M157 – DANS TON CŒUR …

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  « En effet, Moïse définit ainsi la justice qui vient de la loi : L’homme qui mettra ces choses en pratique vivra par elles. Mais voici comment parle la justice qui vient de la foi : Ne dis pas en ton cœur : Qui montera au ciel ? C’est en faire descendre Christ ; ou : Qui descendra dans l’abîme ? C’est faire remonter Christ d’entre les morts. Que dit-elle donc ? La parole est près de toi, dans ta bouche et dans ton cœur. Or, c’est la parole de la foi que nous prêchons… » Rom 10:5-8.

  L’Esprit de Dieu qui inspira ces paroles à Paul est le même Esprit qui inspira Moïse, auquel l’apôtre se réfère, qui, s’adressant à Israël dans le désert, déclara : « Ce commandement que je te prescris aujourd’hui n’est certainement pas au-dessus de tes forces et hors de ta portée. Il n’est pas dans le ciel pour que tu dises : Qui montera pour nous au ciel et nous l’ira chercher, qui nous le fera entendre, afin que nous le mettions en pratique ? Il n’est pas de l’autre côté de la mer pour que tu dises : Qui passera pour nous de l’autre côté de la mer et nous l’ira chercher, qui nous le fera entendre, afin que nous le mettions en pratique ? C’est une chose, au contraire, qui est tout près de toi, dans ta bouche et dans ton cœur, afin que tu le mettes en pratique… » Deut 30:11-14. « Qui montera au ciel… ? Qui descendra dans l’abîme… ? ». Point n’est besoin de chercher à le faire nous-mêmes, Jésus l’a accompli. En effet : « Personne n’est monté au ciel, dit-il à Nathanaël, si ce n’est celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme qui est dans le ciel… » Jean 3:13. Et les deux hommes apparaissant en habits resplendissants et disant aux femmes, qui vinrent au sépulcre le matin du troisième jour : « Pourquoi cherchez-vous parmi les morts celui qui est vivant… ? » Luc 24:5. Jésus est descendu du ciel, et Il est remonté du séjour des morts, les paroles des prophètes sont accomplies, l’attente des justes est comblée.

  Le croyant, dans sa marche avec Jésus, connaît la tentation de prendre des « raccourcis » spirituels, qui consistent en initiations « accélérées », au lieu d’accepter de croître dans le temps nécessaire au développement spirituel, et aspirant aux Choses spirituelles que Dieu a réservées à chacun de nous. Ainsi, l’on retrouve toujours cette tentation bien humaine, contre laquelle l’apôtre nous met en garde « afin que vous appreniez en nos personnes à ne pas aller, dit-il, au-delà de ce qui est écrit, et que nul de vous ne conçoive de l’orgueil en faveur de l’un contre l’autre… » I Cor 4:6. Ce qui est le cas lorsque la Parole n’habite pas pleinement dans le cœur. Or, le Psalmiste dit de la part de Dieu qui l’éclairera : « Tu veux que la vérité soit au fond du cœur : Fais donc pénétrer la sagesse au-dedans de moi… » Ps 51:8. L’âme qui a appris à « ne pas aller au-delà de la Parole » est celle, en laquelle cette Parole a été « plantée… » Jac 1:21. Cette âme n’a donc nul besoin de chercher ailleurs qu’en Christ, qui demeure en elle par l’Esprit.

 À des Pharisiens, qui Lui demandaient quand viendrait le Royaume de Dieu, Jésus répondit : « Le royaume de Dieu ne vient pas de manière à frapper les regards. On ne dira pas : Il est ici, ou : Il est là. Car voici, le royaume de Dieu est au milieu de vous… », et à Ses disciples mêmes, Jésus dit : « Des jours viendront où vous désirerez voir un des jours du Fils de l’homme, et vous ne le verrez point. On vous dira : Il est ici, il est là ! N’allez pas, ne courez pas après… » Luc 17:22-23. Il est propre à l’homme de penser que ce qui se trouve ailleurs est toujours mieux que ce qu’il a, ou que ce qu’il connaît. Mais en cela le cœur ne s’affermit point, car en cherchant toujours à l’extérieur, l’âme sort d’elle-même, et se disloque intérieurement et spirituellement. Combien d’âmes, en effet, allant à des rassemblements de toutes sortes, courant après des promesses de réveils, de puissance ou d’exaucements « immédiats », s’en reviennent le plus souvent déçues, confuses et découragées. Certes notre Seigneur parle par le moyen de qui Il veut et en divers lieux, mais dans quel esprit, avec quel mobile s’y rend-t-on ? Est-ce bien là la direction du Seigneur ? Jésus nous suffit, Lui qui habite dans notre cœur, et le fait de vouloir chercher ailleurs que dans Sa Parole nous amène à nous apercevoir que nous possédions déjà ce que nous cherchions au dehors. Aussi, dans Sa grande Patience, nous ramènera-t-Il toujours à ce qu’Il « Est » en nous, et ceci grâce à nos déceptions « salutaires ».

