M155 – SANS MOI …

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   «  Je suis le cep, vous êtes les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure porte beaucoup de fruit, car sans moi vous ne pouvez rien faire … ! » Jean 15:5.

  Le Père céleste est le Vigneron, Jésus est le Cep, nous sommes les sarments et la sève est l’Esprit-Saint. Du cep monte la sève. C’est, en effet, de Jésus que nous recevons l’Esprit qui nous conduit dans la Vérité, et nous révèle les œuvres préparées d’avance pour nous par Dieu. L’apôtre Paul qui, sans cesse, nous exhorte à demeurer en Christ, dit au sujet de lui-même et de ses compagnons d’œuvre : « Ce n’est pas à dire que nous soyons par nous-mêmes capables de concevoir quelque chose comme venant de nous-mêmes. Notre capacité, au contraire, vient de Dieu… » II Cor 3:5. Nous ne sommes d’aucune efficacité en agissant sans Jésus. Et quand le Seigneur dit que, sans Lui, nous ne pouvons rien faire, cela signifie, non pas que nous-mêmes ne faisons rien, mais que, sans Son Esprit, nous ne pouvons rien faire ni porter des fruits durables, qui soient de nature éternelle. Mais, par contre, combien de choses éphémères n’avons-nous pas faites, et ne faisons-nous pas encore par nos propres forces et selon nos propres plans, pensant agir par l’Esprit-Saint.

  Que ce soit dans un but personnel ou par ignorance de la direction de Dieu, l’on est toujours influencé soit par quelqu’un, soit par quelque chose, ou par… soi-même. L’on se trouve déjà être influencé par soi-même, dès le moment où monte en soi la pensée « d’avoir à cœur » d’entreprendre, de faire ou de dire telle ou telle chose dans des situations particulières. Car l’intention, aussi louable soit-elle, de rechercher la Gloire de Dieu en devient elle-même l’obstacle, quand l’on ne cherche pas d’abord la Volonté de Dieu, dont le but, précisément, est de manifester cette Gloire. Et le fait même de prier en vue de connaître la Volonté de Dieu épure en nous la pensée que l’on a de Sa Gloire. Tout enseignement reçu, comme toute œuvre pratiquée en dehors de l’Esprit, ne sont que doctrine stérile et entreprise vaine, visant à maintenir ou à reproduire, artificiellement, des manifestations anciennes de Dieu, que la Vie spirituelle a inspirées et animées en leur temps.

  Jésus savait parfaitement de quoi il s’agissait lorsqu’il parlait de la relation spirituelle qui devait unir à Lui Ses disciples. En effet, Jésus, en leur déclarant que « sans moi vous ne pouvez rien faire… », leur avait dit aussi, quelques temps auparavant au sujet de Lui-même : « En vérité, en vérité, je vous le dis, le Fils ne peut rien faire de lui-même, il ne fait que ce qu’il voit faire au Père ; et tout ce que le Père fait, le Fils aussi le fait pareillement… » Jean 5:19. En tant que Fils de l’homme, Jésus vécut, par Son Obéissance, la parfaite dépendance avec Dieu, et cela dans une Vie et une Vision intérieures permanentes avec Son Père, devant Lequel Il se tenait dans la prière et dans le silence. Ainsi, à l’exemple de Jésus, il est important pour nous de « voir » avant d’agir, d’avoir une vision intérieure dépouillée de nos propres représentations, une claire certitude de ce qui nous est réservé dans le cœur de Dieu et d’agir en discernant, par Sa Grâce, ce qui n’est vu que de Ses yeux.

  Jésus, parlant toujours de la même réalité spirituelle, dit : « Je ne puis rien faire de moi-même : selon que j’entends, je juge ; et mon jugement est juste, parce que je ne cherche pas ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé… » Jean 5:30. « Mon jugement est juste… », cette justesse de Jésus à discerner le fond des cœurs vient, précisément, de ce qu’il n’obéissait à aucune autre « influence », qu’à  la Volonté de Son Père. Quant à nous, sous prétexte que l’Écriture dit, au sujet de Jésus chassant les vendeurs et les changeurs hors du temple : « Le zèle de ta maison me dévore… » Jean 2:17, nous agissons comme si nous étions plus empressés que le Seigneur, à cause de l’urgence des temps, voire de l’imminence de Son Retour. Aussi est-ce en développant en nous le fruit de la Patience de Dieu à notre égard, que nous nous gardons de toute précipitation, comme d’attribuer à Jésus nos propres sentiments et nos propres buts. À l’écoute de l’Esprit, ce qui vient d’En-Haut ne saurait être interprété de manière humaine, lorsque Celui qui nous l’accorde vit en nous.

