour ses frères et sœurs en la foi. La force qui rend capable d’une telle vertu ne peut venir que de l’Esprit de Dieu demeurant en nous, lequel, dit l’Écriture, « sonde tout, même les profondeurs de Dieu… » I Cor 2:10. Ainsi, l’homme spirituel pénètre par là même au plus profond de la compréhension de Jésus, en ce qui concerne la connaissance du cœur humain.

  Il est une chose impossible à l’homme naturel : celle de pouvoir, en même temps, aimer quelqu’un tout en ne pouvant pas s’y fier. Car l’homme ne peut avoir une appréciation négative sur son prochain, sans que celle-ci influe négativement sur ses sentiments envers lui. Ceci n’est donc possible que par l’Amour de Jésus qui, seul, ici-bas, pouvait aimer parfaitement l’homme « imparfait », sans que Son Amour ne soit affecté à cause de son imperfection. C’est ce que l’apôtre Paul apprit du Seigneur Lui-même, et qu’il exprima envers autrui, lorsqu’il écrivit aux Corinthiens dont la conduite réclamait de lui rien de moins « qu’une patience à toute épreuve » : « Pour moi, je dépenserai très volontiers, et je me dépenserai moi-même pour vos âmes, dussé-je, en vous aimant davantage, être moins aimé de vous… » II Cor 12:12, 15. Voilà donc le signe, par lequel se reconnaît l’homme spirituel que le Seigneur façonne. Ceci, pour nous, ne nous indique d’autre voie que celle de la Croix, par laquelle nous pouvons être « imitateurs de Christ », avec la seule Aide et à la seule Gloire du Dieu Vivant : I Cor 11:1.