M159 – J’AI ÉTÉ CRUCIFIÉ …

Format PDF

    «  J’ai été crucifié avec Christ ; et si je vis, ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi ; si je vis maintenant dans la chair, je vis dans la foi au Fils de Dieu, qui m’a aimé et qui s’est livré lui-même pour moi… ! » Gal 2:20.

  Notre crucifixion avec Christ est incluse dans le Salut ; elle est à l’œuvre en nous dès le jour où nous sommes nés de nouveau, et nous en réalisons le travail intérieur et les fruits spirituels qu’elle produit dans notre marche avec Jésus. L’apôtre Paul écrit, non pas : « Je suis en train d’être crucifié », mais : « J’ai été crucifié avec Christ… ». C’est, par la foi, un fait accompli en lui, car « ceux qui sont à Jésus-Christ, écrit-il, ont crucifié la chair avec ses passions et ses désirs… » Gal 5:24. Cependant nous constatons souvent un décalage entre la Crucifixion de Christ et l’application de celle-ci dans notre vie. Certes : « Christ est ma vie, écrit l’apôtre, et la mort m’est un gain… » Phil 1:21, c’est-à-dire, que la sienne et Celle de Christ ne sont pas « deux » vies, mais Une seule en lui. Mais, dans la réalité, l’épreuve, qui est également un instrument de crucifixion, nous révèle l’écart qui subsiste encore entre notre vie et la Vie de Jésus. L’épreuve sert à nous indiquer la distance qu’il reste encore, afin d’unir notre vie à Sa Vie.

  Jésus n’a jamais demandé à l’homme une seule chose qu’il n’ait pas Lui-même déjà faite, ou été, avant lui, lui assurant, par là même, la force suffisante pour l’accomplir. C’est précisément parce que Christ a été crucifié pour nous, et nous avec Lui, qu’il peut nous secourir en toutes choses. Mais l’adversaire de nos âmes nous présentera toujours la crucifixion comme étant une expérience irréalisable, ou comme un sujet d’épouvante. Quant à notre « chair », elle se proposera toujours une crucifixion « modérée », car elle redoute les conséquences affranchissantes de la Crucifixion parfaite du Seigneur. Aussi est-ce seulement à partir de la Révélation du Dessein de l’Amour de Dieu envers nous, que nous regardons la Crucifixion de Christ en nous, non pas comme un traitement cruel, mais comme une Œuvre libératrice qui nous rend participants de la Vie du Ressuscité.

  L’Écriture exhorte le racheté à « s’examiner soi-même », à « s’éprouver soi-même », à « se perfectionner » II Cor 13:5, 11, mais jamais à « se crucifier soi-même ». Certes, un homme peut se mutiler, s’ôter la vie, mais jamais il ne pourra « se crucifier ». Et quand bien même il se clouerait les pieds, et même une main, il lui restera toujours l’autre. Il gardera toujours quelque chose de lui, ne serait-ce déjà que d’avoir décidé de sa propre volonté du moment et de la manière de « se crucifier ». La crucifixion de notre « vieil homme » consiste « à faire mourir, par l’Esprit (et non par soi-même), les actions du corps (et non les membres) … » Rom 8:13, en effet, après avoir écrit au sujet de ceux qui, étant en Christ « ont crucifié la chair avec ses passions et ses désirs… l’apôtre poursuit : « Si nous vivons par l’Esprit, marchons aussi selon l’Esprit… » Gal 5:24-25. Non seulement « vivre par l’Esprit », dit l’Écriture, mais aussi « marcher selon ce même Esprit », c’est-à-dire, marcher « en portant toujours avec nous dans notre corps la mort de Jésus, afin que la vie de Jésus soit aussi manifestée dans notre corps… » II Cor 4:10. Ainsi s’opère, à chaque pas, l’affranchissement de la chair. Le racheté, dans l’Esprit de la Croix, chemine d’accomplissement en accomplissement que le Seigneur regarde comme étant la perfection progressive de chaque jour vécu.

  Le discernement spirituel est indispensable dans la vie et dans la marche du racheté. La ruse de l’adversaire consiste, soit à donner à une âme aveuglée ou égarée la fausse assurance qu’elle ne l’est pas, soit à l’amener à se croire victime de démons alors qu’elle est, en réalité, coupable de céder à ses propres convoitises. D’où l’importance de ne pas confondre péchés et possessions, défauts et démons.  Le croyant authentiquement né de nouveau appartient au Seigneur et le diable n’a aucun droit sur lui. Mais le racheté n’est pas exempt de faiblesses, ainsi que l’écrit Jacques : « Nous bronchons tous de plusieurs manières… » Jac 3:2. Pendant le cours de notre vie, l’œuvre de la sanctification nous fait encore découvrir en nous des traces du « premier Adam », des lambeaux de chair bien vivaces de notre « vieil homme ». Ces parcelles de chair restantes, tels des nids ou des perchoirs, dans et sur lesquels des « oiseaux impurs » se perchent ou font leurs petits, peuvent permettre, en effet, à l’adversaire de multiplier, d’amplifier nos faiblesses. Mais il s’agit ici, avant tout, non pas de démons, mais d’œuvres de la chair, il n’est alors plus question d’exorcisation, mais de crucifixion plus profonde, car « celui qui est mort est libre du péché… » Rom 6:7, et ne laisse dès lors plus aucune porte ouverte à Satan. Il est vrai qu’il est plus aisé de rechercher une délivrance (qui n’a pas lieu d’être), qu’il ne l’est d’accepter d’être éclairé et amené à la repentance sous l’Action de l’Esprit-Saint.