  C’est avec sagesse que le Psalmiste montre les conséquences de toute œuvre faite sans l’Aide du Seigneur : « Si l’Éternel ne bâtit la maison, dit-il, ceux qui la bâtissent travaillent en vain ; si l’Éternel ne garde la ville, celui qui la garde veille en vain… » Ps 127:1. En vain l’on travaille, en vain l’on veille, comme aussi est vaine toute activité venant de soi-même dans l’Œuvre de Dieu. Jésus a dit : « Je bâtirai mon église… » Matt 16:18, et cela par chacun de nous, qui sommes les « pierres vivantes », dont Sa Maison est formée à chaque génération. Or, bâtir sans Christ, c’est-à-dire, en dehors du Plan divin, revient à avoir les regards fixés sur l’idée personnelle que l’on a de l’Église, plutôt que sur Celui-là même qui la bâtit. Le fait de travailler « pour » le Seigneur ne veut pas nécessairement dire « avec » ou « par » Lui, et n’attire pas automatiquement Son Approbation ou Sa Bénédiction. Dieu ne peut être mis devant le « fait accompli ». Jésus dit : « Celui qui n’est pas avec moi est contre moi, et celui qui n’assemble pas avec moi disperse… » Luc 11:23. Cette Parole nous apprend que, paradoxalement, sans Jésus, l’homme disperse, quand il « assemble » à sa manière, c’est-à-dire, quand, en fait, il réunit des personnes sous des doctrines, ou établit des alliances religieuses de toutes sortes. Ce que le croyant charnel regarde donc comme un rassemblement, le Seigneur le voit comme une dispersion ; là où l’on bâtit sans Jésus, Jésus ne voit qu’un désert. Car les divergences se révèlent d’autant plus accentuées et opposées entre elles, qu’elles ont été rapprochées par une décision de la volonté humaine.

  Agir sans le Seigneur exprime la volonté qu’à la « chair » de prendre part à l’Œuvre de Dieu, sans s’apercevoir que sa propre énergie en est le plus grand obstacle. Ceci amène l’âme au paradoxe suivant : plus son zèle est grand pour Dieu et plus elle est loin de Lui, car son « zèle sans intelligence » lui fait accroire que ses propres capacités, ses talents peuvent être utiles à Dieu. Il est vrai que nous aspirons à œuvrer par l’Esprit, et non par la « chair », mais, en même temps, il y a comme une crainte en nous, parce que nous savons que notre insuffisance même, le peu que nous avons ou que nous sommes, Jésus devra encore le « briser », afin de le multiplier, à l’exemple des cinq pains et des deux poissons qui restaient aux disciples, et que Jésus rompit pour les distribuer à la foule des cinq mille hommes : Matt 14:15-21. Toutes les limitations humaines que Dieu permet dans nos vies sont une bénédiction, en ce qu’elles nous rendent dépendants de Dieu, et nous apprennent, souvent plus que beaucoup d’études, ou d’expériences d’autrui, ce que signifie ce « sans moi vous ne pouvez rien faire… » de Jésus. L’Écriture déclare que « nous ne nous appartenons point à nous-mêmes… » I Cor 6:19. Le fait d’agir sans le Seigneur révèle le désir de vouloir « s’appartenir à soi-même », c’est-à-dire, être le maître de sa vie, au lieu d’être le disciple du Maître parfait, Jésus.

  Ainsi, vouloir compter sur soi revient à inverser les rôles, en faisant de Dieu l’instrument dont on se sert, alors qu’il nous fait la grâce et l’honneur de Le servir, Lui. Ceci révèle une absence du brisement opéré par la croix dans la nature de celui ou celle qui sert Dieu. Car comme « la folie de Dieu est plus sage que les hommes, et la faiblesse de Dieu plus forte que les hommes… » I Cor 1:25, la faiblesse même de l’homme est encore trop « forte » par rapport à cette « faiblesse » selon Dieu, par laquelle seulement « sa puissance s’accomplit… » II Cor 12:9.

  L’Esprit-Saint nous ouvre les yeux et nous convainc de faiblesses qui consistent, non seulement dans ce qui nous fait défaut, mais dans ce que nous avons « de trop », qui vient de nous-mêmes, et qui, l’un comme l’autre, nous voilent la nécessité de dépendre entièrement de Dieu en toutes choses. Or, cet équilibre, ce juste milieu dans notre âme ne peut être que spirituellement reçu et vécu qu’en Christ : Col 1:27. D’où la nécessité, à la fois, de l’Œuvre de l’Esprit et des épreuves de la vie, pour réaliser que l’Esprit qui revêt et l’épreuve qui dépouille rendent accessible à notre cœur la Pensée du Seigneur qui inspire notre vie et rend efficace notre travail en Lui. Une telle communion avec Dieu nous affranchit au point que, dans la croissance spirituelle, nous ne sommes pas tentés de porter nos regards sur un secours humain, si ce n’est sur notre propre faiblesse. Car reconnaître notre faiblesse, c’est regarder à Celui qui seul nous rend capable de porter du fruit qui demeure. Un tel racheté est honoré, non pas de la part des hommes, mais de Dieu : Jean 12:26.