M149 – SES FRÈRES NON PLUS …

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   « Or, la fête des Juifs, la fête des Tabernacles, était proche. Et ses frères lui dirent : Pars d’ici, et va en Judée, afin que tes disciples voient aussi les œuvres que tu fais. Personne n’agit en secret, lorsqu’il désire paraître : si tu fais ces choses, montre-toi toi-même au  monde.  Car  ses  frères  non  plus  ne  croyaient  pas  en  lui… » Jean 7:2-5.

    Il est certaines exhortations, certains appels auxquels il vaut mieux ne pas répondre. Il est toujours nécessaire de discerner les personnes, qui nous incitent à entreprendre telle ou telle activité dans le Service de la Parole, surtout si elles sont animées du même esprit que les frères de Jésus qui faisaient pression sur Lui, alors qu’ils ne croyaient point en Lui et donc ne connaissaient pas la Pensée de Dieu. Comment pouvaient-ils donc comprendre la Nature de la Mission et la Direction de Dieu à l’égard de Jésus ? Leur semblait-il, en effet, que Jésus fût animé de ce « désir de paraître », qu’eux-mêmes auraient eu en de semblables circonstances ? Mais Jésus, dit l’Écriture, « a appris, bien qu’il fût Fils, l’obéissance par les choses qu’il a souffertes… » Héb 5:8, et cela dès le commencement de Sa vie ici-bas, dans sa famille qui ne le comprenait pas. À ses parents, qui, de retour à Jérusalem et après trois jours de recherche, le trouvèrent enfin dans le temple au milieu des docteurs de la Loi frappés de son intelligence et de ses réponses, Jésus, âgés de douze ans, leur répondit : « Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas qu’il faut que je m’occupe des affaires de mon père ? Mais ils ne comprirent pas ce qu’il leur disait. Puis il descendit avec eux pour aller à Nazareth, et, dit l’Écriture, il leur était soumis… » Luc 2:49-51. Jésus ne chercha pas à justifier son attitude en leur expliquant qu’il s’agissait de « choses célestes », et non terrestres, mais Il se soumit, Il accepta d’être méconnu, par obéissance.

   Jésus, « rendu semblable en toutes choses » aux hommes, hormis le péché : Héb 2:17, connut également les sentiments qui l’unissaient à ses frères, mais sans l’être par les liens d’une « affection charnelle », qui eussent altéré ou voilé la Vision Divine de Sa Mission. Ainsi, montrant le fossé qu’il y avait alors entre Lui et sa famille, l’Écriture rapporte que « la mère et les frères de Jésus vinrent le trouver ; mais ils ne purent l’aborder, à cause de la foule. On lui dit : Ta mère et tes frères sont dehors, et ils désirent te voir. Mais il répondit : Ma mère et mes frères, ce sont ceux qui écoutent la Parole de Dieu, et qui la mettent en pratique … » Luc 8:19-21. Ce fut donc déjà au sein des siens que Jésus connut, et montra en quoi les liens familiaux, qui sont une bénédiction de la part de Dieu, peuvent être aussi un obstacle pour reconnaître l’Appel divin accordée à l’un de ses membres. Et Dieu voulut que Son Fils n’échappât point à l’école douloureuse de la dépréciation de la part des siens, comme d’ailleurs de ses concitoyens. Il dut accepter de ne pas avoir l’impression d’émaner toute la Puissance, la Lumière, l’Autorité, la Gloire même de la Présence de Dieu en Lui. Lui, le céleste Fils, dut accepter de mener une vie, certes parfaite, mais ramenée aux limitations humaines, d’être comme tout le monde, afin de porter les péchés des hommes. « Un prophète, dit-Il, n’est méprisé que dans sa patrie, parmi ses parents, et dans sa maison… » Marc 6:4. Une des acceptations de Jésus fut de devoir passer pour méconnu aux yeux de ceux qui croyaient Le connaître ; et de constater que ce que Dieu accomplissait par Lui et pour eux, était perçu, par eux, comme étant une folie, sans qu’ils pressentent que Son Message d’Amour devait un jour les changer du tout au tout à son égard. En effet, après que Jésus eut été enlevé du milieu d’eux, l’Écriture nous apprend qu’ils avaient reconnu en Lui leur Sauveur, et nous les retrouvons tous, avec « les apôtres eux-mêmes qui, d’un commun accord, persévéraient dans la prière, avec les femmes, et Marie, mère de Jésus, et avec les frères de Jésus… » Actes 1:14.