  Le diable, qui ne peut supporter l’Œuvre de la Croix par laquelle il a déjà été jugé, s’est infiltré parmi les croyants au moyen de la sagesse humaine, exprimée même par un langage biblique, dans le but de s’opposer à la « folie de la prédication » de la Croix qui est, dit l’Écriture : « Puissance de Dieu et Sagesse de Dieu pour ceux qui sont appelés, tant Juifs que Grecs… » I Cor 1:24. L’apôtre écrit aux Corinthiens, ce qui s’est vérifié également dans la suite des temps : « De même que le serpent séduisit Ève par sa ruse, je crains que vos pensées ne se corrompent et ne se détournent de la simplicité à l’égard de Christ. Car, si quelqu’un vient vous prêcher un autre Jésus que celui que nous vous avons prêché, ou si vous recevez un autre esprit que celui que vous avez reçu, ou un autre évangile que celui que vous avez embrassé, vous le supportez fort bien… » II Cor 11:3-4. De tout temps, en effet, il y eut beaucoup « d’autres Jésus », prêchés et interprétés d’après les pensées du cœur de l’homme, et cela jusqu’à aujourd’hui. Il y a un « Jésus mystique », un « Jésus protecteur », un « Jésus bénisseur », un « Jésus guérisseur », ou encore un « Jésus apportant santé et prospérité ». De tous ces « Jésus », un Seul manque : « Jésus-Christ crucifié… ». Voilà le Véritable Jésus, ainsi que l’écrit l’apôtre aux Corinthiens : « Pour moi, frères, lorsque je suis allé chez vous, ce n’est pas avec une supériorité de langage ou de sagesse que je suis allé vous annoncer le témoignage de Dieu. Car je n’ai pas eu la pensée de savoir parmi vous autre chose que Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié… » I Cor 2:1-2. En effet, si le « Salut éternel », la « Rédemption éternelle », la « Vie éternelle », et, enfin, « l’Espérance de la résurrection » nous ont été accordés, ceci vient uniquement du fait que Jésus, « en vue de la joie qui lui était réservée, a souffert la croix, méprisé l’ignominie, et s’est assis à la droite du trône de Dieu … » Héb 12:2.

  Les choses dont se réjouit l’homme spirituel ne sont pas comprises par l’homme naturel, et encore moins quand il s’agit de la Victoire de la Croix, instrument de Mort et de Vie. C’est là, cependant, le témoignage de Paul : « Pour ce qui me concerne, écrit-il aux Galates, loin de moi la pensée de me glorifier d’autre chose que de la croix de notre Seigneur Jésus-Christ, par qui le monde est crucifié pour moi, comme je le suis pour le monde… » Gal 6:14. Paul a, à ce point, réalisé la mort de son « moi » par rapport au monde, qu’il regarde ce monde, dans lequel il vit, comme étant mort pour lui comme lui-même l’est pour le monde, aussi bien qu’à ses attraits qu’en ce qui concerne son hostilité contre lui-même.

  Dans des temps de réveil spirituel, il peut y avoir du respect, de l’admiration de la part du monde à l’égard des croyants, mais que vienne le temps où les hommes commencent à se sentir concernés, et ces sentiments peuvent changer du tout au tout à leur égard. « Si le monde vous hait, dit Jésus à Ses disciples, sachez qu’il m’a haï avant vous. Si vous étiez du monde, le monde aimerait ce qui est à lui ; mais parce que vous n’êtes pas du monde, et que je vous ai choisis du milieu du monde, à cause de cela le monde vous hait… » Jean 15:18-19. Les rachetés du Seigneur sont haïs de ce monde, parce que le « prince de ce monde » ne supporte pas ceux qui ne se laissent plus tentés par le monde. Et c’est précisément en étant « morts au monde », c’est-à-dire, « cachés avec Christ en Dieu… » Col 3:3, que nous sommes les plus efficaces dans ce monde, étant devenus pour Dieu « la bonne odeur de Christ parmi ceux qui sont sauvés et parmi ceux qui périssent : aux uns, une odeur de mort, donnant la mort ; aux autres, une odeur de vie, donnant la vie… » II Cor 2:15-16. Heureux, le racheté dont la vie crucifiée, telle une terre labourée recevant la Semence de la Parole, porte des fruits pour la Vie éternelle et « l’odeur de Vie » à ceux que Dieu appelle par Sa Grâce.