  Sur le chemin qui les conduisait à Emmaüs, les deux disciples écoutaient de la bouche même de Jésus ce qui avait trait à Ses Souffrances et à Sa Gloire dans toutes les Écritures, mais sans Le connaître encore. Ce ne fut qu’au moment où Jésus rendit grâces et rompit le pain que « leurs yeux s’ouvrirent, et qu’ils le reconnurent… », et ils se dirent alors l’un à l’autre : « Notre cœur ne brûlait-il pas au-dedans de nous, lorsqu’il nous parlait en chemin et nous expliquait les Écritures… ? » Luc 24:31-32. C’est là l’effet en profondeur de la Révélation de la Parole de Dieu par le Saint-Esprit. Les disciples avaient le « feu » en eux, mais ils ne reconnaissaient pas encore Celui qui l’avait allumé. Ils entendaient bien, mais ils ne comprenaient pas la Parole, qui les vivifiait par le feu qu’elle leur communiquait. Ainsi, l’écoute de la Parole sans l’Esprit de Révélation, c’est un cœur qui ne reçoit que ce que l’intelligence comprend, tandis que la Parole par la Révélation est transmise à l’esprit éclairé du croyant.

  Ce qui habite le cœur d’une personne est significatif, car ce qu’il contient la révèle et l’identifie. Jésus dit : « L’homme bon tire de bonnes choses de son bon trésor, et l’homme méchant tire de mauvaises choses de son mauvais trésor… » Matt 12:35. L’homme ne peut tirer ou produire que ce qui vient de sa propre nature. C’est donc dans notre cœur que Dieu a fait habiter l’Esprit de Sa Parole, parce que cette « Parole de la foi » est la « Prédication de la croix », et c’est cette Croix qui a opéré en nous le passage de notre ancienne vie à la Vie nouvelle. Seul Celui qui est descendu du ciel sur la terre et qui est remonté de la terre au ciel a pu accomplir une telle œuvre éternelle. En effet, Jésus, « du sein du Père… » Jean 1:18, descendit jusqu’à nous, et même jusque « dans le sein de la terre… » Matt 12:40, dans les régions inférieures mêmes où, « par Son Esprit Jésus prêcha aux esprits en prison… » I Pier 3:19, pour ensuite en remonter et « traverser les cieux… » Héb 4:14, afin d’être, désormais, « plus élevé que les cieux… » Héb 7:26. Ce Sauveur qui a connu les extrêmes les plus opposés a pu, dans Sa Miséricorde elle aussi sans limites, pénétrer au plus profond de notre cœur « qui est un abîme… » Ps 64:7, afin de le laver et de le purifier par Son Sang précieux.

  La place intime de Jésus dans le sein de Son Père, d’où Il sortit pour venir dans le monde, révèle la Volonté de Son Amour qui est d’être aussi intimement reçu dans notre cœur, dans le sein de « l’homme intérieur » de chacun de nous. C’est là le Mystère de l’Incarnation qui, à la fois, aboutit et débouche dans l’Éternité. « Vous n’avez point reçu, écrit Paul, un esprit de servitude, pour être encore dans la crainte, mais vous avez reçu un esprit d’adoption, par lequel nous crions : Abba ! Père… » Rom 8:15. Dieu en Jésus, puis Jésus en nous, qui est la Parole, enfin, en nous, la Parole de Dieu, avec Lequel Jésus nous a réconciliés. Les Extrémités se sont rencontrées, le Cercle est refermé. Et dans le tréfonds de notre être, la Parole œuvre inlassablement, produisant pour « fruit la sainteté et pour fin la vie éternelle… » Rom 6:22.

  « Garde ton cœur plus que toute autre chose, dit le sage, car de lui viennent les sources de la vie… » Prov 4:23. La vie, ou la mort découle de ce que nous sommes ; et l’une et l’autre dépendent plus de la nature bonne ou mauvaise de notre cœur que des choses mauvaises ou bonnes qui se présentent à nous en ce monde, ainsi que le dit Jésus : « Il n’est hors de l’homme rien qui, entrant en lui, puisse le souiller ; mais ce qui sort de l’homme, c’est ce qui le souille… » Marc 7:15. Si l’on cède à la tentation, la cause ne vient pas de la tentation elle-même, mais de la convoitise qui subsiste dans le cœur. Mais quand le cœur est purifié, le tentateur tentera en vain, car il n’y a rien en soi qui corresponde à la nature de la tentation pour être attiré par ses appâts. Jésus n’a-t-il pas dit au sujet de Ses disciples, malgré leurs faiblesses, et les nôtres : « Déjà vous êtes purs, à cause de la parole que je vous ai annoncée… » Jean 15:3. C’est là l’Œuvre de la Parole, non seulement « près de nous », ce qui ne serait qu’une connaissance sans vie, ni dans « notre bouche », ce qui ne serait qu’un témoignage sans force, mais « dans notre cœur » d’où « jaillit, dit Jésus, une source d’eau jusque dans la vie éternelle… » Jean 4:14, et dont nous sommes les premiers à en être désaltérés, selon les paroles mêmes du sage : « L’homme de bien se rassasie de ce qui est en lui… » Prov 14:14, non de lui-même, mais de ce qui, dans son cœur, vient du Cœur de Dieu.