  Il est des frères, dans les Écritures, où l’inimitié de l’un s’éleva contre l’autre : Caïn contre Abel, Ésaü contre Jacob, Joseph fut en butte à la méchanceté de ses frères, et d’autres encore. Le prophète Samuel, envoyé par Dieu dans la maison d’Isaï, pour oindre un de ses fils pour roi sur Israël, vit successivement Éliab, Abinadab, Schammua et les autres frères, mais Dieu avait choisi le cadet de ses fils, David : I Sam 16:6-13. Ses frères, à l’époque, semblaient avoir difficilement accepté cette distinction parmi eux. Un jour que son père l’avait envoyé sur le champ de bataille pour voir comment se portaient ses frères, David entendit Goliath qui jetait une fois encore un défi à l’armée d’Israël, il ne put le supporter et l’exprima hautement. Éliab, son frère aîné, enflammé de colère contre David, lui dit : « Pourquoi es-tu descendu, et à qui as-tu laissé ce peu de brebis dans le désert ? Je connais ton orgueil et la malice de ton cœur. C’est pour voir la bataille que tu es descendu… » I Sam 17:28. Bien que David eût déjà été choisi, la Main de Dieu ne s’était pas encore manifestée par lui en de semblables circonstances. Et Éliab jugeait inopportune sa visite et présomptueuse son indignation au sujet du géant Goliath, jusqu’au moment où David l’abattit de sa fronde : I Sam 17:48-51. Bien souvent, une personne, quelle qu’elle soit, ayant été l’objet d’une bénédiction ou d’un don particulier de la part de Dieu, suscite des sentiments de jalousie, allant de la simple incompréhension à la haine implacable. Il est une chose parfois constatée, que des frères ou des sœurs en la foi n’aiment guère l’un des leurs, qui est, non pas un « préféré » de Dieu, mais, tout simplement, fidèle.

   L’apôtre Paul écrit aux Galates : « Pour vous frères, comme Isaac, vous êtes enfants de la promesse ; et de même qu’alors celui qui était né selon la chair persécutait celui qui était né selon l’Esprit, ainsi en est-il encore maintenant… » Gal 4:28-29. Quel fut donc le commencement de cette persécution ? L’Écriture rapporte « qu’Abraham fit un grand festin le jour où Isaac fut sevré. Sara vit rire le fils qu’Agar, l’Égyptienne, avait enfanté à Abraham ; et elle dit à Abraham : Chasse cette servante et son fils, car le fils de cette servante n’héritera pas avec mon fils, avec Isaac… » Gen 21:8-10. « Ismaël rit », et Sara le ressentit comme étant une offense envers son fils. Voici donc le premier signe de la persécution : le rire, la moquerie. Et « ainsi en est-il encore maintenant… » écrit l’apôtre. L’homme spirituel de tout temps est persécuté de cette manière par l’homme charnel. Celui qui rit ne donne ni coup ni plaie sur le corps, mais il blesse l’être intérieur en ce qu’il tient pour rien ce que le cœur possède de plus précieux de la part du Seigneur. Le rire méprisant du croyant charnel au sujet du Saint appel de la part de Dieu révèle, par là même, l’absence des fruits de l’Esprit dans la vie du persifleur.

   Il y a donc, à divers degrés, et sous diverses formes, une persécution de la part de celui qui est « né selon la chair » contre celui qui est « né selon l’Esprit ». Ainsi que nous l’avons vu, l’Écriture apporte une profonde Lumière à ce sujet. Il est écrit, en effet, « qu’Abraham eut deux fils, un de la femme esclave, et un de la femme libre. Mais celui de l’esclave naquit selon la chair, et celui de la femme libre naquit en vertu de la promesse. Ces deux choses sont allégoriques ; car ces deux femmes sont deux alliances. L’une du mont Sinaï, enfantant pour la servitude, c’est Agar – car Agar, c’est le mont Sinaï en Arabie – et elle correspond à la Jérusalem actuelle, qui est dans la servitude avec ses enfants. Mais la Jérusalem d’en-haut est libre, c’est notre mère (Sara)… » Gal 4:22-25. Cette allégorie révèle la nature particulière de l’incompréhension rencontrée parmi les croyants, et dont la cause provient du fait qu’Israël et Ismaël furent engendrés du même père, mais nés de deux mères différentes. Ainsi, nous avons certes le même Dieu, le même Sauveur, et nous nous réclamons de la même foi, mais quelle est notre mère ? Est-ce la femme libre ou l’esclave ? Est-ce l’Esprit d’En-Haut ou celui d’en bas qui nous anime ? Est-ce l’esprit légaliste ou l’esprit mondain, ou au contraire, l’Esprit de Vie en Jésus-Christ qui nous affranchit, et de l’un et de l’autre ?

   Il est bon, enfin, de nous souvenir qu’à la mort d’Abraham « Isaac et Ismaël » se retrouvèrent pour ensevelir leur père dans la caverne de Macpéla, où reposait déjà Sara… » Gen 25:9-10. Quels qu’aient été leurs sentiments jusqu’alors et dans la suite, la mort de leur père les réunit à ce moment-là. Ainsi, la compréhension entre frères et sœurs en la foi vient de ce que la souffrance et la mort, souvent, réalisent ce que la vie n’a pas pu permettre. Nous parlons ici, non pas de la mort de « l’autre », mais du brisement spirituel et de la mort à soi-même, opérés en chacun de nous par la Croix de Jésus, qui triomphe de ce qui est inconciliable en nous-mêmes, et entre chacun de nous.